‹ Le Mireour du mondeChapitre 1 sur 16 · SU V · texte numérisé non relu

SU V

itres de MIREOR, MI- YMAIGE DU MONDE

dès le treizième siècle ,

poëmes où l'on trouve

lire des mœurs du temps.

connus sont :

L'IMAGE DU MONDE de Gaultier de Metz, M**,

fonds de l'Eglise de Paris, n" 18. Il porte sa date à

la fin de l'ouvrage :

Ci fenist limage du inonde* En Tan de rincaraation, Ot on a l'apparition, Mil deux cens XLY ans.

En primiers troveirs ci romans ; Et en écrits cis livres droîs Quant li milliaires courrait L'an mil GC soixante et cinc.

On possède encore Tlrnage du monde, de Messire Gossuin^ M" n"* 7070. Il en existe d'autres du même genre, à côté de TETAT DU MONDE de Rutebeuf (mort en 1310), ouvrage remanié plus tard, et du MIROIR DES HISTOIRES DU MONDE, de Jehan de Yignai , de Tordre des Hospitaliers de Saint-Jean du Haultpas (1515-1540). Mais, à notre connaissance, et après des recherches que nous croyons au moins consciencieuses, nous n'avons pas trouvé de trace de T ouvrage que nous nous faisons un devoir et un plaisir de livrer aux méditations de tout homme qui aime ce qui est bon et vrai ' .

Le Mireour du monde que nous reproduisons fut

^ M. Paulin Paris, bibliolhécaire de la bibliothèque royale de Paris , a cru qu'il s'agissait ici d'une copie de la traduction laite par Gossuin (cité plus haut) d'un poëme encyclopédique

découvert à La-Sarra, en 185S. Nous le trouvâmes en feuilles éparses sur les dalles poudreuses du caveau des archives de la commune, dans un état de délabrement qui nécessîui un temps assez long pour qu*0D pût retrouver la pagination à laquelle.

du Xir" $ikle, dont il y aarail un exemplaire dans la blbliotbètjae de Paris.

Blalgré toatle respect que dous inspire une pareille autorité, Dons nous permettrons de faire observer que l'ouvrage dont DOQs donaoDs la copie, ne peut être la traduction d'un poénw mcyclopédiqw , par la raison qu'il offre tous les caractères d'une œuvre un«, provenant du jet d'une seule pensée circon* scrite daos des bornes qui n'admettent pas l'idée du plan d'un ouvrage encyclopédique; que la couleur du style, le travail qui s'observe dans l'orthographe , annoncent une œuvre toul autre qu'une traduction ; que des rragmenls assez nombreux de poésie s'enchalnant dans le corps même de la prose de toul l'ouvrage , offrent tous les caractères d'une œuvre qui a le mérite iDConlestabie de l'invention, et non les dangers d'une traduction qui n'eût pu rendre une poésie latine du XII" siècle d'une manière si originale. Puis enfin , le tableau de l'élal où se trouvait la chevalerie , au temps de notre auteur, ne nous permet pas de le prendre pour celui de l'état de cette noble institution au XII'°' siècle.

Au reste , pour bien d'autres points de vue d'observation qne présente ce précieux ouvrage, nous renvoyons le lecteur à l'excellente critique renfermée dans le N" de novembre 18f)4 de la Revue Suiise , et que nous devons fi la plume habile de H. le professeur Olivier.

bien heureusement, il ne manqua rien. H fallut faire disparaître avec précaution la couche épaisse de poussière qui recouvrait ces pages précieuses, comme d'un mastic; et deux mois furent employés à cette besogne préparatoire, pour qu'il fût possible de se faire une idée claire de tout le contenu de l'ouvrage.

Le manuscrit présente un volume gr. S"", de 112 pages, 48 à 49 lignes par page, 10 à 14 mots par ligne ; écriture très-serrée des XTV^ et XV"* siècles, d'une grande régularité; majuscules fort simples rouge ou bleu; sans date ni nom d'auteur.

