LIMINAIRE
J'ai lu sur les tombeaux la prière des morts Qui dorment un sommeil quatre fois millénaire, J'ai conduit sur le Nil ma barque solitaire, Un peu de mon vieux cœur y palpitait encor ;
O Terres d'Orient, ô Méditerranée !
Damas, tu m'as donné tes sources et tes fleurs, Eyoub, ta Corne d'or et tes cyprès en pleurs, Et toi, Jérusalem, tes foules prosternées...
Pourtant, ô ma douleur, tu n\is pas épargné Ce fougueux compagnon qui V écartait sans cesse, Chaque jour je sentais s'aviver ma tristesse, Et je ne suis pas même à mon mal résigné.
Les Pavsa^es
FONTARABIF
Les jours de grand soleil, sur la grève splendide, Marcher droit devant soi et les bras étendus, Aspirer à longs traits les parfums répandus Et plonger ses pieds nus dans le sable torride,
Se sentir dans la bouche une saveur acide Où le goût de la mer et du vent s'est fondu, Courir devant la vague, ivre, et comme éperdu De ne pouvoir dompter tout l'élément liquide,
Saisir entre ses mains les algues, les roseaux, Crier, jusqu'à couvrir le hurlement des flots, Croire que les bateaux au large vous répondent.
Rencontrer une fille ardente, au corps nerveux Et tous deux renversés, écumant tous les deux, Communier en elle avec l'âme du monde !