CHANSON TRISTE
Quand j'ai voulu donner mon cœur Enfin pour ne plus le reprendre, Qui donc eût voulu me comprendre?
Et l'on est passé sans entendre La plainte triste de mon cœur.
Je disais des paroles douces Et dans l'enchantement du soir Je tendais les bras sans savoir Comme vain était mon espoir Et vaines mes paroles douces.
Elle est venue un jour d'été Comme une vision légère, Elle est passée en étrangère Et j'en suis encore hanté.
Qu'aurait- on voulu qu'elle fasse?
Quel reproche ne serait fou?
Parlons de chiffons et bijoux, Un poète, c'est un joujou, On s'en amuse et puis le casse !
Me voici le front dans les mains.
Triste de tristesse infinie, Et je sens comme une agonie Qui pleure en mon âme meurtrie, Mon front pèse dans mes deux mains.
O trop jolie, ô trop heureuse, O petite aux yeux de clarté, Puissent ne pas vous attrister Toutes ces strophes douloureuses !
Mon cœur trop étroit pour la haine Etait large pour deux amours, J'avais un ami de toujours, l'aimais une dame lointaine.
Contre notre misère humaine Je me croyais double secours :
L'une avait des yeux de velours L'autre des serments par vingtaine.
Sans même qu'ils se soient connus, Et presque la même semaine, Ils m'ont trahi et méconnu ;
J'en ai quelque tristesse vaine :
Je me fusse tué pour eux,
Ils m'ont bien trompé tous les deux.