ET VICTORIEN SARDOU « FIT MIEUX » ENCORE
Pour le Parais du Prophète Elie^ l'imagination du médium devient plus fantasque si possible. M« Sardou avait coupé les papiers dont il se servait, d'après un certain format. U veut se mettre à la disposition de l'Influence. Elle casse le crayon par deux fois. « Qu'y a-t-il? demande Sardou. — Il me faut un papier plus grand.
— Je n'en ai point. — Ya en prendre. » Et l'Influence indique un papetier, que le médium n'avait jamais remarqué, mais devant lequel il passait très souvent.
Cette étrange faculté fut tout à coup retirée
au dramaturge : « Maintenant que tu es convaincu, lui dirent les esprits, tu as mieux à faire. » Et Victorien Sardou ne fut plus médium. Il fit mieux en effet; « Bernard Palissy D, la comédie avortée, eut des frères glorieux, qui réalisèrent leur tour du monde.
LES MÉDIUMS, ARTISTES INCONSCIENTS, PROCÈDENT A REBOURS DES ARTISTES CONSCIENTS
Comment M. Sardou opérait-il? Ce détail est des plus importants ; il caractérise éminemment rinspiration dite médiumnimique. Ce qu'il m'a raconté concorde entièrement avec les procès verbaux de la Revue spirite de 1858, dont il fut le collaborateur. La main bondissait çà et là, un peu partout, laborieuse et incertaine, ouvrière confuse, qui ne laissait pas pressentir son but. « Quand on le voit à l'œuvre, relate une note accompagnant la première publication de « la maison de Mozart », on conçoit aisément l'absence de toute conception préméditée et de toute volonté; sa main, entraînée par une force occulte, fait suivra au crayon ou au burin la marche la plus irrégulière et la plus contraire aux préceptes élémentaires de l'art, allant sans cesse et avec une rapidité inouïe d'un bout à l'autre de la planche sans la quitter, pour revenir cette fois au
même point. Toutes les parties sont ainsi commencées et continuées à la fois, sans qu'aucune soit achevée, avant d'en entreprendre une autre. Il en résulte au premier abord un ensemble incohérent, dont on ne comprend le but que quand tout est terminé. » Et Tannotateur ajoute :
« Cette marche singulière n'est pas le propre de M. Sardou, nous avons vu tous les médiums dessinateurs procéder de la même manière. »
{Revue spirite , 1858.)
En effet, voici une note à peu près semblable que me transmit M. Ley marie, le successeur d'AUan Kardec; elle explique un autre dessin, certainement des plus étranges et très artistique. Cela représente, paraît-il, le visage d'Allan Kardec, qui après sa mort est emprisonné dans une coque fluidique lumineuse.
« M. Hugo d'Alesi, Tauteur de cette planche, m'écrivait Leymarie, n'avait suivi aucun cours de dessin. Sous l'empire de forces inconnues, il traçait les portraits de décédés, connus des assistants. Le portrait d'AUan Kardec fut exécuté devant cent personnes. Sa main fébrilement indiqua le pourtour, puis la forme ovoïde, puis l'ovale du visage, enfin les cheveux, les oreilles, les yeux, la bouche et en dernier lieu le nez, c'est-àdire au rebours de ce qui se passe ordinairement. »
Nous verrons que le plus récent des peintres
médiums, M. Fernand Desmoulin suivra à son tour la même méthode pour ses œuvres « spiritiques », alors que dans son art conscient il se conforme aux procédés traditionnels.
D'ailleurs M. Hugo d'Alesi est toujours bien vivant. Maintenant que « les esprits » lui ont appris son métier, il ne laisse pas de se livrer à un art plus profane, où il montre beaucoup d'adresse. La plupart des affiches dans nos gares sont dues au médium d'autrefois; il a renoncé au fantastique, et sa personnalité « consciente » se plait au contraire au morceau correct et léché.
LES PRODIGES ESTHÉTIQUES d'uN GARDE CHAMPÊTRE