‹ Le miracle moderneChapitre 8 sur 171 · LE SCEPTIQUE CHEVREUL EUT UNE « HALLUCINATION YÉRIDIQUE · texte numérisé non relu

LE SCEPTIQUE CHEVREUL EUT UNE « HALLUCINATION YÉRIDIQUE

Cette fois, je céderai la parole ou plutôt je passerai la plume à M. Jules Glaretie, qui sous sa rubrique La Vie à PariSy narra dans Le Temps (20 janvier 1905) une apparition qu'eut le vieux Ghevreul. Ce savant a écrit sur les tables tournantes un opuscule qui explique très naturellement leurs mouvements par la pression des mains

opératrices ^ Il n'en fut pas moins, lui aussi à son tour, le jouet du mystère. Ce cas est excellent, car la lucidité et la sincérité du sujet, d'ailleurs sceptique, furent complètes :

ce Ghevreul travaillait, une nuit, fort tard, dans ce vieux logis où, je crois, BufFon a vécu — et la fatigue l'avait un moment gagné, lorsque, se levant pour passer de son bureau à son lit, il vit — distinctement il vit — la porte de son cabinet barrée par une sorte de fantôme.

« En vérité, il y avait là quelqu'un ; il y avait une forme bizarre, une image immobile, sur le seuil que le savant allait franchir.

<( Le vieillard ne s'effraya pas.

(( Il tira sa montre :

(( — Deux heures trois quarts du matin.

(( Puis, examinant le fantôme, il revint à sa table de travail et prit froidement le signalement de l'apparition :

« Une sorte de tronc de cône surmonté d'une sphère », disaient ses notes.

« Ensuite, pour aller à sa chambre à coucher, il se dirigea vers la porte où se tenait toujours (c l'étrange forme » qu'en passant il frôla. Mais pas un mouvement de terreur, pas une minute d'étonnement. Rien qu'une admirable assurance

* Cette théorie avait été d'abord imaginée pour la pendule enregistreur et la baguette divinatoire.

scientifique, le sang-froid d'un observateur qui prend le signalement d'un fantôme et qui, pour un peu, comme un gendarme, lui eût demandé ses papiers.

« Et cependant le vieux Chevreul fut un peu surpris lorsque, quelques jours plus tard, on vint lui dire qu'un de ses amis, qu'il ne savait pas malade, était mort — à Fheure précise de sa vision — et lui avait légué sa bibliothèque. »

Voici encore quelques traits inédits que je tiens de Parisiens honorables et connus. Cette fois, il n'est pas question de sentiment. La communication s'est établie sans exaltation, presque sans sympathie, automatiquement.

COMMENT SE TRANSMIT î/lDÉE d'UN CANCER

L'un de ces cas est conté par le professeur Aimé Guinard, chirurgien en chef de FHô tel- Dieu.

« M. Guinard trouva plus commode d'adopter comme dentiste M. M... L..., qu'il connaissait peu. Une nuit du mois de septembre 1891, M. Guinard ne put dormir, pris d'une rage de dents. Pour se distraire de son mal, il travailla au mémoire qu'il écrivait à cette époque sur le traitement chirurgical du cancer de l'estomac. Sa pensée fut donc partagée entre son travail et

l'idée d'aller voir son dentiste. Dès dix heures du matin, le lendemain, en arrivant chez H.

M... L..., M. Guinard fut accueilli par ces paroles : c< Tiens, j'ai justement rêvé de vous toute la nuit. — J'espère, répondit le chirurgien, que votre rêve n'a pas été très désagréable. — Mais, au contraire, répondit le dentiste, c'était un horrible cauchemar : j'avais un cancer de l'estomac, et j'étais obsédé par l'idée que vous alliez m'opérer. »

« Or, écrit le docteur Guinard, j'affirme que M. M... L..., ignorait absolument que j'étudiais en ce moment cette question de l'opération du cancer. »

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