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DÉPOSITION DES VISITEURS DE LA FERME HANTÉE

La ferme hantée avait pour ainsi dire tous les jours des visiteurs. Voici ce que raconte l'un deux : Baptiste Poupin, âgé de quarante-cinq ans, propriétaire à Brillout, commune de Mouilleron.

A peine était-il entré dans la maison que le poids d'une horloge, placée près delà cheminée, se détacha et vint tomber sur le parquet, à côté de lui. Un instant après, Tautre poids vint s'abattre sur la table ; un lit se renversa. Poupin prit les deux poids de rhorloge etles transporta dans le jardin. Au bout de quelques minutes, l'un des poids revint par le tuyau de la cheminée et s'enfonça dans le contenu d'un chaudron suspendu à la crémaillère. « Touty dit-il, était mû par une force invisible et sans que Von vit personne toucher aux objets qui étaient mis en mouvement, »

Pierre Bernard, âgé de soixante-trois ans, déclare que devant lui un livre qui était dans un meuble disparut et revint ensuite tomber dans la maison. Il avait beau attacher les vaches, elles se détachaient seules et en sa présence. Des papiers enfermés dans un tiroir et un plateau en fer sortirent aux yeux des assistants et allèrent tomber près de la porte de Técurie.

Jourdain, âgé de quarante-deux ans, vit àplusieurs reprises les armoires s'ouvrir seules et le linge en être projeté.

De tels témoignages abondent et je ne relève que les plus marquants. Tandis que ces faits se passaient devant les propriétaires etles visiteurs affolés, seule, Marie Thibaut restait sereine et sans peur, toujours

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la première à signaler un nouveau désastre ou quelque autre bouleversement.

Cette attitude lui rendit Topinioii publique tellement hostile qu'on la prit violemment à partie et qu'on l'accusa d'être l'auteur avoué ou occulte de cette longue mystification. Elle se défendit très lucidement, disant que si elle avait souvent constaté les faits la première, c'était par la faute de ses maîtres qui effrayés renvoyaient toujours en avant ; qu'elle ne se les expliquait pas plus que les autres ; qu'au reste, il lui eût été impossible de les produire, surveillée comme elle Vêtait; et énergiquement elle a toujours protesté de son innocence.

La conduite de Marie Thibaut a toujours été irréprochable, et elle est bonne catholique.

Les époux Perrin ont renvoyé cette fille de chez eux; et depuis les faits mei*veilleux ne se sont plus reproduits.

Rien ne manque à ces déclarations. Elles ont pour elles la netteté, le nombre, la constance des faits, la diversité des témoins, qui la plupart déposèrent avec gravité devant les gendarmes. Jamais de contradiction. On peut supposer qu^Henri Dumont, le jeune garçon déforme s'entendait avec la servante, mais il est invraisemblable d'admettre la complicité des patrons et des autres visiteurs. Un seul point reste obscur. Que devint Marie Thibaut? S est-elle guérie ; a-t-eile autre part porté encore ses prodiges embarrassants î Je n'ai pu retrouver ses traces.

« LE PRINCE WISKI »

La maison hantée de Valence-en-Brie, dont les incidents envahirent les colonnes des journaux en juin et juillet 1896, fut autrement ambiguë et effarante. La solution, qu'il faut apporter à ces baroques manifestations, est beaucoup plus complexe et délicate. A l'extraordinaire et au fantastique se mêlent une forte dose de charlatanisme, plusieurs scènes du plus haut comique et je ne sais quel souffle d'hôpital et de cabanon.

Là encore l'habitation est si sonore que Ton peut de la cave entendre des paroles articulées au rez-de-chaussée et même au premier. M. Lebègue, sa femme, sa belle-mère, ses deux enfants et une bonne (l'inévitable bonne des maisons hantées) y vivent pendantplusieurs mois, secoués de perpétuelles transes. En des pièces crues fermées, le piano joue tout seul, la pendule descend de la cheminée pour se vautrer sur le tapis; les fauteuils et les tables se renversent. La façade de la maison, tournée vers le jardin, est criblée de coups de pierres, qui ont brisé les vitres ; mais le plus effrayant ce sont des voix qui partent de tous les coins de la maison, insultantes, grossières, menaçantes ; elles prétendent émaner d*un certain prince « Wiski ». Celui-ci, malgré son nom mal orthographié d'alcool britannique.

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se flatte d'appartenir à une « haute famille russe » {sic). Quand on lui demande où il est, il répond invariablement : « Je suis à Marseille ».

Or il se trouve justement que M. Lebègue est rintendant du prince russe Obidine... Naturellement, c'est à la petite servante que l'esprit s'adressa tout d'abord pendant qu'elle puisait au tas de charbon. Wiski craint les gendarmes ; lorsqu'ils ont été en vue, il leur a crié : « Ah ! N. de D., vous n'allez pas f... le camp avec vos sales bottes qui empoisonnent ! » Mais quand ils sont arrivés, il s'est tu.

M. Montaubrie, commissaire de police à Montereaux, ayant pris des précautions décisives, Wiski attendit que la surveillance fût relâchée pour recommencer son tapage. Le commissaire fit soigneusement fermer toutes les portes et toutes les fenêtres, garda les clefs en poche, visita la maison de fond en comble, posta un agent à chaque étage, puis, ayant réuni toute la famille dans une seule pièce, se chargea lui-même de la surveiller. Cette nuit-là, 1' « esprit », pour qui la peur des « sergents » est le commencement de la sagesse, eut l'esprit en effet de ne souffler mot.

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