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L'ESTHÉTIQUE DES « ESPRITS » ET L'INSPIRATION

SUBGONSGIENTE

RÉHABILITATION DES OEUVRES d'aRT MÉDIUMNIMIQUES

M. Fernand Desmoulin nous donna récemment les très intéressantes expositions de tableaux, issus de sa main et à Tétat inconscient. Il ne voulait pas en revendiquer l'inspiration qu*il attribuait à des entités invisibles, indépendantes de lui. On se souvient de la curiosité sympathique, manifestée à ce propos dans la presse, parmi les artistes et dans un certain public.

Néanmoins on ne s*est pas occupé des œuvres d*art, dites ((médiumnimiques », autant qu'elles semblent le mériter. Je ne sais guère de psychologue qui se soit attendri sur elles ; et les spirites les ont tenues pour des jeux sans grande importance. Cependant il y a là toute une mine inexplorée, imprévue, dont je viens fouiller aujourd'hui quelques filons. Ceux qui sauront en extraire Tor arriveront à en tirer des conclusions très élevées ; par lesquelles Thorizon intellectuel s'élargit : je me contenterai d'indiquer les prin-

cipes de cette esthétique nouvelle. Je resterai dans mon domaine d'historiographe et de chercheur impartial, attentif aux efforts de ces étranges et passionnants expérimentateurs. Ils s'imaginent que les esprits des morts travaillent par leurs mains obéissantes, alors que, sans y penser et sans le vouloir, eux vivants, ils nous révèlent avec ingéniosité les profondeurs troublantes de leurs propres âmes. Par comparaison avec Tart subconscient, certains phénomènes esthétiques de ce temps, Técole symboliste par exemple, seront mieux compris.

Il m'a été donné de fréquenter également les médiums- dessinateurs, graveurs ou peintres et les artistes symbolistes et mystiques. J'ai vu les uns et les autres àTœuvre, et j'ai été frappé des ressemblances dans la méthode et les résultats.

BANALITÉ ET IMPOSTURE DES PHOTOGRAPHIES SPIRITES SUPÉRIORITÉ DE l'iNSPIRATION SUBCONSCIENTE

Un meilleur accueil est dû à Tart médiumnimique qu'aux photographies spiritiques, dont nous sommes maintenant saturés.

Bien entendu je ne confonds pas celles-ci, qui sont des supercheries, avec les photographies d'impressions vibratoires ou même les « psychicones », dont Tauthenticité est autrement sérieuse. Le rayonnement humain, dont j'ai parlé

en des chapitres précédents a je ne sais quoi de vague, de vaporeux, d'imprécis, même au moment oîi il semble se formuler en image sur la plaque qu'il impressionne. A étudier ces délicats reflets, on se rend mieux compte de la grossière imposture, qui préside à l'élaboration des photographies dites spirites. D'ailleurs, qui veut trop prouver ne prouve rien.

Qu'y a-t-il de moins impressionnant que la photographie d'un revenant ? Ce qui fait Taltrait véritable de rinvisible, c'est qu'il sait échapper aux investigations immédiates. Un fantôme trop familier n'est plus mystérieux; trop humanisé, il devient vite ou indifférent ou vaguement ridicule. Et, de plus, pour comble de désillusion, il est toujours mensonger... Jai agité maints clichés, impressionnés, disait-on, par des visites de l'au-delà. Ils m'ont laissé froid ou dégoûté. J'étais désolé de trouver aux revenants l'aspect monotone de nos citadins. Leur robe ou leur frac ne valent pas mieux que les nôtres. Ils ont même renoncé, dans leur prosaïsme intempérant, à l'antique suaire et à la tenue dramatique des ombres païennes. J'arrive à distinguer leur couturière ou leur tailleur, et je suis très désappointé.

Remarquez d'autre part que rien n'est moins sûr qu'un cliché. On nous a appris comment se

fabriquent les photographies excentriques ^ On fait avec une plaque tout ce qu'on veut. Le gélatino-bromure et les sels d'argent sont très volontiers compères et prestidigitateurs ; et je dois avouer que M. Nadar fils m'a reproduit, à volonté, par des artifices, toutes les sortes de photographies d* « esprits », depuis celles de Buguet jusqu'à celles du juge Edmonds, de Mumler ou de Taylor^

En revanche, qui n'appréciera un dessin excentrique, ayant en lui-même sa valeur d'art aux intentions raffinées, émanant d'une main ignorante ou experte, mais automatique? L'estampille du mystère, je la trouve beaucoup plus nette en ces œuvres inclassées où s'ébauche un art spécial avec lequel l'école symboliste fraternisait. Quoique plus bruyants et avides d'attribuer à leur propre personnalité les mérites de l'inspiration, les symbolistes furent dépassés et le dirai-je? souvent surpassés par ces médiums, pour la plupart leurs prédécesseurs. Ceux-ci attribuaient tout le mérite de leurs œuvres à des personnalités d'outre-tombe. Mais il se pourrait qu'à des degrés différents ce fût le même état

* Voir à ce propos des articles très instructifs de l'ancienne Revue des Revues, aujourd'hui la Revue.

- A peu près tous comparurent en correctionnelle pour fraude professionnelle et exploitation de la crédulité publique, en France, en Angleterre, en Amérique et en Russie.

ses doigts. Sa main automatiquement écrit ce nom « Bernard Palissy ». Yoilà une carte de visite agréable, se dit-il, et, pour une fois, de la reconnaissance. Il questionne : « Où es-tu? y> Bernard répond : « Dans Jupiter ». Sardou se frotte les mains : « A merveille ! tu vas me dire ce qui s'y passe ». Et, au grand étonnement de notre médium improvisé, ce ne sont pas des mots qui naissent sous sa plume, ou sous son burin, (car certains de ces dessins ont été gravés par M. Sardou lui-même) mais des architectures et paysages ^

« LES PATTES DE MOUCHE » DE l\u-DELA

Telle est Torigine de ces curieuses œuvres, qui ont si peu de rapports avec la manière violente et incisive du dramaturge. Elles sont mièvres, sans point d'appui, sans trame, comme tissées avec du rêve, du fluide, des brindilles de néant. On pourrait les appeler les « Pattes de mouches » de l'Au-delà. Elles sont féminines, lasses, capricieuses, quintessenciées, d'une architecture si menue, si déséquilibrée, si instable, qu'il semble tout à fait paradoxal que l'auteur de Patrie ait pu les extraire de son ima-

* Là encore est-il nécessaire d'insister sur Tévidence de la personnalité subcousciente, hantée par le souvenir du fameux céramiste et dictant son nom ?

gination puissante, peu en harmonie avec ces perplexités, ces remords de lignes, celte flore débile, ces pierres de nostalgie, ces portes comme tressées avec des libellules, ces rosaces pareilles à un papillon écrasé. Et le fantastique se glisse au milieu de tout cela : rampes molles appuyées sur de Teau presque vaporisée, façades en notes de musique comme dans la Maison de Mozart^ piliers en moelle de sureau, toits en étincelles (voir la Maison de Zoroastre^) faunes joueurs de boules, satyres aérostatiques, hercules dans des toiles d'araignée comme au Quartier des animaux,..

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