‹ Le Mirage perpétuelChapitre 22 sur 28 · ENTHOUSIASME · texte numérisé non relu

ENTHOUSIASME

Le monde, je le sens tout entier dans mon cœur Il chante en moi des cantilènes amoureuses, Je revois le Lido, Cadix la délicieuse, Et Grenade et Séville en sa plaine de fleurs.

La Volupté, les Paysages, la musique, Quel roi posséderait de plus noblestrésor Je suis comme une harpe et qui frémit encor Rien qu a se souvenir de ces heures magiques.

O titillation des nerfs par un archet ! Je perçois la saveur des nuits exaspérées Où l'on boirait à même une brise sucrée Parmi tous les parfums nocturnes de Juillet

Mon âme est un oiseau des îles qui s'évade Et retourne aux mirages d'or du clair soleil. Je tends les bras... j'embrasserais.,, je suis pareil A ces illuminés qui prêchaient des croisades.

Tambour, sonne la charge, et toi, cymbale, aussi Sonnez, fifres, hurlez, ô trompettes brutales, Qu'éclatent les accords des cuivres en rafales 1 Les dieux m'ont arraché d'un monde rétréci.

J'aspire avec orgueil la lumière et la vie, Ma poitrine halète aux quatre vents du ciel Et dans le grand sursaut d'une joie infinie Je suis redevenu le Pan universel !

L'Amour

Corps de femme, soumis aux lois mystérieuses Qui règlent le hasard, les astres et la mer, Tandis que l'infini sommeille en tes yeux clairs Ta chair palpite avec la terre harmonieuse.

La lune en ses pouvoirs magiques et confus T'impose comme aux flots une occulte attirance, Un même rhvtme émeut avec la mer immense De ton sang maternel le flux et le reflux.

Je t'aime, ô faible sœur, pour ta beauté fragile, Pour ta grâce éphémère et ton cœur inégal, Pour tout ce que contient d'obscur et d'animal Ton être inconscient, orgueilleux, et servile.

Ton corps par tant de points sensible à la douleur Souffre la passion constante des Madones, Triste et sombre plaisir que celui que tu donnes, Toi qui risques la mort pour un peu de bonheur !

Ton ventre doux et blond que guette la souffrance

Me touche et m'attendrit par ses humilités,

Je sais que c'est par lui que je fus enfanté,

Moi qui fus — étant homme — ingrat dès mon enfance,

Mais ces pleurs et ces maux, par toi-même ignorés, T'ont mise à ton insu proche du cœur du monde, Et je te sens pleurer pour des causes profondes Lorsque tu ne sais pas ce qui te fait pleurer.

Mon amour est timide et doux comme un oiseau Qu'un enfant surprendrait au milieu des roseaux

Et qui, tout frissonnant d'angoisse et d'épouvante. S'en irait se blottir dans votre main charmante.

Pourquoi laisser tomber d'un geste négligent Ce cœur d'oiseau léger devenu suppliant,

-gG l'amour

Pourquoi le rejeter au hasard de la route,

Dans l'ombre, dans le bruit, dans le froid qu'il redoute,

Et ne pas être bonne à l'amour malheureux Qui cherche son destin dans le ciel de vos veux,

Vous qui ne savez rien des heures douloureuses, <) vous qui ne pensez qu'à rire, ô trop heureuse !

Notre amour est un secret Mystérieux et fragile, Que notre àme juvénile Ne cache, hélas, qu*à regret,

Mais qu'un regard indisetf t, Une parole inhabile, Un geste, un mot inutile Pour toujours compromettrait.

Refrène ta violence,

O mon cœur tumultueux,

Ne savoure qu'en silence

Tes souvenirs orgueilleux, Sois impénétrable et tendre, L'heure viendra, sache attendre!

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