‹ Le Mirage perpétuelChapitre 3 sur 28 · CADIX · texte numérisé non relu

CADIX

Filanc fouiiiis de villas que cerne le désert Et qui mires dans l'eau ta face polychrome, Cite des minarets, des clochers et des dômes, O Cadix, oasis de maisons dans la mer !

Le vent lourd d'Orient frôle tes chêne verts, Jl porte les parfums dont ta grâce s'embaume Et mêle des langueurs de lente cinnamome A la forte saveur de tes grands bui- amers.

O port délicieux où la brise marine

Court comme un souffle chaud de lèvres féminines.

Conque sonore où chante un chœur de matelots !

Tu respires la force amoureuse, la joie, Et des voiles là-bas que le hasard déploie Comme des éventails palpitent sur les flots.

TOLHDK

Tolède sur son roc et tenant à ses pieds

Le Tage aux flots boueux qui mugit autour d'elie

Profile sur l'azur parmi tours et tourelles

Les tragiques débris de ses murs foudrov*

Elle domine ainsi qu'une étroite couronne

Le sommet décharné d'une montagne à pic

Où s'étiolent parmi de rares basilics

Quelques touffes d'ajoncs, de myrte et d'anémones.

<l6 LES PAYSAGES

Elle est comme un grand cri poussé dans le désert, Et, de son fleuve roux au lointain horizon. Le sol fauve est pareil à la peau d'un lion Dont les blés desséchés auraient été couverts.

O Tolède hautaine, ô ruine exaltante, Relique d'un passé de massacre et de guerre, Comme tu portes haut l'orgueil héréditaire, La volonté de vivre et la tristesse ardente !

J'ai gravi tes sentiers rocailleux en serrant Dans ma droite un long cep de vigne centenaire, J'ai dormi sur le seuil des petits sanctuaires, Les mules aux longs yeux me frôlaient en passant.

J'ai vu ton alcazar brûlé, ta cathédrale, Tes portes dans les murs délabrés s'encastrant, Et comme un conquérant parmi des conquérants De l'escalier des tours j'ai suivi la spirale

Pour, tenant d'un seul coup la plaine et la cité Dans un vaste regard de rêveur prophétique, Savourer à loisir le plaisir énergique De comprendre à la fois la Mort et la Ccauté.

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