SCÈNE III
TALMIER, Mme TALMIER, JEANNINE JEANNINE, entrant.
Bonjour, papa! {Elle l'embrasse.) Comment trouves-tu ma robe, maman ?
Mm« TALMIER, distraite.
Ce n'est pas mal.
JEANNINE
Et toi, papa, te plait-elle, la fille ?
TALMIER
Oui, ma petite... Et combien, ce chef-d'œuvre ?
JEANNINE
Ah ! Ah ! Devinez. Deux francs soixante-quinze le mètre et la façon... voilà. {Elle montre ses doigts.) Hein? a-t-elle du talent, votre Jean ni ne !
TALMIER
Alors, ça t'amuse de faire tes robes toi-même ?
JEANNINE
Dame, oui... Au moins, on fait ce qu'on veut. Pas besoin, quand je désire mettre un ruban, de consulter le goût du jour, comme chez le tailleur. Moi, le goût du jour... pfft ! 11 n'y a que moi qui porte mes robes, j'aime qu'elles soient faites pour moi. Et puis, quoi... le grand faiseur, c'est pas pour nous. Plus tard, oui, quand nous serons riches. Car nous deviendrons riches, pas vrai, papa ? Maman dit toujours que tu as là quelque chose qui te rendra célèbre du jour au lendemain.
TALMIER
Ne te fais pas d'illusions, ma petite. Tu aimerais donc bien d'être riche ?
Mon Dieu ! oui... oui... Et puis, après tout, qu'est-ce que ça fait! On est si bien ensemble, comme ça... On s'aime bien... et
c'est le principal. {Elle les prend par la main.)
TALMIER
[A sa fille) Ah ! chère petite. [A sa femme) Ah ! les enfants, si nous ne les avions pas ! Allons, je m'en vais à mes visites.
Mme TALMIER
Tu ne resteras pas longtemps parti? Les Brécourt ont annoncé leur visite pour cette après-midi.
TALMIER
Oui, ce sera vite fait... je ne m'éloigne pas... c'est dans le quartier.
Il sort.