L'entreprise d'une copie exacte nous effraya d'abord un peu; mais, comme à mesure que nous analysions les beautés de ce livre, nous y trouvions toujours de nouveaux charmes, de nouvelles richesses, nous nous hasardâmes à tenter un travail qui, à côté des jouissances intimes qu'il nous a procurées, nous laisse pour récompense de nos peines l'espérance que la révélation de ce trésor lilléraire sera bien accueillie.

La Suisse romande ne possède aucun monument de ce genre offrant au théologien, au philosophe, au littérateur, à tout homme pensant un attrait que nous croyons devoir demeurer toujours nouveau.

Peut-éùre le style, l'orthographe offriront-ils à quelques-uns, au premier abord, quelques petites difficultés ; mais nous pensons que les lecteurs les moins habitués à ce genre d'écrits, trouveront promptement la clef d'un langage dont la couleur originale, Taimable simplicité ne pourront que leur plaire.

Nous ayons placé en notes Texplication des mots qui nous paraissaient en avoir besoin ; de plus, nous nous sommes permis d'établir l'accentuation et la ponctuation que les amateurs sévères de la COU- LEUR LOCALE ne nous blâmeront pas d'avoir tentées, en considération de la facilité qu'elles (^rent au plus grand nombre des lecteurs. La PONCTUATION, surtout, n'était pas la chose la moins importante ni la moins ardue.

Un travail de linguistique plus étendu nous eût eutrainé trop loin. Nous aimons mieux le laisser faire à l'amateur qui n'observera pas sans intérêt le combat que se livrent encore, sous la plume de l'auteur, les deux langues rivales, dont l'une, celle d'OIL, finit par absorber sa vive et poétique sœur du midi , celle d'OC. Il verra comment l'écrivain semble hésiter, dans la même page, sur la manière dont il écrira tel mot dont l'orthographe la plus

convenable ne s'est pas révélée et n'a pu encore se révéler à son esprit, parce qu'il écrit à une époque où il y a enfantement laborieux de la langue française.

Le théologien appréciera sans doute, à côté de la portée de la pensée, le mérite de l'expression, bien rare pour l'époque où le discours didactique se hérissait des subtilités de la dialectique la plus lourde et la plus obscure. Nous avons ici, dans l'analyse des SEPT PÉCHIÉS MORTELS, par exemple, des ARBRES dont le tronc projette des RACINES; des RAMEAUX se subdivisant eux-mêmes en plusieurs GETONS ou RAINSELS, mais sans embarras, sans répétitions oiseuses, et de manière à former une doctrine claire, et dont l'exposé laisse à l'esprit un aliment d'une facile assimilation.

Ajoutons à ce mérite d'une parfaite clarté celui d'une grande variété d'images, de paraboles , d'apologues pleins de fraîcheur et d'actualité , où le poète, l'artiste peuvent trouver à butiner dans ce jardin éclairé d'une teinte de mysticité douce et tendre, et nous n'aurons qu'ébauché l'esquisse des mérites littéraires de cet ouvrage.

Pour le fond même des doctrines, chacun pourra se demander si l'auteur ne lui semble pas, comme

à Doos, avoir été F un de ces hommes qui, dans le sileoce du cloître, éprouvaient celte gêne, ces aspirations comprimées pourtant, qui leur faisaient désirer, saluer de loin Fépoque d'un retour à la lumière de la vérité, par la libre prédication de la Parole de Dieu.

Nous devons le répéter : ce livre n'est point un livre pour les théologiens seulement ; c'est le livre de tout le monde, parce que le MIROIR qu'il présente reflète tous les traits moraux de l'homme, et que chacun est bien sûr de s'y reconnaître quelque part, n n'est pas fait pour demeurer immobile sur on rayon de bibliothèque, mais il doit se rencontrer souvent sous la main avec l'Imitation, Pascal, Larochefoucault, La Bruyère, La Fontaine, et tout ce qui, après la Bible, est comme le pain quotidien du cœur et de l'esprit.

