‹ Le Mireour du mondeChapitre 15 sur 16 · AINSI COMMENCE LA PATRENOSTRE · texte numérisé non relu

AINSI COMMENCE LA PATRENOSTRE

Comment on tspont ce0t mot )P^€<0ll.

cphre noBtxt qui es ex Cief ».

egarde comme nostre bon advocat et nostre dous maistre Ihucrist, qui est la Sapience Dieu le Père, et seit toutes les lois et usaiges de sa court, t'enseigne bien

^ Riote; bruit, combat, duel, altercation, discussion, péroraison (rotare?).

à plaidier, et sagement , et briefment , et soutievement * parler. Quer St Bemart si dist que «Toroison qui se commenee par le dous nom du Père , donne espérance d'empêtrer toutes nos proières » .

Gest dous nom Père , qui tout le remanant fait dous, te monstre ce que tu dois faire , et semont à ce que tu dois croirre. Et ces deux, choses si sauvent honfie : quant il croit bien, et adroit, et il fait après ce que il doit.

Quant tu Tapèles Père , tu cognois que il est Sire del hostel , c'est du ciel et de la terre , et chevetin , et commencement , et fontaine dont toute créature et tous les biens viennent; et ainsi recognois-tu sa Puissance.

Après, puisque il est Père, il est governeur, ordeneur et pourvéeur de sa maisine , et nomméement de ses enfans, c'est des homes que il meismes a fais et criés à son sabbat ; et ainsi recognois-tu sa sapience.

Item , puisque il est Père, il aime par droiture et par nature ce qu'il a fait, si comme dist le livre de Sapience. et est dous et débonaire; et si, aime et norrist ses enfans, et leur fait leur preu' miex que il ne sèvent deviser; et les bast et chastie quant il meffont, pour leur preu, comme bon père , et volentiers les reçoit quant il reviènent à H ; et en ce , recognois-tu sa bonté et sa débonaireté.

^ Soutihement; sabUlement. SouHènement; avec instance. * Preu; profit, bien. Preus; vaillant. Prou, prau; (patois) assci.

Or, le monstre donc cest mot que tu dis , Père , sa Puissance, sa sapience, et sa bonté.

Il le ramentoie, d'autre part, toi mesme, ta noblesce, ta biaulé , la richesse.

Plus grant noblesce ne puet estre que d'estre filz à si noble Empereur comme est Dieu.

Plus grant richesse ne puet estre que d*estre hoir de quenques il a.

Plus grant biauté ne puet estre que de ressambler li adroil ; laquèle biauté est si grande, qu*èle passe pensée d'home et d*angies.

Donl , cest mot « Père » te ramentoie cui tu es 6s , pour ce que tu te paines de resambler li , come bon fis doîl resambler à son père. C'est à dire, que tu soies preus, et viguereus, et fort, et puissant à bien faire. Que lu soies sage et avisé , large , courtois , dous et débonnaire, net et sans vilonie, aussi comme il est. Que lu bées péchié et ordures , et toute mauvaisetié conune il fait, si que tu ne forUgnes mie. Cest mot donques te ramenloil, toutes les fois que tu dis ta Patrenostre, que se lu es droit fis , tu li dois resambler par nature , par conunandement, et par droiture ; et que lu U dois amour, honneur, révérence, crénieur, servise et obédience.

Or pense dont, quant tu dis ta Palrenostre, que tu li soies bon fils et loial, se tu veus que il te soit bon père et débonaire.

« Pense cui fils tu es » dist-on, quant il entre en tournoiement chevalier nouvel. Or vois-tu bien comme cest

frères, grans et petis, poures et riches, haus et bas; d*un Père et d*une mère , c*e$t de Dieu et de Sainete Eglyse; et que nul ne doit autre despire, mais amer comme frère ; et que Tun doit aidier à Fautre , corne font les membres d*un meisme cors, et prier Tun pour Tautre, si comme dist St. Jaques. Et si y est nostre preu molt grant. Quer si tu mes ta proière en commun , tu auras part en toute la communauté de Sainete Eglyse ; et, pour une Patrenostre que tu dis, tu en as plus de c^it mil.

