‹ Le miracle moderneChapitre 42 sur 171 · VICTOR HUGO ÉVOCATEUR · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO ÉVOCATEUR

Je crois bien qu'on a parlé jusqu4ci des « tables de Jersey », sans connaître, autrement que par des on-dit, les cahiers mystérieux, que M. Paul Meurice a jugé plus sage de tenir inédits. Ces procèsverbaux de séances extraordinaires, où les plus illustres défunts conversaient avec d'illustres vivants, il est temps de savoir au juste comment ils furent rédigés et ce qu'ils contiennent.

Dans le public, on eut vent assez tard du spiritisme de Hugo et par des indiscrétions verbales. Dans ses Miettes de V Histoire^ Auguste Vacquerie raconte bien avec un certain luxe de détails comment, à Jersey, il y a quarante ans, dans la propre maison de Victor Hugo, furent assidus Eschyle, Shakespeare, Molière, Luther et quelques autres revenants d'importance ; mais il se tait, selon la prière du maître, sur les dialogues entre le grand exilé et les grands morts. N'empêche que j'ai sous les yeux une revue spirite, qui a pris comme exergue cette parole, authentique ou non, de Victor Hugo : « Ne pas croire aux révélations des tables, c'est faire banqueroute à la

vérité ».

Vacquerie, d'abord enthousiaste, sentit avec le

« ESPRITS » ET MEDIUMS d07

temps son assurance décroître : « Je ne suis plus à Jersey, écrit-il, sur ce rocher perdu dans les vagues^ où, expatrié, arraché du sol, hors de l'existence, mort vivant moi-même, la vie des morts ne m'étonnait pas à rencontrer. » Et il ajoutait non sans une ironie de témoin qui se raille lui-même, et qui, après avoir vu et touché, se défend contre son propre témoignage : « La certitude est si peu naturelle à Thomme qu'on doute même des choses qu'on a vues de ses yeux et touchées de ses mains. — J'ai toujours trouvé saint Thomas bien crédule' ».

Les procès- verbaux de ces séances existent ; ils dorment depuis 1854, en plusieurs cahiers. Et, cependant, Vacquerie lui-même déclare que la publication leur est due. C'était aussi TintentioD de Victor Hugo ; mais il avait pensé jusqu*à sa mort que le moment n'était pas opportun.

En tout cas, voici, de visu, un bref aperçu des manuscrits et de la façon dont les évocations commencèrent.

* Le sentiment qu'éprouva l'auteur des « Miettes de l'Histoire » est commun à beaucoup d'expérimentateurs des sciences métapsychiques . Sur le moment on est ébranlé, mais plus tard la raison on plutôt la manière de raisonner, qui nous est habituelle, devient plus forte que les faits. Qui a tort, nos sens physiques qui ont pu s'abuser ou notre sens commun, qui, jugeant d'après la majorité des expériences vitales, tente toujours d'exclure l'exceptionnel et s'en méfie?

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