MES
îgStfi premier Commandement que Dieu commanda est SItels: TU N'AURAS MIE DIVERS DIEX ; c'est à dire : Tu n'auras Dieu se moi non, ne* aoureras ne serviras ; et ne mettras mie ton espéranctie fors en moy.
' Proismes — Proximus — prochain, ' Aoureras — adoreras.
Quer chil qui met son espéranche prineipalment en créature, pèche mortelment et fait contre cest Commandement. Tels sont cheus qui aourent les ydoles , et font leur diex de créatures queles que eles soyent.
Contre chest Commandement pèchent cheus qui trop aiment leur trésor, or ou autres choses terriènes ; et qui, en ches choses trespassans, mettent tant leur cuer et leur espéranche, que il en oublient leur créateur et laissent, qui tous ches biens leur a prestes. Et pour che, le deussent . servir et merchier, et, seur toute chose, amer et honourer — . Voylà comme chest premier Commandement nous ordonne. — .
Ce seront €ommanbement \
^E secont Commandement est tel : TU NE PREN- DRAS MIE LE NON DE TON DIEU EN VAIN.
Et cest à dire : Tu ne jureras mie pour nient , et sans
bonne cause.
* C'est le second Concile de Nicée, en 787, qui porta atteinte à la Parole divine , en entraînant la suppression du second Commandement, remplacé ici par le troisième et par le dédoublement du dixième (Exode XX, V, 4, 5, 6. — Deutéron. V, v. 8, 9, 10).
Chest meismes deffent nostre Sire en levangile , que on ne jure ne par ehiel , ne par terre , ne par autre créature. Mais en bonne cause puet-on jurer sans péchié : comme en jugement, où on demande serment de vérité : ou , hors de jugement , et en autres bonnes causes et honnestes et pourfitables. En autre manière ne doit-on mie jurer.
Et pour che qui jure, sans raison, le nom nostre Scgnour, et pour nient; se il jure faus, à son ensîent *, il se perjure, et si, fait contre chest commandement, quer il jure contre sa constience. Et est à criendre, quant on se perjure apenséement et à délibération.
Mais qui jure, voir à son ensient, et toutevoies, pour nient ou pour aucune malvaise raison , nenne maUcieusement , mais légièrement et sans blaphème , il pèche vénielment. Mais la coustumanche est périlleuse, et pourrait bien tourner à péchié mortel cui ne sen garde. Dont , cheli qui jure horriblement de nostre Segnour ou des Sains , et les despite ^ ou en dit blaphème que ne tarde mie à recorder, pèche mortelment ; ne il ne puet mie dire raison qui l'en puist escuser. Et cheus qui plus la coustument, plus pèchent.
* Escient.
* Mépriser (despicio).
€t ûtxB €ommanbement.
|E tiers Commandement est tels : GARDE QUE TU SAINTEFIE LE JOUR DU SAMEDI. Chest à dire :
tu ne feras nule de tes besoignes ne de tes ouvraiges que tu seuls * faire as autres jours. Mais tu te reposeras et garderas , pour miex entendre à prier et à servir ton Créatour qui se reposa au septisme jour des euvres que il avait faictes es six jours devant , es quies il labeura et ordena le monde. Chest commandement accomplist espérituelment ehil qui garde à son povoir la pais de la conscience pour Dieu servir plus sainctement. Dont chest mot Samedi, que les Juis appelent Sabbat, vaut autant comme repos.
Chest Commandement ne puet garder espérituelment qui est en conscience de péchié mortel ; quer telle conscience ne puet estre à pais , tant come elle soict en tel estât. En lieu de Samedi qui estroitement estait gardes en la vies loy , estabU Saincte Eglyse le Dyemenche à garder en la nouvel loy ; quer nostre Sire i resuscita de mort à vie. Et pour che , le doit on garder saintement,
^ 9^* personne du présent de Tindicatif, de souloir.
et estre en repos des œuvres de seur-semaine, et plus des œuvres de péchié, et entendre plus as œuvres espérituel et au service nostre Seignour, et penser à son Créateur, et li prier et merehier de ses biens. — Et chil qui brisent le diemenche et les autres festes soUempniex qui sont establies en Saincte Eglyse , pèchent mortelment. Quer il font contre le Commandement de Dieu devant dit, et de Saincte Eglyse. He ! ce n'est par aucune nécessité que Saincte Eglyse otroie ; mais plus pèchent cheus qui employent le Diemenche et les festes en péchié, en lécheries et en autres outrages contre Dieu.
Ches trois Commandemens nos ordennent à Dieu espéciaument.
Ce qtxatt (Hotnmanbement
icJ
jE quart Commandement est tel : HONNEURE TON PÈRE ET TA MÈRE , QUER TU EN VIVRAS PLUS LONGUEMENT SEUR TERRE >> . Chest commandement nos amoneste que nos nos gardons de courrouchier père et mère à enstient ; quer chil qui deshoneure père et mère à tort ou les maudit ou leur nuist par malice, pèche mortelment, et brise chest commandement,
En chest meismc Commandement est entendu lonneur que nos devons porter à nos pères esperituels : chest à cheus qui ont la cure de nos enseigner et de nos cors garder. Et chil qui ne veut obéir à cheus qui ont la cure de li , quant il ensegnent le bien que on est tenu afaire, pèche griefment ; et che puet estre inobédience qui est péchié mortel.