Cest mot « Nostre » nous enseigne à haïr trois choses : nomméement, orguel, haine, et avarice.

Orguel met homme hors de compaignie ; quer il veut estre dessus les autres.

Haine le met hors de compaignie ; quer , quant il guerroie Tun, il guerroie tous les autres.

Avarice si met homme hors de compaignie ; quer il ne veut ne h , ne ses choses communer avec les autres ; et pour ce , tel gent n*ont ne part ne hart en la Sainte Patrenostre.

Cest mot «Nostre» si nous monstre que Dieu est nostre , se nous voulon , et le Père et le filz , et le Sainct Esperit. C'est «se nos gardon ses commandemens » ; ainsi le dit-il en TEvangile Saincl Jehan.

Comment est entenîm cest mot:

cfltui (B in Cdi0».

(UANT je di «gut es in ceits» je di deux choses. Aussi |comme quant je di; le Roy est à Paris, Je di que il est Roy, et qu'il est à Paris. Aussi quant je di : a qui est aux ciex » je di que il est, et que il est es ciex.

On trouve escript el secont livre de la Loy, que Dieu s'aparut à Moyses en une montaigne, et li dist «vaten en Egypte, et di au Roy Pharao, de par moi, que il délivre mon pueple , les fils Israhel , du servage ou il les tient » .

Sire, lui dit Moyses, se on me demande comment vos avez nom, que dirai-je? — . Je suy qui suy, dist Dieu. Ainsi diras-tu as fils Israhel « QUI EST m'envoye à

vos » — .

Or dient li Saint et li bon clerc qu*en trestos les haus noms nostre Ségneur, c'est le premier et le plus propre, et qui plus adroit nous enseigne à connoistre que Dieu est. Quer tous les autres noms où il parlent de sa bonté ou de sa sapience , ou que il est tel ou quel , c'est , LE TRÈS BON , LE TRÈS BEL, LE TRÈS SAIGE ET LE

TRÈS PUISSANT, el moU dautres manières de paroles que OD dil de Dieu, ne dient point proprement la vérité de VEstre Diai.

Aussi, quant nous parlon de Dieu , molt trouvons de mos qui nous monstrent quoi que soit de li ; mais n*en y a nul si propre eomme cest mot QUI EST, ne qui si proprement , ne si briehnent , ne si ataignaument , ne si soutilmcnt le nous nomme , en tant eomme nostre entendemoit se puet estendre. Quer Dieu est « celi qui seul est », si eome dist Job. D seul est, à droit parler, quer il seul est perdurablement , sans conunencement et sans fin. Ce ne puet-on dire de unie chose.

Après, il seul est vraiement ; quer il est vrai et vérité. «Toutes choses créés, ce sont toutes créatures, sont vaines et vanité » si comme dist Salemon « et nient au refart de li » . Et à nient vendroient donc èles , se il ne les soustenoit par sa vertu.

item, il est seul establement et fermement; «quer il est tous jours, et en un meisme point sans h troubler, sans li changier, sans li muer en nule manière», si come dist St Jaques. Toutes autres choses sont muables en aucune manière, de leur nature.

Dont, il est apeléQUI EST; quer il est vraiement, sans vanité; establement, sans toute nuance; perdurablement sans fu, sans ierr, sans chief, sans fin. Quer il n*a nul trespassement.

Or dois-tu ci entendre que il n*est rien que on ne doie . ne puîsl miez savoir QUE DIEU EST.

Mais il n'est rien si fort à savoir comme QUOI , ne QUEL CHOSE Dieu est. Pour ce, te lo-je bien que tu ne muses mie trop à l*enquerre ; quer tu porrois tost forvoyer. Soufise-toi que tu li dies « Kau dous Père qui es es ciex » .

Vérité est que il est partout présent en terre, en mer, en enfer, si comme il est es Ciex.

Après , il est es ciex esperituels , c'est es sains cuers qui sont haus, et clers, et nets, si comme est le Gel.

Quer en tex cuers e6t41 veu et cognu, creniu, honnouré etamé.

