Le Mirliton
Toi, Bruant, ça y est donc, mon fieu? Te v'ia député! Dis qu'nous sommes pas renseij aux Carrières ci qu'on n'y connoble pas tout c 'qui s'charibote en ville. C'est Beau-Blond qui nous a rapporté ces nouvelles d'une des. qu'il avait faite aux Ecrasés le soir de l'affaire du Gaulois..- Ah ! tu t'mets bien, toi !... tu sais le jeu pour parvenir! Faut dire pour et' juM, qui 1 est le « couronnement d une vie honorable <t laborieuse, » c't 'élection-là I
Nous n'pouvi ns | as en es] éier autant qu'ça, nous, tes frangins qui avons lacmuché, sciunné, grinché, tout' not' sactée vie durant! Quéqu' tu veux ! tout le mond' n'a pas, comm' toi, un rossignol dans la gargoine pour ramasser du jonc en gjbeulant dos laïl
C'que c'est la vie 1 On était quat' cinq lardons. On a tiré ensemble quinze berges de rigolade, de flemme et de jeunesse, dans l'même faubourg, en prenant l'mêm' goût d'pas aller à l'école ni à l'atelier, — et puis, on est arrivé comm' ça au sal' moment où l'dab et la dabuche étant clapsés, la galtouze se fait manquante. Faut s'tirer d'affaire soi-même. Alors, quoi? On cherche un moyen de tortorer sans trop s'faire suer.
Y en a qui trouvent, y en a qui ne trouvi ni pas !
Toi, t'as trouvé: t'as chanté, t'as charmé, t'es d'venu riche, célèbre, et le resie ! Nous, on n'avait pas d'aut'ressource que d'être beaux hommes, pas d'autre outil qu'un lingue de six pélots. On s'est fait grinche et barbe.
A c't'heure, me vl'à dans les carrières, fuyant les Hiques.
Toi, Bruant, te v'ia à la Chambre, dirigeant les masses.
Oh! la la lai Parait qu'on n'est pas tous faits du nièni' limon!
Et quéqu'tu vas foutre dans c'te panterie ?.. Gueuler, j'suppose. T'es pas homme à paperasser dans les commissions, hein ?
Mais gueuler quoi ? as -tu un programme, une idée, un dada, quéqu'chose d'uif, neuf et rupin ?
Eh ben, moi, je vas t'dire. Y a un'place à prendre... à la buvette. Quand t'allumeras à la tribune un d'ees vioques débecquetants qui n'jaspinent que pour raser leur publie, tu t'ièvci.is avec ton grand chapeau et ton grand manteau; tu Pras avec tes grands bras un « Suivez-moi, jeune homme ! » et tu décanil-
leras. Alors y ('suivront tous ! « A la buvette ! à la buvette ! » l'entends ça d'ici !...
J'entends ça d'ici, et d'ici j'te vois sauter sur une table et gueuler les refrains du Mirli.... Epaté, Pbistrbl
Alors, ça s'radesenvoisd'glacisà n'en pus finir
— etdu Malaga.., et des cigares... Ah ! Bruant!
Ht voilà: plus de séan -es, plus de tribunes, plus
de lois, plus rien ? Ys'ront tous mités, paumés,
y fich'ront un peu la paix aux récidi-
.1 mon idée? F.h ben, pour la pein', j'te d'mand' qu'un' chose. Apres chaqu' gueul'rie, fais un' petit' collecte au profit des aminches dans la mélasse. Tu m'en r'fileras c'que tu pourra-,. Ça m'pcrmettra d'passer quéqu' douceurs à mon poteau qu'est au dur.
Mon poteau!.. Dire que tu l'aurais été, toi, l 'niant, si t'avais daigné !. j'te gobais, quoi !.. Tu t'rappcll's? Au 113' biffins, quand on était pagne à pagne et que j 'faisais ton fourbi à la mirette pac'que tu m'rev'nais et que j'voulais t'am'ner? Mais toi, tu r'chignais. Moi, j'm'acharnais. Si bien qu'à la classe, quand on a r'gagné ses foyers, (cochons d'foyers!) — et que j'tai régalé au Caveau pour les adieux, ma e qu'était sortie du claque à l'occase de mon r'tour, te r'hiquait et f sait des manières s. Pour un peu, a t'aurait lingue !
Maint'nant, j 'baisse ! pus d'gerce ! pus d'poteau ! D'temps en temps un' pauv' muffée au Caveau ou chez les bistros de la Révolte, et c'est tout... pus d'galtouze! Avec ça, y a pas huit marqués, dans un coup d'fric-frac, j'm'ai fait abîmer les gambettes. Me v'ia en convalescence chez Beau-Blond, qui turbine pour nous deux. Mais ça n'va tout d'mèm' pas fort !
Alors j'm'ai dit : « Bruant, c'est une vraie copaille ! Aujourd'hui qu'il est arrivé, j'vas m'dépêcher de l'féliciter, et comm' ça j'toucherai son bon coeur ! •
C'est Beau-Blond qui te r'mett'ra la présente. Si tu peux lui donner un linvé pour moi, ca s'ra une bonne action et ça m'aidera à trouver l'existence douce, comm 'j'te la souhaite.
(lamelle «OS.
Post-Scriptum. — Crains rien, va ! quand j's'rai d'aplomb sur mes gambettes, c'est moi
qui t'en amén'rai d'Ia clientèle, et d'ia haute, et d'I'a bath !.. et d'Ia choisie !
sommes heureux d'annoncer que l'administration du MIRLI a fait droit à la requête de l'intéressant GAMELLE et s'est. Je plus, empressée de rattacher à sa rédaction en qualité de chroniqueur hebdomadaire.
laiTE
Y bruinait... L' temps était gris,
On n'voyait plus l'ciel... L'atmosphère Semblant suer au-d'sus d'Paris Tombait en bué' sur la terre.
Y soufflait quèqu'chose. .. on ne sait d'où, C'était ni du vent ni d'ia bise
Ça glissait entre l'col et l'cou Et ça glaçait sous not'chemise.
Nous marchions d'vant nous, dans le brouillard, On distinguait des gens maussades.
Nous, nous suivions un corbillard, Emportant l'un d'nos camarades.
Bon Dieu ! qu'ça faisait froid dans 1' dos! Et puis c'est qu'on n'allait pas vite.
La m oeil' se figeait dans les os, Ça puait l'rhume et la bronchite.
Dans l'air y'avait pas un moineau, Pas un pinson, pas un' colombe, Le long des pierr's y coulait d'I'eau, Et ces pierr's-là... c'était sa tombe.
Et je m'disais, pensant à lui, Qu' j'avais vu rire au mois d'septembre : Bon Dieu! qu'il aura froid c'to nuit ! C'est triste d'mourir en décembre.
J'ai toujours aimé l 'bourguignon, Il m'sourit chaqu'fois qui' s'allume
J'voudrais pas avoir le guignon D'm'en aller par un jour de brume.
Quand on s'est connu l'teint vermeil, Riant, chantant, vidant son verre, On aim' ben un rayon d'soleil Le jour ousqu'on vous porte en terre.
Aristide BRUANT.