L'HORIZON DE ROME
Campagne lumineuse et torride où la pierre Affleure à chaque pas au milieu des chardons, Et dont quelques troupeaux broutant à l'abandon Solennisent la paix immense et mortuaire,
Solitude pareille aux dunes de la mer Et que calcine encore un soleil implacable, Ton sol poudreux et dur brûle comme du sable Et ta monotonie est semblable au désert.
De ces débris romains qui te parent encore Et de ces fûts brisés dont tu t'enorgueillis, Rien ne subsiste, si ce n'est ce blanc fouillis De murs que vont couvrant de petits sycomores ;
Mais dans tes champs brûlés dorment tant de héros, Tant de fois des consuls ont foulé ta poussière En poussant devant eux des hordes prisonnières, Qu'une âme veille encore au creux de tes caveaux,
Et que des Monts Albains qui te dominent seuls, Quand la lune répand sa lumière argentée, Parfois on voit encor les ombres irritées De blancs imperators drapés dans leur linceul.