Or as-tu o! ces quatre mos? Le premier te semont à Dieu honnourer. Le second, à Dieu amer. Le tiers, à Dieu redouter. Le quart, à toi resvigourer. Quer, puisque il est si haut, et tu si bas, se tu n'es preus et viguereus, tu n'avendras ja là où il habite.

Le premier mot nos monstre la longueur de sa Eternité. Le secont, la largesce de sa Charité. Le tiers, la profondesté de sa Vérité. Le quart, la hautesce de sa Majesté.

Qui arait ces quatres choses bien ataintes, sans doute, il seroit beneures.

Comment tm entent ces mot,

< danrtinrrtnr nonuti tnitm».

[H as-tu 01 la prologue de la Patrenostre qui est [aussi comme Ventrée de la vile?

Hé ! Dieu , qui sarait bien toute la ebançon , corne il y treuveroit de douces notelètes ! Quer il n'est joie douce qu*en la chançon que la Sapience Dieu fist.

Cil qui enseigne les oisiaux à cbanter, met molt de notes suaves et douces, ja çoit ce qu'il y ait petit de lettre. En ceste chançon a sept notes qui sont les sept péticions qui empêtrent les sept dons du St Esperit, qui esracent et cstirpcnt les sept vices capitaus du cuer, et y plantent et norrissent les sept vertus par les quèles on vient as sept beneurtés.

De ces sept péticions, les trois premières font honune saint, tant comme on puet estre en cest siècle. Les quatre après le font parfaitement Juste — .

En ccste péticion nous requérons le premier et principal don du Sainct Esperit , c'est le don de SAPIENCE qui fourme et conferme le cuer en Dieu, et le joint à li, si que il ne puet estre dehors ne dessevré.

Sapience est dile de saveur, et d'assavourer. Quer quant Tome reçoit eesti don, il gouste, et assaveure, et sent la doueeur Dieu, aussi eomme on sent la douceur d*un bon vin au goust, et miex que au veu.

En ces cinq manières sanctefie le St Esperit par le don de sapience le cuer del home : premièrement , il le nétie et peurge, aussi conrnie le feu netie et peurge Tort aBné. Après, il Tost de terre, c'est de toute terriène amour, et de toute affection charnel, et fait devenir tout fade quenques on soloit devant amer, aussi comme haue est fade à celi qui est aléché au bon vin. Après, il le dédie du tout au servise Dieu; quer il l'oste de toutes cures , et le met du tout à penser à Dieu , et à li amer et servir ; aussi comme le moustier est dédié au servise Dieu si que on n'y doit autre chose faire, fors le servise Dieu. Après, il le taint en sanc; quer il le met en une si douce dévocion de Ihucrist que, quant il pense à li et à sa passion , il est aussi tainct en sanc et abreuvé du précieux sanc que Ihucrist espandi pour li , comme est une soupe de pain chaut, quant on la boute en vin. C'est un nouvel baptesme ; quer taindre et baptiser est tout un. Après, il le conferme si en Dieu, que rien ne l'en puet dessevrer ni desjoindre.

Or veut dont dire cest mot » ton nom soit saincteGé en nous » c'est à dire : donne nous l'esperit de sapience par quoi nous soion si afiné comme or, et nétiés de toutes ordures : par qui nous soyon si eny vrés de t' amour, que toutes autres douceurs nos soient amères ; par qui nous

soyons si adomiez à toi et à ton service, que jamais d*aiilr€ n'aîoDS cure; par qui nous soyons nenne sans plus lavés, mes tains en graine, et renouvelés, ei baptises d sanc Ihucrist par dévodon de ferveur d*amonr; par qui le nom nostre Père soit si conformé en nous, que il soit nostre Père, et nous, ses fils et et ses bcHTs; et soions si conformés, que nule chose que puis advenir ne puisse desjmndre ceste fermeté ne ceste grâce. Mdt est grant grâce de Dieu , quant la volenté est si enracinée en Dieu, que elle ne se puet croulter par nule temptacion. Plus et grant chose , quant on est si confermé en Tamour et abevré de la douceur de Dieu, que nul confort ne nul soûlas il n*out, se de li non. Mais molt est le cuer parftdiement confermé , quant la mémoire est si aerse * à li, que èle ne puet à rien penser, se à li non. Et ce li requàrons-nous quant nous disons «Smcfijfoeir n om m Cmmi». «Sire, ton nom soit sainctefié en nous».

