LA FIN DES FAUX DIEUX
Longtemps, Thumanité ignorante et effrayée adora et brisa, — tâches aussi vaines, — des idoles qui n'étaient que ses propres pensées, ses espoirs ou ses craintes extériorisés.
Par cette découverte de l'inconscient en nous, elle est aujourd'hui certaine d'être le multiple dans Tunique et de renfermer dans son sein tout ce qu'elle crut entendre bruire autour d'elle, redoutable ou charmant. C'est désormais la fln des faux dieux.
L' « esprit » des spirites, le « maître » des théosophes, 1' « élémental » des occultistes, la « fée » des légendes, les forces du « Karma » bouddhiste, le « génie planétaire » des astrologues, le « daïmon » et le « théos » des néoplatoniciens, ne sont pas que des superstitions ou des chimères; il faut y voir des manières de s'exprimer symboliques, dramatiques, pour désigner, non pas, comme on l'avait cru tout d'abord, des entités extérieures à nous, mais des forces en nous parfois supérieures et inconnues. Et cela est si vrai que l'esprit, le maître, Télémental, le daïmon, le
théos, la fée, le Karma, le génie planétaire ne se manifestent qu'en Thomme et par Thomme. Qae seraient par exemple le daïmon de Socrate sans Socrate, ou les voix de Jeanne d'Arc sans Jeanne d'Arc ?
Jamais nous ne découvrons à ces phantasmes, en quelque sorte parasitaires, une existence indépendante; ils existent, mais subordonnés aux vivants en chair et en os. Quant aux plus étranges privilèges psychiques, nous savons bien, à n'en pas douter, qu'ils sont inséparables du clairvoyant, du sujet hypnotique, du médium, du prophète, du héros, et, en montant taujours plus haut» du saint et du surhomme.
Au moment oii le prodige s*accomplit, supprimez le clairvoyant, le sujet hypnotique, le médium, le prophète, le héros, — le prodige cesse. La table, qui tourne et parle, s'arrête et se tait si le véhicule vivant de la force psychique se retire. La maison hantée, elle même, s'apaise et ressemble à tous les autres domiciles, dès que la cause visible des troubles, — quelque enfant malade généralement, — est écartée. L'inspiration serait muette éternellement sans Tinspiré.
Notre critique ne saurait nier l'existence, la grandeur et la beauté de ces dons surhumains, mais elle ne les sépare plus de l'homme; celui-ci, tout d'abord, dans son étonnement, ou les
méprisa au point de les méconnaître, ou les glorifia au point de les attribuer à des entités imaginaires et plus puissantes. Il est temps d*augmenter la vieille classification des facultés de l'Âme consciente, avec toutes les richesses que recèle le moi sublime et caché.
PÉRIL D£S GUaiOSITÉS VAINES, UTIUTÉ GRANDIOSE
DES SCIENCES DE l'aME
Et la question se pose : faut-il développer ces pouvoirs réels qui sont dans Thomme ? C'est de cette promesse qui est en même temps une tentation, que naissent et prospèrent les sociétés occultes, désireuses de recruter des clients parmi les curieux qu'elles attirent.
Je réponds : oui^ il faut développer ces pouvoirs, mais uniquement par la raison, la méditation, l'équilibre physique et l'harmonie de l'âme. Je réponds : non, si la méthode proposée est un (K training » pour Thallucination, une croyance sans contrôle suffisant, une sorte d'hypnose illusoire et délirante.
Autant la discussion des grands problèmes fortifie et console au milieu des trivialités ou des hideurs qui nous environnent, autant l'étude scientifique de la psychologie normale ou fiumormaie élargit et éclaire la connaissance de nousmême et peut devenir utile à Thumanité tout
entière pour son progrès intellectuel et moral, — autant les curiosités imprudentes, les ivresses spéciales aux incursions téméraires dans un chimérique au-delà, les voluptés du Vertige, de TEpouvante, du mauvais Mystère dépriment peu à peu Tintelligence par d'épuisantes exaltations, annihilent la volonté, atteignent même le sens moral. Et Torgueilleux qui avait rêvé de devenir un Dieu se réveille au-dessous de Thomme.
L'histoire de Foccultisme contemporain, telle que je l'ai consignée dans mon livre, Le Monde Invisible f en est une démonstration bien douloureuse et encore toute palpitante. Rappelons-nous les aventures de tels « pèlerins du mystère », leurs essais dangereux, leurs fins cruelles.
On peut comparer les excitants psychiques aux excitants physiques.
La morphine et Téther sont des drogues utiles et même bienfaisantes, prises h doses fixées, lorsque la nécessité s'impose. Mais celui qui en use selon son caprice, ne tarde pas à recevoir par l'amoindrissement de lui-même et le détraquement de ses facultés le plus sévère châtiment.
Il a quelque chose de semblable au morphinomane et à Téthéromane, celui qui s'adonne avec intempérance et sans esprit scientifique aux pratiques de Toccultisme et du spiritisme.
Gomme tout intoxiqué, il y gagne d'oublier la vie
ea un rêve trouble et captivant; mais il y perd le meilleur de soi-même qui est la virilité de Tesprit et l'intégrité de la conscience.