LES AVOCATS
Je sais bien que -ça n'est pas très généreux à moi de leur tomber dessus, au moment où ils commencent à désarmer.
Car ils désarment !
Avez-vous remarqué comme ça a manqué d'avocats les dernières élections ? 11 est vrai qu'ils ont été remplacés par des journalistes.
Y gagnerons-nous ?
1 Luis tous les cas, sur qu'on y perdra pas.
Mais si ces gaillards-là désarment comme députés, ils n'en continuent pas moins à sévir... comme avocats.
Et c'est encore trop !
Avocats!... Avez-vous jamais réfléchi à tout ce que comporte de caoutchouc cette profession libérale?
Les procès sont généralement plaides par iléus parties.
Au civil, ça peut se passer entre deux braves gens, également pénétrés de leur bon droit. Ces braves gens s'en vont chacun de leur côté trouver, l'un, M* X..., l'autre, M" Y...
Ces deux Maitres épousent sans plus t.nder la cause de leur client après avoir soigneusement fait éclairer les susdits.
L'audience arrive.
Alors, voilà de chaque côté 'le la barre des messieurs en robe et en toque, suprêmement ridicules, d'ailleurs, et laids!...
Chacun expose, développe, invoque, adjure, cite les codes, met sur son oeur une main frémissante et, s'il le faut, laisse monter à sa gorge altérée des torrents de sanglots.
Mettons qu'au lieu de prendre MeX...,le bon client se soit adressé à M* Y..., et vice versa, n'en doutez pas un instant, c'eût été exactement la même comédie, même émotion, même main sur le même cœur, mêmes sanglots dans la même gorge.
Tout çà, pour une cause contraire et rigoureusement incompatible. .
Cabotins!... Bonisseurs !...
Mais où la chose prend des proportions vraiment épiques, c'est quand s'opère un petit chambardement gouvernemental, M" X... et M" Y, l'honneur du burreau, sont appelés à hautes fonctions dans la magistrature.
Changement de tableau!
Vlan, les accusés que jusqu'à présen:.
avocats, ils avaient présenté comme d'innocentes brebis, et dont ils demandaient l'acquittement immédiat , deviennent du jour au lendemain, à leurs yeux d'avocats généraux, de sales crapules, des dangers pour la société.
Et si on les écoutait, ces frais et féroces magistrats, on n'aurait pas assez de guillotine pour expédier les bonshommes dont ils demandaient la veille l'élargissement solennel.
Cabotins!... Bonisseurs!...
Autre chambardement gouvernemental.
Les magistrats féroces cessent de plaire et sont rendus au barreau, dont ils redeviennent le plus bel ornement.
Alors, toute la société reprend ses couleurs blanches et roses.
Plus de crapules ! Tout le monde chouette !
On a représenté la Justice par une balance.
Mettons une balançoire, et n'en parlons plus.
Jean TISONNIER.
Les Refrains du HIIMTO.N
Par Aristide BRUANT