‹ Le Mirage perpétuelChapitre 7 sur 28 · GRENADE · texte numérisé non relu

GRENADE

Ses pieds nus et légers courant sur les cailloux, De lourds cheveux crépus rejetés en arrière, Et ses haillons trop courts pailletés de lumière, Une eitane enfant bondit autour de nous.

Elle a ce tour de reins, ces hanches sarrasines, Ces longs yeux prometteurs de plaisirs défendus, Ce sourire équivoque et ce charme ambigu Que les mères là-bas donnent à leurs gamines.

Elle descend d'un trou creusé dans l'Albaycin Par des pères venus de régions lointaines, Et montrant d'un coup d'oeil sa tanière hautaine Nous découvre en dansant la pointe de ses seins.

O lins jarrets nerveux, petit corps énergique, Comme tu connais bien le désir brandissant

Qui nous trouble le cœur et la chair et le sane, Quand tu brandis la fleur de ton sexe magique ;

Ta race de nomade a sa part de beauté ! Libre et souple, sans crainte, ô gitane farouche, Ton baiser comme un grain de piment dans la bouche Me darde le remords de mes timidités.

LES PAYSA 2*>

LE GENERALIFE

Lauriers roses et blancs, grenades et oranges, Composé précieux des plus rares senteurs, Encens, myrrhe, cinname et tamarins en fleurs Que de parfums mêlés en ce parterre étrange !

Sous les cèdres géants et les pins parasols Parmi ce labyrinthe au gracieux dédale Le calife passait en robe orientale Et cueillait une rose au chant du rossignol.

O fraîcheur des jardins sous le ciel andalou, Bosquets empanaches de palmes retombantes Où l'on se perd à suivre en leur courbe odorante Les eaux vives courant sur un lit de cailloux !

Voici le mirador et la porte moresque, Le jet d'eau chante encor les amours de jadis Et sur les beaux coussins qui couvrent le parvis S'étend languissamment mon rêve romanesque.

Splendeur du renouveau que Grenade au réveil, Montagne de fruits d'or et mules pomponnées, Femmes, enfants, vieillards, baladins en tournée, Tumulte éblouissant d'azur et de soleil !

Le soir, la ville est jeune, amoureuse et cambrée De bleuâtres lueurs nuancent l'horizon Et le vent rafraîchi par la neige des monts Se joue en les cheveux des femmes enivrées.

Volupté d'Orient et orgueil espagnol, 0 Cité tant de fois détruite et profanée Sous tes beaux orangers et tes pins parasols Que d'exaltations âpres tu m'as données !

Je vivais en tes murs comme si j'étais roi,

Et voici qu'au moment où ma barque s'incline,

Ainsi que Boabdil debout sur la colline

J'ai les yeux pleins de pleurs en me tournant vers toi.

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