Noblesse et parfaite simplicité dans la diction ; exquise connaissance du cœur humain et naïveté de l'enfant, tout fait aimer ici le philosophe chrétien. Mais tout fait bientôt sentir que celui qui s'est réfugié dans une pauvre cellule, pour oublier le MONDE, où il a probablement reçu quelque blessure au cœur, a besoin de parler encore de ce MONDE qu'il fuit à tout le monde, en nous présentant un

miroir Adèle où il fait bon se regarder attentivement et souvent. Ecoutons-le lui-même; il va nous dire ce qu'il a voulu faire pour ses semblables.

«Pour che, te veuil ichest mireour monstrer, que tu ti puisse souvent mirer, et les taches de la fâche de ton cuer soutilment raviser ; et saches tes défautes amender et tes péchiés ramembrer, en remirant ta conscience; et toi plainement confesser, et ta vie et ton cuer ordener; et que tu soies si mirés en tous costés, que tu voies tous tes fais aussi plainement que tu verroies ta fâche en un mireour. Et pour che doit-on apeler cest livre le Mireour du

Monde, pour che que on i mire ses péchiés».

Cet homme, se détachant sur le fond orageux de son siècle, comme une image qui repose Tœil et le cœur, a-t-il été compris par ce monde qu'il connaissait si bien? a-t-il été écouté du CLERGÉ auquel il donne aussi de salutaires avertissements? Quel est son nom enfin, pour que nous le prononcions avec amour, avec reconnaissance? Il ne nous Ta pas dit, non plus que la date de son ouvrage. Tout ce que nous croyons pouvoir établir à ce dernier égard, c'est que le Mireour du Monde a dû être écrit dans la seconde moitié du XI V"*** siècle.

Le style, Torthographe, récriture nous donnent déjà cet indice.

Ce que Tauteur dit de la CHEVALERIE en général , et du discrédit dans lequel cet ordre commençait à tomber alors, peut encore servir à- fixer notre opinion.

Depuis la rivalité de Philippe de Valois et d'Edouard III, la chevalerie avait commencé à ne plus offrir Taspect de la dignité, du désintéressement, de la courtoisie qui la distinguaient dans les siècles précédents. Le roi Jean, après son sacre à Rheims, créa à St. Ouen l'ordre de TETOILE, qui succéda à celui de la 6ENETTE fondé par Charles- Martel, et qui était à peu près en désuétude. Le grand nombre de chevaliers (500 à la fois) qui reçurent TETOILE de la main de Jean, firent que cet ordre lui-même tomba bientôt en défaveur, soit parce que les conditions de réception n'étaient plus aussi sévères, soit à cause de la légèreté, de l'immoralité même qu'on eut à reprocher aux nouveaux chevaliers. Il semblerait donc que notre auteur nous place à l'époque de transition de l'état honorable de la primitive chevalerie, à celui dont il déplore la décadence, et qui peut dater de l'an 1352 ou 1353. Mais nous sommes privés de toute

allusion précise à la personne, au nom du ROY QUI EST A PARIS, et à la cour duquel Fauteur nous introduit, non pour nous dire ceux qui y figurent, mais ce qui s'y passe dans certains éléments du monde moral.

Aucun bruit des tempêtes politiques de F époque ne vient troubler le calme de ces aimables et pieux enseignements, et ne peut servir, par conséquent, à nous arrêter à l'un ou l'autre des règnes de cette partie du siècle. Le seul événement politique auquel il nous parait que l'auteur ait pu faire allusion, serait l'affranchissement des serfs de la couronne, en 1515, dans la similitude où l'on voit figurer un pauvre GARCHON, serf, affranchi par le Roy, puis une pauvre lîlle que le FILS DU ROY délivre delà main des voleurs, affranchit et épouse.

Quelques allusions aux circonstances de l'Eglise nous offrent encore quelque lumière, mais pas assez distincte pour nous faciliter une appréciation aussi positive que nous la désirerions. L'auteur ne ménage pas, il faut en convenir, les BULGARES venus des VAUDOIS (1180), lesBÉGUARS, BÉGUINS, embranchement des SPIRITUELS (1214), et paraissant en 1 505, pour traverser le XIV"® et mie partie duXV""* siècle, en prenant aussi le nom de L'HOL-

LARDS. Ce que l'auteur nous en dit indiquerait Tépoque de la grande ferveur de ces sectes. De plus, dans Tarlicle de la FOLE FERVEUR, il semble en vouloir aux FLAGELLANS et autres enthousiastes, dont on sait les diverses apparitions correspondantes à r époque que nous cherchons à déterminer.

