‹ Le Mirage perpétuelChapitre 24 sur 28 · B1BL · texte numérisé non relu

B1BL

iOO L'AMOUR

Je devine en ce bleu et ce noir confondus

La douceur que prendraient vos regards éperdus,

Et dans le cerne brun de vos larges prunelles

Je sens tout un passé tendre et voluptueux Qu'un souvenir ému ferait revivre en elles Et qu'avec un baiser je revivrais en eux !

L'AMOUR IOI

Le trouble de vos yeux assombris et le charme D'un sourire éclairant un peu votre pâleur, Votre bouche pareille aux lèvres d'une fleur Où les mots quelquefois tremblent comme des larmes,

Votre main longue et fine aux doigts chargés de baj Votre corps se ployant aux cadences du pas, La courbe de vos reins souples, vos yeux si las M'ont transpercé le cœur plus qu'un éclair de dague.

Rien que pour avoir vu dans le soir transparent

Votre apparition vaporeuse et l'enfant

Dont les yeux étonnés m'observaient sans comprendre,

Mon cœur est demeuré méditatif et tendre Comme si mon bonheur au détour du chemin S'enfuvait avec vous sur l'aile du Destin !

Prunelles surnageant en un lac spacieux

Où des brindilles d'or simulent les étoiles,

Comme ils sont beaux les yeux qui brillent sous des voiles,

Et comme ils sont charmants tes cils capricieux !

Grappes de raisins blancs piqués de raisins bleus, Comme ils sont beaux tes seins tout gonflés de luxure, Et comme elle est splendide aussi ta chevelure Où je vais me blottir comme un oiseau frileux !

io4 l'amour

Tes lèvres sont un fruit humide de rosée, Ta langue est un esprit subtil, et ma pensée S'attarde au souvenir fauve de la toison,

D'où, certains soirs, ainsi que d'une cassolette Parmi les longs désirs et les ardeurs secrètes Monte le cher parfum de notre pâmoison.

O mon enfant, pardonne à ce cœur trop puni Le trouble qu'il jeta dans tes sens juvéniles, Pouvais-je deviner en ton âme fragile Si grande passion de rêve et d'infini ?

Tu souffres, me dis- tu, de ce fatal mystère Qui nous fait nous cacher comme des criminels, Je ne souffre pas moins de ces détours cruels, Le mal que je t'ai fait était involontaire.

io6 l'amour

Pleurons ensemble. Il faut que nous mêlions nos pleurs Pour nous sentir unis à jamais lun à l'autre, Tes remords sont les miens, tes fautes sont les nôtres, Et nous les expions dans la même douleur.

Mais prends courage! Appuie à mon cœur ton oreille, Fais-moi de tes deux bras un collier de douceur, Et dors sur ma poitrine, ô ma petite sœur, Paisible et douce, ainsi qu'une enfant qui sommeille.

Statuette d'or blond, petit corps électrique, Merveilleux instrument de peine et de plaisir, Corde sonore sous l'archet de mon désir, Je t'aime d'un amour étrange et frénétique.

Comme si j'avais bu des philtres redoutés Quand j'aspire en tremblant ta chevelure blonde La douceur de ta peau dissout en moi des mondes Et nous sommes déjà l'un par l'autre hantés.

Le calice neigeux et frais de ton sourire

Incline avec amour ses pétales rosés

Vers mes lèvres toujours brillantes de baisers,

Ton cœur contre mon cœur vibre comme une lyre,

Et tel est entre nous l'étroit enchantement Que nous sentons parfois dans nos longues veillées Les fibres de notre être à ce point embrouillées Que de nous séparer est un déchirement.

Quand le désir affleure aux pupilles d'un homme Et que dans tes yeux clairs il plonge son regard, Je ressemble au soldat qu'on insulte, et, hagard, Je le tuerais comme une bête qu'on assomme.

Trop de ton être flotte épars autour de moi,

Mon cœur souffre de tant d'inconnus qui t'admirent,

Et peuvent te frôler en passant, et respirent

Le parfum de ton corps en passant près de toi !

Pour te mieux posséder je te voudrais moins belle, D'autres ont trop de part à ta jeune splendeur, Et je hais le regard tendre ou inquisiteur De tous ces jeunes gens que ta vue ensorcelé.

Je t'aime d'un amour exclusif et jaloux, Et voudrais pour moi seul ta beauté tout entière, Ah ! ne revêts que fil et que laine grossière, Renonce au vain orgueil du fard et des bijoux ;

Songe, songe à nos soirs d'amoureuse veillée, Donne-toi sans réserve à mes baisers d'amant, Et gardant pour moi seul les fleurs et les rubans Pare comme un autel la chambre émerveillée !

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