L-ÉLY8É£-MONTMABT«E
Le plus chouette bal Je Paris
Ma rosse
De gosse !...
Aile allait quéqufois aux tortils.
Avec un ruban dans ses tifs Et des faveurs à sa liqueiie ; Air tait déjà vache et coquette :
A parsonnait dans les fossés.
Aile en avait jamais assez...
Ma rosse
De gosse !...
On la rencontrait, en passant.
Dans les coins d'ia ru' Saint-Vincent Mais de saut dniouton en culbute Aile a dégrinjîolé dla butte.
Et, du Rochechouart à Clichy.
A fait son truc et son chichi...
.Ma rosse
De gosse !...
Tous les matins a prend son bain, A dit comm\a qu'pour le turbin r vaut mieux avoir la gueul' Iraiche.
Et les pieds blancs, et la peau d' pèche... On la lich'rait comme un bonbon Tant qu'aile est propre et qu'a sent bon.
Ma rosse
De gosse !...
Oui... faut voir les michcts qu'aile a '... El du pèzc en veux-tu n'en via '..
Qu'a soye en peau, qu a soyc en robe, TouiTmondia veut, tout l'nmnd' la gobe La sacré morne '... j' la connais.
A veut tinir au Chabanais !
Ma Rosse de Gosse
Ma rosse De gosse
V a déjà pas mal de temps.
Quand aile avait sept ou huit ans, A d'mcurait su' la plac" du Tertre, Tout là-haut, là-haut, à Monimcrirc, A s'épanouissait, en sautant.
Au pied du Sacré-Palpitant...
AJIISTIOE Bllt>KT.
LE CABARET BRUANT
, V.' A.;;,, /■■ L'ÉLYSÊE-MOHTfttARTaE
Le plus chouette bal de Paris
Steinlen et son ŒnVre
(SuiU)
Ma rosse
De gosse "...
A bazardait aussi des fleurs Qu'étaient moins fraiih's que ses couleurs : Des boutons d'rose et d'Ia violette Autour du moulin d'In galette; A faisait du plat aux gardons Et du chasse aux vieux polissons...
Il n'est pas sans intérêt d'examiner avec quelle réussite, le crayon de Steinlen, si vigoureux et si àprc, sait donner l'allure la plus gracieuse, la plus délicate â chacun de ses dessins mystiques, en des tons fanés et amortis.
A côté du Glas nous remarquons, dans le Mirage, les libellules qui se poursuivent, frêles et flexibles, devant un couple habillé à la i83o: Daphnis et Chloê sous la verdure d'un bois ; Joli Mai, le jeune homme qui, assis sur un banc, contemple de roses visions féminines dont le papillonnement se mêle aux fleurs des amandiers ; Communiantes, où des blancheurs de pierrots palpitent au milieu des cierges ; Guitare, la toute jeune miss, au visage rougissant, et qui s'enfuit au fond des bois; la Ronde, dansée par de sveltes vierges autour d'un saule ; les Soirs d'Amour, le long couple enlassé sur la falaise devant l'immensité des vagues ; le pianoteur grisé d'inspiration derrière un bouquet de chrysantèmes, dans le Requiem : Etrennes d'Amour, la jeune femme qui, près de son amant, s'étire avec nonchalance, au milieu des coussins brodés de cigognes.
Puis ce sont des coins de paysages qui encadrent merveilleusement chacun de ses petits tableaux : car Steinlen comprend la nature aussi bien qu'il comprend les hommes.
Tantôt, par l'habileté de son dessin, l'eau mousseuse se heurte, glisse, disparait entre les vannes d'un moulin, à travers le velours ruisselant et bousculé des souples herbages; tantôt c'est, frissonnant en cadence, le frisselis des grandes faux qui lancent des éclairs, dans la fraîcheur des foins. C'est le vent qui passe, le dernier souffle de l'automne qui réveille les feuilles mortes entassées au pied des buissons noirs; c'est la neige qui, dans le silence de la nuit, s'envole du fond des sapinières ; ce sont les rochers invulnérables qui étendent leurs bras menasants dans la profondeur des ravines ; c'est, par les soirs d'été, la lune sanglante au milieu des peupliers du fleuve ; ce sont les paysans courbés sous la brûlure du soleil, et comme cramponnés au coteau du village ; les routes grises qui enlacent les collines, et s'allongent en mille replis, loin, bien loin, et s'amincissent vers l'horizon presquinvisible. pâles, toutes nébuleuses, toutes grisonnantes, dans la buée fragile du matin.
Maurice Lenoir.
(-4 suivre).
A c' vieux Fernand CLAS et aux Bouilleurs de Cm !