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LE MORT PARLE

A peine est-il descendu dans le cerveau de M" Piper qu'il demande à être mis en commu-

nication avec d'anciens et intimes amis, M. James Howard et sa femme. Il s'exprime délibérément.

« Est-ce vous, Jim ? Parlez-moi vite. Je ne suis pas mort. Je suis terriblement content de vous voir. Ne pouvez- vous pas me voir aussi? — M'entendez-vous? Envoyez mes tendresses à monpère^ et dites-lui que je voudrais le voir. Je suis heureux ici, et encore plus depuis que je m'aperçois que je puis communiquer avec vous. Je plains ces gens qui ne peuvent parler... Je veux que vous sachiez combien je pense à vous. J*ai parlé à J. de certaines lettres. J'ai laissé mes livres et mes papiers terriblement embrouillés. Vous ne m'en voudrez pas pour cela ?

M. H. — Que faites-vous, Georges, là où vous êtes?

G. P. — Je ne suis guère en état de faire grand*chose Je m'éveille seulement à la réalité de la vie après la mort. C'était comme des ténèbres. Je ne pouvais rien distinguer d'abord. Les heures les plus sombres sont juste avant l'aurore, vous savez, Jim. J'étais étourdi, embarrassé. J'aurai une occupation bientôt.

Il est nécessaire de s'arrêter an instant sur cette petite phrase: «J'aurai une occupation bientôt, » que le mort prononce avec la désinvolture d'un jeune stagiaire à qui va être confié un poste important. En vérité Georges Pellew semblait prévoir que ses communications avec ses anciens amis de la terre par Tintermédiaire de M" Piper devraient cesser un jour. Ce qui arriva

LES MIETTES DES MORTS 2ia

au bout d'un certain temps, comme si, sa mission terminée, le revenant passait à d'autres emplois, ou plutôt comme si le médium avait épuisé le thème de son rêve.

MESSAGES TÉLÉPHONIQUES DE l'aU-DELA

Mais laissons la parole au mort !

« Maintenant je puis vous voir, mes amis, je vous entends. Je peux distinguer vos voix, Jim, avec votre accent et vos articulations spéciales. Mais elle résonne comme une grosse caisse profonde. La mienne vous semblerait un tout petit murmure.

M. P. — Notre conversation alors a quelque chose du téléphone ?

G. P. — Oui.

M. H. — Ne fûtes-vous pas surpris de vous retrouver vivant ?

G. P. — Si, parfaitement. Grandement surpris. Je ne croyais pas en la vie future. C'était au-dessus de ma puissance de raisonnement. Maintenant, c'est pour moi clair comme le jour. Nous avons un facsimilé astral du corps matériel... Jim, qu'est-ce que vous écrivez maintenant ?

M. H. — Rien d'important.

G. P. — Pourquoi n'écrivez-vous pas sur tout ceci?

M. H. Je le voudraisbien, mais Texpression de mon opinion n' aurait pas assez de poids. Il me faut des

faits.

G. P. — Je vous en donnerai à vous et à Hodgson, s'il s'intéresse toujours à ces choses.

M. H. — Lapossibilité de communication serai elle généralement reconnue ?

G. P. — Sûrement. On finira par là. Les gens encore dans le corps matériel sauront tout cela avec le temps. Et tout le monde aura le moyen de communiquer... G*est seulement une question de temps.

Je voudrais que tous les camarades sussent ce qui me concerne. Nous, les garçons excentriques, nous sommes toujours mal compris dansla vie. J*étais sujet à des accès de découragement. Je n'en ai plus maintenant. Je suis heureux. Je veux que mon père sache tout cela. Mais il sera dur à convaincre. Ma mère croira plus facilement...

G. P. — Eh bien Hodgson ! Il n'y a pas de mort, qu'est-ce que vous en pensez ?

M. H. — Vous rappelez-vous notre conversation, quand je vous développais mon hypothèse au sujet d'une base physique de la vie future ?

G. P. — Oui, je m'en suis moqué :

M. H. — Gela n'a pas été jusque-là, mais vous n'acceptiez pas mon opinion.

G. P. — Non, non, j'en riais !

M. H. — Ëstrce du genre de corps que je suggérais, le corps éthéré.

G. P. — Éthérisé... et éthéré : vous aviez raison.

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