QUARTIER JUIF
Je n'ai jamais aimé ton orgueil solitaire. O fils de Sem, je sais que du pays natal Tes pères ont gardé l'amour vil du métal Pour lequel je me sens un mépris salutaire,
Nous n'avons de commun ni le même idéal Ni de nos morts sacrés le culte héréditaire, Ni la tradition des aïeux, ni la terre, Et tu m'es étranger comme un Oriental.
Mais j'ai vu contre toi se liguer tant de haine Que mon cœur s'est ému d'une pitié humaine Contre tous ces bourreaux t'insultant sans pudeur
J'ignore désormais tes prêtres et ta race, J 'abhorre ces chacals te suivant à la trace, Et tu m'es devenu frère par la Douleur.
SAINTE-HÉLHNE
Hâve, maigre, et portant tout le poids de la haine,
Sa main sur une carte étendue et les yeux
Perdus sur l'horizon sinistre et spacieux
Le prisonnier muet songe à la mort prochaine.
S'il fut jamais heureux il s'en souvient à peine,
Le silence a scellé son cœur mystérieux
Et le ricanement des mots injurieux
Ne trouve plus d'écho dans son âme lointaine.
Il s'est fait en lui-même un enclos plus désert Que son île torride et que la vaste mer, La torpeur de l'oubli succède à la tempête;
Et pourtant, quand l'orage a déchaîné le vent, Certains soirs, il entend mugir dans l'Océan Des peuples déchaînés qui demandent sa tête.