Le dogme du PURGATOIRE, sanctionné seulement au Concile de Florence (1459), avait déjà été proposé par Grégoire 1*', fin du VP® siècle; en sorte que Fauteur qui en parle a pu le faire aussi nettement qu'il le fait, à une époque bien antérieure à Tan 1459.

Mais la désignation d'APOSTOLE , APOSTOLE DE ROME donnée par l'auteur au Pape , ne nous permettrait^Ue pas, du moins, de placer T apparition du Mireour du monde avant le grand schisme d'Occident (1578)?

Si ce livre eût été écrit pendant cette période mémorable, la désignation n' eût-elle pas été différente , et n'eût-elle pas indiqué le PARTI auquel devait certainement appartenir l'auteur, comme Français? Cette circonstance est digne d'attention.

Pour placer l'auteur hors de cette époque, en le rapprochant de nous , il faudrait descendre au

moins à Tan 1 440 (Pragmatique sanction), ou 1 447 ^ (Pontificat de Nicolas V). Or le style, la couleur de Touvrage ne nous donneraient pas ce droit. .

D'un autre côté, Tallusion faite aux BÉGUINS ou BÉGUARS, nous enlèverait la prétention de remonter plus haut que Fan 1305, où nous les voyons paraître. Entre ces deux termes, où nous arrêter d'une manière un peu décisive?

Une critique plus habile que la nôtre en décidera peut-être un jour.

Une question qu'il serait important de pouvoir éclabcir aussi, c'est celle de savoir pourquoi et comment le MIREOUR DU MONDE s'est trouvé dans les Archives de la commune de La-Sarra?

Ici encore, nous ne marchons qu'au travers d'hypothèses qui nous ont plusieurs fois un peu chagriné, avouons-le franchement, parce que nous aurions voulu que la PATRIE DE VAUD eût eu des droits exclusifs à revendiquer ce livre remarquable ; et pourtant il n'offre aucune allusion au pays de DOS pères. Mais hasardons encore une supposition qui puisse amener à la vérité.

EBALD, sire de La-Sarra, avait fondé, sous la règle de Norbert, l'abbaye des Prémontrés de la MAISON-DIEU, ou du lac de Joux (1126).

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En 1560, FRANÇOIS, sire de La-Sarra, érige à La Sarra une chapelle sous le vocable de St. Antoine, et dont Aymon de Gossonay, Evéque de Lausanne, et Louis de Senarcleos, abbé du Lac de Joux, firent la consécration. Le sire FVançois, peu satisfait du rdàchement que les religieux du Lac de Joux mettaient à s'acquitter des messes qu'ils devaient célébrer sur la tombe de la famille des sires de La-Sarra, qui se faisaient inhumer dans ce monastère, voulut que la chapelle de St. Antoine devint le lieu de la sépulture de ses descendants. Il y fut lui-même inhumé en 1565. Dès lors, deux chapelains établis ad hoc, furent chargés de célébrer dans cette chapelle l'office négligé au monastère du Lac de Joux.

D'où furent appelés à La-Sarra ces deux religieux? Probablement pas du monastère de Joux qui avait encouru le déshonneur de se voir privé de cet office, mais bien du berceau même de l'ordre des Prémonbrés, de Laon en Champagne. Ce qui nous affermirait dans cette pensée, c'est que l'on retrouve à chaque instant dans le MIREOUR le CHE du dialecte de la Picardie, rappelé par La Fontaine. '^

<« Biau chires leus n'écoutez mie Mère tenchent chen fieu qui crie >» .

