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SUGGESTION

Tout le monde admet aujourd'hui la réalité de la suggestion orale. Il est établi qu'en parlant à certaines personnes, mises en état de réceptivité par des circonstances fortuites on des manœuvres volontaires, on détermine chez ces personnes des impulsions auxquelles il leur est très difficile de résister. On est généralement d'accord (et c'est là mon opinion basée sur de très nombreuses expériences) que la su^estion ne ]pexii prendre que si le sujet s'y prête ; elle reste presque toujours inefficace si elle choque des instincts ou des résolutions bien arrêtées. Elle n'en reste pas moins une arme très dangereuse entre les mains de qui saurait tourner la difficulté.

La suggestion est capable de déterminer non seulement des effets moraux, mais des effets physiques, notamment sur des nerfs sensitifs et moteurs et sur la circulation sanguine. Gomme la suggestion faite dans un but thérapeutique est toujours acceptée avec empressement par le sujet, on conçoit qu'elle arrive à produire des guérisons en apparence miraculeuses.

La suggestion mentale^ c'est-à-dire simplement pensée et non formulée par la parole, se produit

bien plus rarement, mais beaucoup de barnums rimitent à Taide de diflférents trucs. C'est ce qui résulte d'une enquête que nous avons faite, quelques amis et moi, à Taide de plusieurs des liseuses de pensées qu'on avait admirées à l'Exposition de 1900 *.

Ces trucs sont toujours basés sur l'emploi de langages conventionnels par mots ou gestes. Ils sont destinés à aider, ou même à remplacer complètement des facultés plus ou moins développées qui ne sauraient résister à la fatigue des longues séances imposées par l'exercice du métier. La plupart des sensitifs de cette espèce sont aptes à percevoir l'action du barnum concentrant fortement sa pensée, mais sans ressentir autre chose qu'un sentiment d'attraction ou de répulsion qu'on utilise, par une éducation convenable, pour faire exécuter une série de mouvements concourant à un but fixé à l'avance, (j'ai vérifié le fait très souvent avec Lina). Cependant il y a quelques natures exceptionnellement douées qui peuvent lire dans le cerveau d'autrui comme dans un livre. Les personnes que ces questions intéressent en trouveront un exposé plus complet dans trois articles récemment publiés par le Cosmos sous le titre : V extériorisation de la pensée.

La suggestion musicaley c'est-à-dire l'éveil des sentiments déterminés à Taide de phrases musicales et leur expression automatique par des gestes, n'a encore été étudiée qu'avec Lina. Mes conclusions

* Le petit comité qui s'est réuni à cet effet à l'École polytechnique comprenait : S. A. R. le prince Henri d'Orléans, le chanoine Brettes. Camille Flammarion, les docteurs Oudin, Dariex et Maréchal, M. Gabriel Delanne, le baron de Watte- Tille, M. Marcel Mangin et moi.

ne sont donc point appuyées d'expériences asses nombreuses et assez variées pour être adoptées sans réserves, mais je dois dire que, depuis la publication de mon livre sur Les sentiments, la musique et le geste \ et divers articles parus dans VArt au théâtre et La Fronde, j*ai reçu des lettres me prouvant que les sensitifs de cette espèce ne sont point aussi rares qu*on pourrait le supposer.

l'extériorisation de la SENSIBILITE

L'extériorisation de la sensibilité est un phénomène assez difficile à expliquer en peu de mots. Il consiste essentiellement en ceci que certaines personnes perçoivent les actions mécaniques exercées à quelque distance de leur corps, comme si on les avait exercées sur leur corps même. Les choses se passent comme si ces personnes émettaient des radiations jouant à l'extérieur le même rôle que les nerfs sensitifs jouent à l'intérieur.

Ces radiations ont, de plus, la propriété de se condenser, pour ainsi dire, dans certaines substances qui deviennent elles-mêmes alors des corps radiants, de telle sorte que si on exerce des actions mécaniques dans leur sphère d'activité, ces actions peuvent se transmettre jusqu'à la personne sensitive — quand la distance n'est pas trop grande.

