SPLENDEUR ET DÉCADENCE DU SPIRITISME
En psychologie, la méthode nouvelle d'investigation s'appelle « la méthode expérimentale». Il nous faut des faits. Emerson dit que ses compatriotes, les Américains, sont prêts à se mettre à genoux devant un fait. Nous sommes tous un
au Rouddhisme. J'ai pu m'en rendre compte dans une causerie que j'eus en 1901 avec le grand Lama de Sibérie sur le « Dupleix » en route de Ceyian à Calcutta.
* L'ancien « ésotérisme » est ainsi devenu le spiritisme ou plutôt s'y est déformé.
peu américains dans cette idolâtrie de l'expérience. Et nous aimons, pour être sûrs de ces faits, les reproduire à volonté.
Aussi, on s'explique le succès du spiritisme à son aurore. Il prétendit nous sortir enfin de la métaphysique et ne s'étayer que sur des phénomènes, qui devaient emporter la conviction en un au*delà proche et vivant. « Non seulement Tâme survit à la destruction du corps, mais il est possible, dit cette doctrine, de communiqueravae un mort par Tinterroédiaire des a médiums ». — Les médiums sont des nerveux excessifs qui se croient envahis, possédés par les forces intelligentes et invisibles de l'univers. Truchements, interprètes, commissionnaires entre la terre et l'au-delà. Par eux, les défunts nous parleraient, nous écriraient, nous apparaîtraient...
Il semble, en effet, qu'il en soit ainsi, si l'on considère seulement Técorce de l'expérience, si on accepte tout en bloc, si on n'analyse rien, si l'on veut absolument chercher, — ce qui n'est pas nécessaire, — la source de ces prodiges, en dehors des médiums. Hais si nous serrons de près le fait, nous nous apercevons que les vivants, avec leur personnalité multiple, les ressources de la suggestion, de Tauto-suggestion et de la télépathie, peuvent faire tous les frais de ces petits drames ; et l'hypothèse de l'interven-
tion des morts reste pour compte aux spirites.
Ceux-ci rentrent surtout dans la catégorie des illusionneurs et des illusionnés. De nombreux scandales en témoignèrent.
Dans les rangs des spirites, bientôt, sinon au début même, faibles d'esprit et charlatans affluèrent. Le goût du merveilleux devint, pour les uns, une excellente occasion d'exploiter les autres. Ils allèrent trop loin, fabriquèrent des esprits en chair et en os, photographièrent des revenants et finirent à la correctionnelle. On se rappelle le célèbre procès Buguet, qui à Paris fit tomber dans un discrédit complet les prétentions delanouvellesecte.Desonpropreaveu, ce Buguet se servait d'anciens clichés et de petites poupées, pour donner aux braves gens trop crédules Timage fantomale de leurs parents décédés. M™ Williams, qui créait des « matérialisations » d'esprits dans le salon delà duchesse de Pomar, fut surprise par le fils même du grand pontife des spirites, à cette époque Leymarie Anna Roth — le médium aux fleurs — sombra dans l'escroquerie et sous les foudres de Guillaume II. Il naîtra d'autres mystificateurs, sans cesse, au gré de la crédulité publique.