DU MOI
Ceci dit, je pense, — en transformant la for-
mule hamlétique, — qu' « il y a plus de choses en nous-mëme que n'en montre notre rudimentaire physiologie ».
Us n'ont erré que partiellement les spirites qui nous parlèrent de V « esprit-guide », les théosophes en nous enseignant la réalité des « maîtres y>, les néoplatoniciens en étudiant le <c daïmon » et le « théos » qui accompagneraient et parfois inspireraient les humains, les bouddhistes en évoquant les « seigneurs de Karma », force colossale, composée, pensent-ils, de tous nos actes passés, sans excepter ceux qui auraient eu pour théâtres d'antérieures existences ! — synthèse pesant sur nous avec la suggestion constante des personnalités réelles. Les astrologues ne prétendent-ils pas que nous avons pour compagnon le « génie de la planète », sous laquelle nous sommes nés? Et les occultistes supposent qu'une énergie, issue selon notre caractère d'un des quatre éléments, nous suit et nous sert. Les fables antiques expriment toujours, symboliquement, des réalités profondes.
Que nous apprend la psychologie nouvelle?
Que le moi est plus nombreux, plus riche, plus complexe qu'on ne l'avait cru jusqu'ici. Elle met au point les intuitions des mystiques, en les rendant raisonnables et«naturelles ».Lechamp, relativement étroit, de notre conscience individuelle
est pareil à une île, qu'enveloppe de tous côtés un océan mystérieux , où se meuvent de rinteUigence et de la volonté encore. On a donné en France à ces abîmes de nou&-mème une dénomination assez fâcheuse, « Tinconscience ». Les Anglais, M. Myers en particulier, ont trouvé une expression plus heureuse avec le « subliminal self ». Ils ont appelé ainsi le moi profond, notre âme véritable en effet, située au-dessous du « niveau » assez bas, où commencent le moi artificiel, la conscience ordinaire, c*est-à-dire la zone de notre être la plus extérieure et que seule admet rignorant.
Au-dessous s'étendent nos « égo », obscurs parce que nous ne les voyons pas, inconscients si Ton veut, mais non point parce qu'ils manquent de conscience eux-mêmes, seulement parce que nous, en notre moi artificiel, nous ne les percevons pas.
Dans ce « subliminal self » résident le « guide » des spirites, le « maître » des théosophes, le « daïmon » de Socrate, le « théos » de Plotin, le « génie planétaire » de Paracelse, Y <c elfe » et la < salamandre » de Tabbé de Yillars, etc., etc.