XYIll

Bien plus, nous ajouterons que Thôtel de la Maison-de-Ville de La-Sarra, où se trouvait le cabinet des archives en 1855, passe pour avoir été une maison religieuse habitée par des hommes, tandis qu'un couvent de femmes occupait un autre emplacement du bourg. Cest dans le même lieu que nous avions découvert, avant le Mireour, un rituel de la même époque, dont nous avons fait dans le temps hommage à la bibliothèque cantonale.

Ne nous estril pas permis maintenant, sinon d'affirmer, du moins de considérer comme assez probable que Tun de ces religieux fût Tauteur de Fouvrage qui nous occupe, ou tout au moins, qu'il nous rapporta de France où il aurait été composé?

Nous abandonnons nos conjectures à la sagacité de plus savants que nous ; heureux si elles peuvent servir à provoquer quelque donnée meilleure, propre à jeter plus de jour sur une question littéraire qui ne peut paraître sans importance.

Un miroir fidèle du cœur humain n'estril pas de rhistoire, et de Thistoire de tous les temps et de tous les lieux? La Société d'histoire de la Suisse romande a donc rendu au pays un vrai service, en adoptant un ouvrage qui , sMl n'a pas été écrit par un homme de la pairie de Vaud , ne s'en ral-

tache pas moins à noire histoire par les tableaux fidèles qu'il renferme des mœurs du temps.

Lausanne, septembre lSi5.

Fx.C.

Quer chil qui met son espéranche principalmeni en eréature, pèche mortelment et fait contre cest Commandement. Tels sont cheus qui aourent les ydoles » et font leur diex de créatures queles que eles soyent.

Contre chest Commandement pèchent cheus qui trop aiment leur trésor, or ou autres choses terriènes ; et qui, en ches choses trespassans, mettent tant leur cuer et leur espéranche, que il en oublient leur créateur et laissent, qui tous ches biens leur a prestes. Et pour che, le deussent servir et merchier, et, seur toute chose, amer et honourer — . Voylà comme chest premier Commandement nous ordonne. — .

Ce seront Commanbement \

|E secont Commandement est tel : TU NE PREN- DRAS MIE LE NON DE TON DIEU EN VABV.

Et cest à dire : Tu ne jureras mie pour nient , et sans

bonne cause.

* Cesl le second Concile de Nicée, en 787, qui porta «Ueinte à la Parole divine , en entraînant la suppression du second Commandement, remplacé ici par le troisième et par le dédoublement du dixième (Exode XX, V. 4, 5, 6. — Deutéron. V, v. 8, 9, 10).

Cbesi meismes deffent noslre Sire en levan^ , que OQ ne jure ne par chiel , ne par terre, ne par antre oéatore. Mais en bonne cause puel-on jurer sans péchié : comme en jugement, où on demande serment àe vérité: ou, hors de jugement, et en autres bonnes causes ei bonnestes et pourfitables. En autre manière ne doit-on miejor^.

Et pour che qui jure, sans raison, le nom nostre Segnour, et pour nient; se il jure faus, à son ensient \ fl se peijure, et si, tait contre chest commandement, quer Q jure contre sa constience. Et est à criendre, quant on se peijure apenséement et à délibération.

Mais cpii jure, voir à son ensient, et toutevoies, pour nient ou pour aucune malvaise raison , nenne malicieusement , mais légièrement et sans blaphème , il pèche vénielment. Mais la coustumanche est périlleuse, et pourrait bien tourner à péchié mortd cui ne sen garde. Dont , cheli qui jure horriblement de nostre S^;nour ou des Sains , et les despite * ou en dit blaphème que ne tarde mie à recorder, pèche mortelment ; ne il ne puet mie dire raison qui Ten puist escuser. Et cheus qui plus la coustument, plus pèchent.

* Escient.

* Mépriser (dcspicio).

Ce tttrs Cotnnutnàttntnt

.c lifîs CommaiideiDeiit esl tds : GARDE QUE TU S.U>TEFIE LE JOIH DU SAMEDI . Chest à dire :

In ne feras nule de tes besoignes ne de tes ouvraiges que ta seuls * faire as autres jours. Mais tu te reposeras et garderas , pour miex mteodre à prier et à servir ton Créatour qui se reposa au septisme jour des euvres que il avait faictes es six jours devant , es quies il labeura et ordena le monde. Chest commandement accomplist e&pârituelment ehil qui garde à son povoir la pais de la conscience pour Dieu servir plus sainctement. Dont chest mot Samedi, que les Juis appdent Sabbat, vaut autant comme repos.

