‹ Le mirador; drame en un acte et deux tableauxChapitre 17 sur 33 · ROBE HT · texte numérisé non relu

ROBE HT

Je rei)rends du service.

JEAN

Oui, mais en désertant la maison. Tu crois donc qu'un homme ne doit faire son devoir qu'alors qu'il porte l'uniforme? C'est donc la crainte seule du Conseil de f^uerre qui t'empêchait de déserter quand tu étais soldat et que le service te semhlait un peu pénible'-' La vie est une lutte de chaque minute. Le destin vous a réunis trois pour livrer bataille; ton père, ton frère et toi. Tu les abandonnes en pleine mêlée, tu désertes devant l'ennemi, voilà tout ce que je vois.

I,EFRAXC

Laisse-le.

ROBERT

Tu es injuste. Je cherche du travail et je n'en trouve pas, c'est ce qui m'affole... je me sens accablé...

THÉO

Alors, vous rengagez pour vous mettre à l'abri ?

ROBERT

Je ne commets pas une mauvaise action. Je vais servir la patrie, défendre le drapeau.

JEAN

Ce n'est pas vrai. Tu vas chercher la tranquillité du lendemain et par dessus le marché tu veux faire de la gloriole. La patrie ne te demande rien en ce moment. Le drapeau tu l'as abandonné pendant trois ans, tu nous laissais alors le soin de le défendre et tu ne t'occupais pas de savoir s'il était bien défendu. Tu as fait

tes deux ans, tu as payé ta dette. lîon. Maintenant tu es réserviste, reste réserviste, c'est ici que la France a besoin de toi. Il faut de tout pour faire une nalion. Travaille pendant que les troupiers de l'active montent la garde pour assurer ta sécurité,

ROliERT

Si c'est ma vocation d'être soldat.

.IKAN

File te prend trop tard. Tu ne l'as pas eu à l'instant où on eut pu la prendre au sérieux, tu l'as maintenant ((u'elle ressemble à une fuite. Tu l'as comme ceux qui n'ont envie de voir l'Océan que le jour où on leur commande de marcher sur le Rhin. 11 en est qui rengagent parce qu'ils sont soldats dans l'àme. Toi, tu rengages parce que tu es un lâche.

LEFRANC

.lean !

ROBERT

Tu n'as pas le droit de dire cela, .lean. .Te vais servir loyalement.

.lEAN

Jamais de la vie! Tu seras le mauvais traînard cpii se cache derrière ses camarades.

K(JBERT

Allons donc, je saurai jouer ma peau tout comme un autre,

Prouve-le ici ! Tu n'as pas besoin d'aller si loin pour prouver que tu es un homme. Sacrifie-toi pour les liens etje serai le premier à te faire des excuses.

THÉO

Enfin, tout le monde ne va pas finir ses jours dans la légion ?

i,EFRANC, indulgent.

Il manque de force de caractère.

JEAN

Cherchez-lui des circonstances atténuantes, vous êtes son père, c'est naturel. Pour mon compte, je suis fixé. Le premier voisin avec lequel j'ai causé m'a mis au courant. Vous êtes malheureux, je le sais. Est-ce le moment à choisir pour vous abandonner?

PIERRE, bas.

Jean a raison.

ROBERT

Mais puisque je ne peux rien pour eux?

JEAN

Tant pis, tu dois mourir avec eux.

THÉO, à Robert.

Enfin, est-ce que vous pourriez avaler votre gamelle en pensant que votre vieux papa et votre jeune frère n'ont jjas de quoi manger? Vous pourriez ? Eh bien je ne sais pas si c'est de la veine d'être comme ça, mais je suis bien heureux d'être autrement.

32 LE MIUADOU

ROBERT, railleur.

Monsieur est un héros V

THÉO

Oh ! non, non, je ne nie perniellrai pas de dire ça. Mais, sans être un héros, j'ai un cœur el, malgré tout, il y a des moments où je suis bien obhgé de m'en apercevoir. Que voulez-vous mon cher Robert, on ne se refait pas.

ROBEHT, VCUJCUr.

Admettons que je suis moi, un sans cœur, et maintenant qu'on me hiisse tranquille.

PIERRE, ô Jean.

Triste retour que le tien, dis, Jean ?

JEAN, songeur.

Oui, triste en ellet, bien triste.

THÉO, à Lefranc.

Mais, mon brave Monsieur,- je me demande ce qu'il va faire là-bas. Il y a dans la lé,'{ion des lascars qui n'ont pas froid aux yeux, ils n'ont guéie besoin d'un coco de cette espèce.

LEFRANC, se levant péniblement. — .1 Robert.

Ainsi, c'est bien entendu, c'est irrévocable, c'est définitif, tu pars?

ROBERT, dUme l'oi.v sourde.

Oui.

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