L'extériorisation de la sensibilité avait été constatée par quelques-uns des anciens magnétiseurs, mais on ne s'était pas rendu compte de son processus. Bien que les faits soient aujourd'hui établis d'une façon indiscutable par divers expérimenta-

' Grenoble, Librairie dauphinoise.

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leurs, la science officielle ne les admet point encore parce qu'ils contredisent les théories eoseigoéet relativement au rôle des nerfs sensitifs ; elle oublie ce que dit Claude-Bernard : « Une découyerte est, en général, un rapport imprévu qui ne se trouve pas compris dans la théorie, car, sans cela, il serait prévu... Il faut garder sa liberté d'esprit et croire que, dans la nature^ Tabsurde suivant nos théories n'est pas toujours impossible .»

Certains sujets disent voir, comme des nébulosités plus ou moins brillantes, les effluves sensibles. Vous avez exposé dans la salle des dépêches du Matin deux photographies instantanées de Lina prises à la lumière de magnésium par M. Gheuzi, directeur de la Nouvelle Revue ^ chez M. Gailhard^ directeur de rOpéra, pendant qu'elle dansait une habanera chantée par M"* Calvé et accompagnée par M. Paul Vidal. Les traînées lumineuses qu'on y aperçoit très nettement seraient-elles dues aux émanations de Lina, alors fortement extériorisée et exaltée par cette admirable musique ? C'est ce qu'il est difficile d'affirmer, car l'expérience n'a pu être refaite dans les mêmes conditions ^

l'extériorisation de la motricité et les tables

tournantes

Quelques sujets, fort rares, parviennent à remuer les objets rapprochés, mais sans contact^ par un simple effort de leur volonté. Les expériences faites

* Dans moQ prochain livre, les Cryptes de Vâme, ]e décrirai les facultés remarquables de ce « sujet » qui nous a révélé les lois profondes du rythme et en quelque sorte les origines spontanées de la danse. (Note de J. B.).

LES TROIS PRÉCURSEURS DE LK MÉTAPSTGHIQUE 7i

notamment avec Daniel Home et Eusapia Paladino permettent d'autant moins le doute à cet égard qu'ici il ne s'agit plus comme dans l'extériorisation de la sensibilité d'une impression ressentie par le sujet seul, mais d'un phénomène visible et contrôlable par tous les spectateurs.

Tant que les mouvements n'ont pas été obtenus sans contact, on était en droit de les expliquer par la théorie des mouvements inconscients. Aujourd'hui, cette théorie ne peut plus être considérée comme suffisante et il est clair que, dans le cas des tables tournantes^ il intervient souvent une force encore non définie K

LA TÉLÉPATHIE BT l'eNYOUTBME^T

Les notions sommaires que je viens d'exposer relativement à l'extériorisation de la sensibilité et de la motricité suffisent à faire comprendre comment cette forée mal connue peut, dans des cas exceptionnellement favorables, produire chez une personne la répercussion d'une émotion violente éprouvée à distance par une antre personne, ou d'une action mécanique exercée également à distance sur un objet préalablement mis en rapport avec cette personne. C'est ce qui constitue la télépathie et Venvoûtement dont la réalité est historiquement prouvée, au moins dans une certaine mesure*.

* Cette force non définie ou plutôt cette combinaiBon non définie de forces, la plupart définies, je t&che de Tanalyser dans la troisième partie de ce livre (note de J. B.)-

' Consulter le Satanisme et la Magie et le Monde irwiiUle.

LA YUB DBS ORGANES INTÉRIEURS, l'iNSTINCT DBS REMÈDES ET LA VUE A DISTANCE

Ces trois phénomènes ont été assez fréquemment observés, surtout dans la première moite du XIX* siècle, par des hommes de haute valeur tels que le marquis de Puységu7\ le capitaine d'artillerie Tardy de Montravel^ le général de division du Génie Noizet, DeleuzCy administrateur du Muséum, le docteur Bertrand, ancien élève de TÉcole polytechnique, le docteur Charpignon^ etc. Aujourd'hui on les rencontre beaucoup plus rarement, soit qu*on mette moins de soin à les rechercher et à les développer, soit que les facultés des sensitifs varient suivant les époques, ce qui ne devrait point nous étonner outre mesure, les conditions de l'ambiance se modifiant perpétuellement.