Chest Commandement ne puet gard^ espérituelment qui est en conscience de péchié mortel ; quer telle conscience ne puet estre à pais , tant come die soict en tel estât. En lieu de Samedi qui estroitement estait gardes en la vies loy , establi Saincte Eglyse le Dyemenche à garder en la nouvel loy ; quer nostre Sire i resuscita de mort à vie. Et pour che , le doit on garder saintement.

' l''* personne du présent de Tindicatif, de souloir.

et estre en repos des oeuvres de seur-semaine, et plus des ceuTres de péchié, et entendre plus as œuvres espérituel et au service nostre Seignour, et penser à son Créateur, et li prÎCT et merchier de ses biens. — Et chil qui brisent le diemenche et les autres festes sollempniex qui sont establies en Saincte Eglyse , pèchent mortelment. Quer il font contre le Commandement de Dieu devant dit, et de Saincte Eglyse. He ! ce n'est par aucune nécessité que Saincte Eglyse otroie ; mais plus pèchent cheus qui employent le Diemenche et les festes en péchié, en lédieries et en autres outrages contre Dieu.

Ches trois Conunandemens nos ordennent à Dieu espéciaument.

Ce ipiart (llommanbement

^E quart Commandement est tel : HONNEURE TON PÈRE ET TA MÈRE , QUER TU EN VIVRAS PLUS LONGUEMENT SEUR TERRE « . Chest commandement nos amoneste que nos nos gardons de courrouchier père et mère à enstient ; quer chil qui deshoneure père et mère à tort ou les maudit ou leur nuist par malice, pèche mortelment, et brise chest commandement.

En chest meisme Commandem^it est entendu lonneur que nos devons porter à nos pères esperituels : chest à cheus qui ont la cure de nos enseigner et de nos cors garder. Et chil qui ne veut obéir à cheus qui ont la cure de li , quant il ensegnent le bien que on est tenu afaire, pèche griefment ; et che puet estre inobédience qui est péchié mortel.

dcJ

Ce qnint (llommanàement.

|E quint Commandement est tel : « TU NOCHIRAS MIE » — . Chest Commandement deffent que H uns nochie mie lautre par venjanche , ne pour le sien avoir, ne pour autre mauvaise raison , quer cest péchié mortel. Mais ochirre les malfaiteurs pour justise faire et garder, et pour autre bonne cause, loist* bien selonc la loy à cheli qui faire le doit et tenu y est. En chest commandement est deffendu péchié de haine et de rancune, et de grande ire ; quer ainsi dist lescripture : « qui het son frère , il est homicide , quant est de sa volenté ; et

* Loist: de loire, ou loisir, èlre permis, convenir.

pèche mortelment ehil qui porte ire vers autri longuement. Quer , tele ire , longuement tenue et envieillie en cuer, est rancune qui est péchié mortel, et est contre chest Commandement. Et encore pèche plus chil qui fait ou pourcache honte ou dammage à autri à tort, ou est à conseil ou en aide de murdre, pour li venjier. Mais ire ou indignation qui passe lègièrement, sans parfaite volenté et sans consentement de nuire à autri, n'est mie pèchié mortel.

€t sixÏBmt €ontntaiibentent*

E sixisme Commandement est tel : « TU NE FERAS MIE AVOUTRIE : chest à dire, que tu ne dois mie avoir compaignie camelment autri famé. En chest commandement nous est dévéé * péchié de char que on appelle gènéraument luxure , qui est lun des sept péchiés moriieux. Ja soit che chose qu'il y ayt aucunes branches qui ne soient mie péchiés mortiex, si comme sont maint mouvements de char, que on ne puet mie du tout eschi-

* dwV: de veto.

ver; et cheux» on doit restraindre et réfréner tant conune on puet, nenne eux nourrir ne poureachier par outrage de bouire et de maaj^er, ne par mauvaises pensées trop longuement tenues, ne par mauvais attouchemens; quer en teles choses peut avoir péril. En chest Gomandement est dévéé tout péehié contre nature, en quelconque manière qu*il soit fait , ou en sa propre personne, ou en autre.