* Aerm; oo i déjà tu s'oAertCr, s'attacher (hsreo).

Comment on entent

''£st la seconde péticion de la Patrenostre où nous »rion que le règne Dieu viègne à nous, et soit dedens nous.

Nostre Sire dist en l'Evangile à ses Desdples: aie règne Dieu est ja dedens vous >> . Or entent bien comme ce puest estre quant Dieu donne une grâce que on apèle l'esperit dENTENDEMEKT EN CUER— . Aussi comme le solail oste les ténèbres de la nuit, et gaste les nues et les brullas du matin , aussi gaste cest Esperit toutes les ténèbres du cuer, et li monstre ses péchiés et ses deffaus.

Si que, celi qui cuidoit estre tout net, treuve adroit ait de deffautes et de pouties, et de poudre sans nombre, aussi comme la raie du soleil monstre les pouties et la pourreture qui sont aval la maison.

Après, il li remonstre d'autre part, nenne sans plus ce qui est en li , mais ce qui est dessous li en enfer, et ce qui est dessus li en Paradis, et ce qui est environ li : toutes les belles créatures qui toutes li locnt Dieu , et li tesmoignent comme Dieu est bon et puissant, et sage et bel , et débonnaire, et dous.

ES ^TiSBie plus voit der les créalores, et plus est de- ^raat de U meisme Tew; mais il voit ciné il n'est pur, ne digne à li m c is Br ^^eoir. Adoot s'escbauffe le boa i'uer loial, ei se cn w n w K y à soi meisnie. Adont, prait soa pk et st pâe. «t ountnte à fouir et à rainar\ et eairer en son cwr h, t&i&«s; el y treuvetant de péchiés, ei de vices. H et Arifiitt^e^. tant de poudre, et de tribuladoos, et de raresv ai et pensées , et de mauvaise volemé . que il se coamnKe et s aduelist si*. Et prent un numlalent i E iiieit>aie. si qne il commence cel cuer à tieiier i certes, et à gseter toutes ordures qui li toloient :a >eue Dieu en li ; et ce fadt-fl en la pèle de vraie conevMon. Et quant il a longuement rainé, et il a toutes ces >niures gelées hors, adont treuve pais et soûlas» et repos ; aut que il li samble que tout le monde soit im enfer au •rjwrt de eele clarté et de cèle pais que il treuve en son uer. Et ce demandons-nous quant nous dison i^advemàt f'/wam rniim»: c*est à dire «Biau Père! plaise que le >uiit Esperit nos voille enluminer le cuer, et nétier et »iij ider , tant que il soit digne de Dieu veoir ; et que il uaijyie venir el manoir comme roy, et comme Seigneur, ■ .osonieur, et commandeur, si que tout le monde soit . -1 *i il eu soit roy s; et que tous jours le puission

,»v\K<f, sillonner, rayer. Aatre, racler, raser. K i*. tw-f***. s'mft/f/tr; s'attrister; prendre, mener deuil

veoir ; quer ce est vie perdurable , et le règne Dieu dedans nos avoir » .

Et pour ce dist nostreSire en TEvangile, que «le ré^e Dieu est aussi comme un trésor en un champ repus S>, c'est en cuer de preudonune, qui plus est grant que tout le monde.

Comment on entent:

c^at ooluntae tua^ sintt va ctlo tt in Uwa^.

»'£ST la tierce péticion où nous requérons et prions [que sa volenté soit faite en nous , aussi comme èle est es Giex ; c'est, comme es saiittts angies qui sont el ciel , qui sont si enluminez et confermés en Dieu , que il ne puevent autre chose vouloir, fors ce que Dieu veut. Geste prière nous ne pouvons avoir se n'avons le don de CONSEIL , qui est le tiers don du St. Esperit qui nous enseigne la sienne bonne volenté, et qui nous con-

* Repus; caché (rcpositus). Repondre; cacher.

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