En tout cas, pour ma part, je n'ai rien pu trouver de convainquante

Presque tous les sujets qui présentaient l'extériorisation de la sensibilité disaient bien voir l'intérieur du corps humain à l'aide de leur main qu'ils approchaient plus ou moins, de façon à voir plus ou moins profondément; ce qui fait supposer qu'ils voyaient à l'aide de leurs couches sensibles extériorisées. Par cette manœuvre, ils comparaient leurs propres organes à ceux de la personne qu'ils examinaient et diagnostiquaient ainsi les maladies. Leurs affirma-

* Aujourd'hui cette vue des organes intérieurs du sujet par le sujet lui-même est sinon tout ft fait admise, du moins prise en considération par le monde scientifique ofiBciel. Le livre du D' Paul Sollier, Les Phénomènes d'Autoscopie, en fait foi (NotedeJ.B.).

lions étaient très nettes et assez Traisemblables ; aussi je crois qn^ils étaient de bonne foi, d'aatant plos qne jamais, malgré mes inritations réitérées, ancon d*enx n*a prétendu posséder Tinstinct des remèdes. Un seul, M"^ Lambert . dit Toir les congestions céder sous l'application de sa main, et la plupart des patients déclarent qu'ils éprouvent, ai effet, un soulagement.

Quant à la vue à distance, je Tai obtenue d'une façon extraordinaire, avec cette même M"* Lambert. Pendant plus de six mois, étant endormie magnétiquement, elle a vu, dans tous les détails de sa vie, un ingénieur que nous ne connaissions ni Tun ni l'autre et qui, ayant quitté sa famille à la suite de grands revers de fortune, n'avait jamais donné de ses nouvelles. A Faide d'un objet lui ayant appartenu et que je mis entre les mains de M^ Lambert, elle le retrouva dans l'Amérique du Sud, me donna les noms des villes et des hôtels où il séjourna successivement en les lisant dans les gares ou sur les enseignes, et elle m'indiqua les titres des journaux qu'elle voyait entre ses mains. Je vérifiai que ces villes, ces hôtels, ces journaux, dont elle n^avait pas la moindre idée quand elle était éveillée, existaient réellement; mais, quant au personnage luimême, des informations prises auprès de notre consul à La Paz, capitale de la Bolivie, où il était censé faire construire une usine, nous prouvèrent qu'il n'y avait jamais mis les pieds. Nous n'avions donc eu ici qu'une série de rêves se suivant avec une logique parfaite et présentant, avec un fond imaginaire, des détails exacts dont il est fort difficile d'expliquer la provenance.

LA LEVITATION

De mém^ que pour la télépathie, il y a des observations très nombreuses prouvant historiquement la réalité de la lévitation^ c'est-à-dire de la diminution du poids de corps bruts ou animés, diminution pouvant aller jusqu'au flottement dans Tair.

J'en ai été témoin moi-même, en 1898, avec Eusapia Paladino qui, à TAgnelaset au cours d'une séance eKpérimentale , étant assise sur une chaise et entransée, a été soulevée avec sa chaise, d'un mouvement continu et non par un saut brusque, à peu près jusqu'au niveau d'une table voisine, puis portée debout sur cette table et soulevée de nouveau de manière à ne reposer que sur la pointe des orteils ; après quoi elle est tombée évanouie. Le procès verbal du fait a été dressé et signé immédiatement après la séance par MM. Sabatier, doyen de la faculté des sciences de Montpellier, le docteur Dariex, directeur des Annales deg sciences vsychiqu€s,MB.\we\l, substitut du procureur général à Bordeaux, le comte Arnaud deGramont, docteur es sciences, et le baron de Watteville, licencié en droit etès-sciences physiques.

Les mêmes phénomènes viennent de se reproduire, toujours avec Ëusapia Paladino, il y a quelques semaines, à Gènes, au Circolo scieniiflco Minerva, avecdes circonstances presque identiques. Voici comment les raconte, dans un journal italien, M. François Porro, ancien directeur de l'observatoire astronomique de Turin et actuellement professeur d'astronomie à l'Université de Gènes.

