‹ Le miracle moderneChapitre 68 sur 171 · UN£ SCÉNË DE DÉLIRE · texte numérisé non relu

UN£ SCÉNË DE DÉLIRE

Le D^ Paul Archambaud, directeur de la Revue médicale^ fut mandé à Valence-en-Brie par son

confrère le D' Pâté. Il a raconté sa visite dans son périodique, daté du 11 juillet 1896.

Après avoir inspecté la cuisine où l'invisible vient de parler à la bonne ahurie, le salon où les meubles sont en débandade, la cave (c où des tranchées à peine comblées et de larges trous dans les murs nous montrent qu'on a fait des fouilles récentes pour trouver Tesprit », le tonneau que ce gourmand de Wiski avait dérangé plusieurs fois, le jardin rempli de carreaux cassés, la glace du premier étage à peu près détruite, le D' Archambaud pénètre dans la chambre de la maîtresse de la maison. Ici un spectacle extraordinaire Tattendait. . . Laissons-lui la parole.

Enfin, ô terreur, nous entrons dans la chambre de M°^^ Lebègue^ malade depuis plusieurs années et, horresco referens, armée de pied en cap, dans la posture d*une Jeanne d'Arc attendant rennemi de sang- froid.

Une feuille de chou, surmontée d'un bonnet de caoutchouc, lui sert de casque; derrière son oreiller un sabre hors du fourreau ; à sa droite un revolver chargé ; sur sa poitrine un poignard et au pied de son lit le fourreau du sabre qui attend impatiemment qu'on lui rende sa lame une fois la victoire remportée.

C'est à notre avis, de cette chambre que part la suggestion générale ^ car suggestion il y a; la malade

semble avoir sur son entourage une autorité peu commune^ et dans ce milieu extra-nerveux, — le fils est hémiplégique^ la mère, disent les journaux, est atteinte depuis deux ans d'une affection cérébrale incurable, la bonne hystérique — et le père, ce pauvre M. Lebègue, commence à perdre la tête: Amenez-moi qui vous voudrez, nous dit-il, même des sorciers pour me débarrasser de ce cauchemar! »

Page 1