Ce qnint €ommanbemettt
|E quint Commandement est tel : « TU NOCHIRAS MIE » — . Chest Commandement deffent que li uns nochie mie lautre par venjanche , ne pour le sien avoir, ne pour autre mauvaise raison , quer cest péchié mortel. Mais ochirre les malfaitieurs pour justise faire et garder, et pour autre bonne cause , loist * bien selonc la loy à cheli qui faire le doit et tenu y est. En chest commandement est dêffendu péchié de haine et de rancune, et de grande ire ; quer ainsi dist lescripture : « qui het son frère , il est homicide , quant est de sa volenlé ; et
Loist: de loire, ou loisir^ être permis, convenir.
pèche morlelmeat chil qui porte ire vers autri longuement. Quer , tele ire , longuement tenue et envieillie en cuer, est rancune qui est péchié mortel, et est contre chest Commandement. Et encore pèche plus chil qui fait ou pourcache honte ou dammage à autri à tort, ou est à conseil ou en aide de murdre, pour li venjier. Mais ire ou indignation qui passe légièrement, sans parfaite volenté et sans consentement de nuire à autri, n'est mie pèchié mortel.
€t sixismt ^ommanhtmtnt
.E sixisme Commandement est tel : « TU NE FERAS MIE AVOUTRIE : chest à dire, que tu ne dois mie avoir compaignie camelment autri famé. En chest commandement nous est dèvèé* pèchiè de char que on appelle gènèraument luxure , qui est lun des sept péchiés mortieux. Ja soit che chose qu'il y ayt aucunes branches qui ne soient mie pèchiès mortiex, si comme sont maint mouvements de char, que on ne puet mie du tout eschi-
dMé: de veto.
ver; et cheux, on doit restraindre et réfiréner tant comme on puet, nenne eux nourrir ne pourcachier par outrage de bouire et de meugler, ne par mauvaises pensées trop longuement tenues, ne par mauvais attouchemens; quer en teles choses peut avoir péril. En chest Gomandement est dévéé tout péchié contre nature, en quelconque manière qu'il soit fait , ou en sa propre personne, ou en autre.
Ce BepttBîtte Commandement
E septisme commandement est tel : TU NE FERAS S MIE LARREGHIN. Ghest Gommandementnos dévée à prendre et à retenir autri chose par mauvaise raison, quele que ele soit, contre volenté de cheli à qui ele est. En chest commandement est dévéé rapine, usure, et baréter * autri , pour le sien avoir. Et chil qui font contre chest Commandement sont tenu à rendre che quil ont de lautri mauvaisement , se il sèvent à qui ; et se il ne sèvent à qui , il sont tenu à donner pour Dieu , et à
* Baréter; tromper; te^idre des pièges; barrât; em&anïis.
faire par le 0)iisdl de Sainte Eg^yse. Qaer, qui redeat lautri à tort, par mauvais^ raison, il pèche mortdment s'il ne le rend là où il doit, s'il le set et le pnist faire ; ou, s'il ne le set, par le conseil de Saincte Eglyse.
Ce t)tnti0me <2lotnmanbnnent
|E huitisme Commandement est tel : TU NE DIRAS NUL FAUS TESMOIGNAGE ENCONTRE TON PROISME — . En chest Commandement nos est dévéé que on ne mente , ne ne parjure , ne en jugement , ne hors jugement , pour nuire ne pour aider à autri , et que on ne mesdie d'autri , en causé de lui empirier sa bonne renomée ou la grâce qu'il a , quer chest péchié mortel. Et contre chest Commandement font chil qui mesdient des preudommes par derrière à bon ensient, par mahce, que on appelle péchié de détraction. Et chels aussi qui loent les malvais et les fols de leurs mauvaisetiés et de leurs folies seues , veues et oies ; qui est apelé péchié de adulation ou de losenge , quant on leur dit en leur présence fauseté ou menchonge, et quant chil de qui on parle n'est présent ; quer tous tels sont faus tesmoins.
Ce nenotBme €ommattbement.
.E neuvisme Commandement est tel : TU NE DÉSI- RERAS MIE LA FAME TON VOISIN PROISME, NE NE CONVOITERAS EN TON CUER — Chest à dire : Tu ne convoiteras mie à faire péchié de ton cors. Chest Commandement dévée désirier et consentement d'avoir compagnie carnelment à toutes femmes hors de mariage. Et la diférence de chest commandement et du sixisme si est , que le sixisme commandement dévée le fait par dehors, mais chestui dévée le consentement par dedans. Quer le consentement d'avoir compaignie à femme qui n'est sienne par le mariage, est péchié mortel, selon la Saincte Evangile qui dit : Qui voit femme et la convoite en son cuer, il a ja péché en ce de cuer. Chest chi à entendre de consentement après pensée * .
* La distinction subtile établie dans cet article , était sans doute nécessaire pour motiver la mutilation du dixième commandement, afin de couvrir le déficit occasionné par le retranchement du second, qui gène le culte des images et des reliques dont Rome a besoin pour entretenir la crédulité du peuple.
€t Uxïsmt €ommaràement.
I^E dixisme Commandement est tel : TU NE CONVOI- WTERAS CHOSE QUI SOIT A TON PROISME. Chest Commandement dévée volenté d'avoir autri chose par mauvaise raison. En chest Commandement est dévéé envie d'autri bien ou d'autre grâce ; quer tele envie vient de mauvaise convoitise ; et le convoitement chertain et apensé est péchié mortel, et contre chest commandement.
Mais convoitise légère d'avoir autri chose, par bonne raison, n'est mie péchié mortel. Et se il a aucuns mouvemens mauvais, sans voleoté et sans consentement de damagier autri , n'est mie péchié; et se il i a péchié, il est vénial , chest-à-dire, digne de perdon.