Cinquième séance. — La transe est plus pro-

fonde et plus pénible que d'habitude. Tout à coup Le médium lève ses deux mains toujoors serrées par les miennes et celles de M. Morselli, et, tout en poussaAt des gémissements, des cris, des exhortations, eUe se soulève rapidement avec la chaise jusqu'à poser ses deux pieds et les bouts des deux jambes antérieures de la chaise sur la planche supérieure de la table... La lévitation s'était accomplie sans aucun choc, sans aucune secousse , rapidement mais sans soubresaut. Ce n'est pas tout encore ; Ëusapia s'est encore soulevée, avec sa chaise, de la partie supérieure de la table-^ de telle sorte que M. X. d'un côté et moi de l'autre, nous avons pu passer la main sous les pieds du médium et sous ceux de la chaise... Ëusapia est redescendue sans secousses, petit à petit, toujours tenue au moyen des maint par M. Morselli et par moi. La chaise, montée un peu plus haut, se renversa et vint se placer sur ma tête d'où elle retourna spontanément sur le parquet. Le phénomène se renouvela ; Ëusapiaet sa chaise furent de nouveau transportées sur la table ; seulement, cette fois, le résultat de la fatigue supportée par le médium a été tel que la pauvre femme tomba évanouie sur la table, d'où nous l'avons repLsu^ à terre avec tous les soins nécessaires. Une demi-heure se passa avant que M"'* Paladino se remit quelque peu de ce qui s'était produit aux dépens de son énergie vitale ^ »

* J'analyserai le cas d'Basapia Paladino ea particulier et des médiums en général, dans mon prochain livra, iee Crffples de l'âme; et dans mon étude sur les Fakirsde VInde, j*appuifljrai SUT la lévitation en apportant des théories et des faits. (Note deJ.'B.)

Il résulte de la comparaison de différents cas observés dans tous leurs détails que Ton peut souvent, mais pas toujours^ expliquer la lévitation par la simple action d*une force prenant naissance dans l'organisme humain et agissant en sens inverse de la pesanteur.

APPORTS, IfATÉRIALISATIONS ET FANTOMES

Depuis quelques années un assez grand nombre de gensrapportentavoir vuse former spontanément, sous leurs yeux, des objets inanimés et même des êtres animés qui semblent avoir été constitués au moyen de forces et de matières empruntées, en grande partie, à des médiums spécialement propres à ce genre de manifestations.

On désigne sous le nom d'apports les objets matériels ainsi produits, objets qui peuvent subsister très longtemps.

Les corps ou parties des corps humains dûs à la même cause sont s^ppelés matérialisations. Les matérialisations ont une durée très courte et se dissipent comme elles se sont formées, en passant progressivement de Tétat solide àTétat fluidique.

Dans les nombreuses séances que j'ai eues avec Eusapiaj'ai assisté à quelques apports, mais les conditions n'ont point été assez nettes pour me donner une conviction personnelle. Je crois à la possibilité du fait à cause de la confiance que j'accorde à ceux qui en ont été témoins dans d'autres conditions ; et c'est là tout.

Il n'en est pas de même pour les matérialisations. Si mes amis et moi nous n'avons pu, malgré tous

nos efiforts, être témoins de matérialisations complètes, comme celle de Katie King observée par Sir W. Grookes, nous avons eu, du moins, avec Eusapia, la preuve absolue qu'elle était capable, comme les Amibes, de projeter hors de son corps physique des membres plus ou moins matériels tels que des mains qui vous saisissaient ou des tètes qui s'imprimaient dans une substance molle.

Le bas-relief représentant un profil qui fut exposé à la salle des dépêches du Matin a été obtenu en coulant du plâtre dans une empreinte produite sur du mastic de vitrier pendant que Camille Flammarion et deux autres personnes maintenaient le médium à plus d'un mètre de distance.

C'est dans cet ordre de phénomènes qu'il faut chercher l'explication des fantômes dont les traditions populaires ne parleraient pas si souvent s'ils ne reposaient pas sur quelques faits réels ^

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