DE VOLONTÉ
Ces braves gens oublient que les cogitations, dites par eux « mauvaises », sont souvent, par la faute de notre tempérament et du milieu social, les plus excitantes et les plus dynamogéniques. Ainsi, est-ce le dépit, l'envie, la colère, le désir de revanche, qui réveillent le mieux l'énergie
et suscitent parfois les plas heureuses impulsions... Le doute, le découragement, la tristesse sont en revanche et dans la plupart des cas de yéritables ennemis.
Hélas, tout novateur est un iconoclaste. U faut surveiller les mouvements de celui qui apporte dans le panthéon humain un dieu nouveau. Si on le laissait faire, ce Polyeucte ne se contenterait pas de nous imposer son cadeau, il voudrait détruire toutes les grandioses et utiles acquisitions du passé! Ces psychothérapeutes américains tonnent contre les docteurs en médecine qui, d'ailleurs, s'obstinent à ne leur rendre aucune justice. U ne faudrait pas pousser trop loin M" Baker Eddy, la fondatrice de la « Christian science » ; elle en viendrait à nous avouer qu'elle doute non seulement de Tefficacité des pilules, mais de la réalité des poumons ! « Les traités d'anatomie, de physiologie, d'hygiène, écrit-elle, sont les causes génératrices de la souffrance et de la maladie... »
II y a pourtant, sous cette énormité insensée, un grain de bon sens : en efTet, pour les ignorants dont les imaginations se « frappent », ce n'est pas un petit danger que de s'initier sans préparation et incomplètement à la description des maladies.
M. G. B. Patterson témoigne d'une sérénité
exquise dans ses ostracismes. « Les gens à pré* jugés, à intelligence bornée, auront des cors aux pieds, des oignons et autres infirmités ». Et il ajoute, gravement : <c J'ai connu un homme dont Tesprit était tellement étroit, que ses pieds étaient remplis de cors. » — « Tout est bon, dit un autre so[^iste, la matière n'est rien, Tàme d'une chose, — arbre, ou homme, — est cette chose. »
Le D' Loyd-Tuckey, de Londres, cite le cas d'un homme, à qui mal en prit de ne pas croire à l'existence de son corps. Quoiqu'il ressentit des douleurs dans Tabdomen et un malaise général, il fit avec un ami « scientiste » une excursion & bicyclette. Il tomba épuisé au retour. On décou* vrit qu'il avait une péritonite et que l'exercice violent l'avait aggravée. Il ne recouvra la santé qu'après une longue et pénible maladie.
Un autre oracle de l'école, un certain IKMagen-^ die, qui habite, paraît-il, Paris, et n'est connu qu'en Amérique, ne se gêne pas avec ses confrères. <i Je sais, écrit^il, que la médecine est appelée une science, mais c'est une blague (humbug). Les docteurs ne sont que des empiristes, quand ils ne sont pas des charlatans. » Et n'étant pas même poli pour lui-même, il reprend : « Nous sommes les plus ignorants des hommes. La nature et l'imagination font beaucoup. Les
docteurs font diablement peu, quand ils ne font pas du mal. Les malades se prétendent négligés quand ils ne sont pas drogués, les imbéciles! » (Cette dernière observation n'est pas si sotte.)
Un autre, qui signe D' B. Ruch, prétend que « la dissection convainc journellement les médecins de leur ignorance et les fait rougir de leurs ordonnances. » De là à traiter les gens d'empoisonneurs, il n'y a qu'un pas. — Vous pensez qu'il ne peut guère y avoir de fraternité entre la Faculté et les nouveaux guérisseurs.
Un magnétiseur français, fort ingénieux, M. H. Durville, adoptant le terme américain de « magnétisme personnel », a écrit une étude très documentée sur ces problèmes, que résoudra sans doute l'avenir, mais que le charlatanisme d'outre-océan a déjà compromis. On prétend nous donner la méthode infaillible « pour être heureux, fort, bien portant et réussir en tout! » MM. Turnball et Arkinson paraissent les inspirateurs de certaines prescriptions qui reluisent, si j'ose dire, de puérilité et d'outrecuidance. M. Durville n'en a pas moins eu raison de nous tenir au courant de ces excentricités psychologiques; et son apport personnel est des plus intéressants.
AVENIR DE LA <v FAITH HEALING » ET DE LA « THOUGHT HEALING » UNE FOIS ACCORDÉES AVEC LA THÉRA- PEUTIQUE TRADITIONNELLE.
Je l*ai dit déjà, il y a encore trop de mysticisme, trop aussi de « métaphysique, de platonisme et disons le mot, d'ignorance crasse » dans Taffaire des psychothérapeutes américains. Ils ont ainsi rebuté les intelligences sérieuses, qui trouvent que Dieu devrait être laissé tranquille quand il s'agit de rhumatismes ou d'humeurs noires. De plus, je le répète, leur affirmation oulrancière de la santé, du bonheur, de la toute-puissance de la volonté humaine, peuvent dégoûter un malade d'esprit posé et réfléchi, qui se comprend assez exactement comme une pauvre petite épave, emportée par les forces mystérieuses du vaste monde. Si Ton est découragé ou affaibli, le mieux est de se rendre compte de son état, afin de courageusement en sortir, au lieu de s*abuser volontairement et de s'offrir une ivresse d'illusions, dont le réveil sera lamentable.
Enfin, il est inutile d'insister sur Tinsuffisance des diverses méthodes, dues jusqu'à ce jour aux professeurs de volonté. Chez ceux-ci, une méconnaissance présomptueuse des lois de la physiologie et de l'hygiène serait dangereuse, si elle n'était pas si évidente.
Souhaitons un essai de conciliation entre la médecine dite mentale et la médecine dite pharmaceutique. Elles sont toutes deux nécessaires et doivent s'entr'aider.
Mous avons une personnalité psychique qui n'est pas plus à dédaigner que notre organisme lui-même. Si celui-ci, réconforté, la réconforte à son tour, elle est susceptible d'admirables impulsions, dont notre corps profite et auxquels nos organes obéissent, au grand étonnement parfois de notre bon sens médiocre et de notre science encore petite. La <( Faith healing », qui a si bien aidé par ses prodiges à Tavènement de tant de religions, nous l'a déjà appris ; la « Thougbt healing x> nous le démontre et nous l'explique, en faisant jouer utilement quelques-uns des rouages intérieurs que la force vitale conduit.