Ce Bqitisnte €ommanbement

|E septisme commandement est tel : TU NE FERAS MIE LARRECHIN. Chest Commandement nos dévée à prendre et à retenir autri chose par mauvaise raison, quele que ele soit, contre volenté de cheli à qui ele est. En chest commandement est dévéé rapine , usure , et baréter * autri , pour le sien avoir. Et chil qui font contre chest Commandement sont tenu à rendre che quil ont de lantri mauvaisement , se il savent à qui ; et se il ne sèyent à qui , il sont tenu à donner pour Dieu , et à

* Baréter; tromper; tendre des pièges; barrât; embarras.

faire par le Conseil de Sainte E^yse. Quer, qui retient lantri à tort , par mauvaise raison , il pèche mortelment s'il ne le rend là où il doit , s*il le set et le puist faire ; ou, s'il ne le set, par le conseil de Saincte Eglyse.

Ce t)tntidnu €ontntanbenunt

BE huitisme Commandement est tel : TU NE DIRAS NUL FAUS TESMOIGNAGE ENCONTRE TON PROISME — . En chest Commandement nos est dévéé que on ne mente , ne ne parjure , ne en jugement , ne bors jugement , pour nuire ne pour aider à autri , et que on ne mesdie d' autri, en cause de lui empirier sa bonne renomée ou la grâce qu'il a , quer chest péchié mortel. Et contre chest Commandement font chil qui mesdient des preudommes par derrière à bon ensient, par malice, que on appelle pèchiè de dètraction. Et chels aussi qui loent les malvais et les fols de leurs mauvaisetiés et de leurs folies seues, veues et oies; qui est apelé pèchiè de adulation ou de losenge , quant on leur dit en leur présence fausetè ou menchonge, et quant chil de qui on parle n'est présent ; quer tous tels sont fans is.

LWMÎI

Ce neuoidme Commanbement*

|E neuvisme Commandement est tel : TU NE DÉSI- RERAS MIE LA FAME TON VOISIN PROISME, NE NE CONVOITERAS EN TON CUER — Chest à dire : Tu ne convoiteras mie à faire péchié de ton cors. Chest Commandement dévée désirier et consentement d'avoir compagnie camelment à toutes femmes hors de mariage. Et la diférence de chest commandement et du sixisme si est , que le sixisme commandement dévée le fait par dehors, mais chestui dévée le consentement par dedans. Quer le consentement d'avoir compaignie à femme c[ui n'est sienne par le mariage , est péchié mortel » selon la Saincte Evangile qui dit : Qui voit femme et la convoite en son cuer, il a ja péché en ce de cuer. Chest chi à entendre de consentement après pensée ^

' La distinction subtile établie dans cet article, était sans doute nécessaire pour motiver la mutilation du dixième commandement, afin de couvrir le déficit occasionné par le retranchement du second, qui gène le culte des images et des reliques dont Rome a besoin pour entretenir la crédulité du peuple.

Ce UxxBtnt Commanbement.

BE dixisine Commandement est tel : TU NE CONVOI- TERAS CHOSE QUI SOIT A TON PROISME. Chest Commandement dévée volenté d'avoir autri chose par mauvaise raison. En chest Commandement est dévéé envie d'autri bien ou d'autre grâce ; quer tele envie vient de mauvaise convoitise ; et le convoitement chertain et apensé est péehié mortel, et contre chest commandement.

Mais convoitise légière d'avoir autri chose, par bonne raison, n'est mie péehié mortel. Et se il a aucuns mouvemens mauvais, sans volenté et sans consentement de damagier autri , n'est mie péehié; et se il i a péehié, il est vénial , chest-à-dire, digne de perdon.

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