‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 104 sur 243 · MONTMARTRE MISÈRE · texte numérisé non relu

MONTMARTRE MISÈRE

SOUVENIRS AN ECDOTIQ U ES Par Chartes DUVAL

CHEMINS DE FER DE L'OUEST Excursions en Bretagne Il sera délivré, jusqu'au 31 octobre, par les Compagnies de l'Ouest et d'Orléans, des billets d'excursions, valables pendant un mois et donnant droit au parcours suivant : 1" Itinéraire. — 1*** classe, 160 francs ; 2"" classe, 125 francs.

Paris. — Le Mans. — Rennes. — St-Malo.

— Dinan.— Lannion. — RoscolT. — Brest.— Lauderueau. — Douarnenez. — Ponl-l'Abbé. — Concarneau. — Aura y — Quiberon — Saint- Nazaire — Le Croisic. — Nantes. — Angers.— Tours. — Or éans. — Paris.

2°" Itinéraire.— 1" classe, 120 fr.; 2"' classe 100 fr.

Paris. — Dreux. — Granville. — Mont-St- Michel. — Saint-Malo. — Diuan. — Rennes.

— Redon. — Saint-Nazaire. — Le Croisic —

Nantes. — Angers.

Orléans. — Paris.

Sauntur. — Tours. —

Li> Gérant : A. Uiu:\nt.

Coopération typosraiiln'qne (as« nuO iS, ru« Satnl-I.izirr, Cl», buniont, directeur

Deuxième Année — N° 27-

PfUX : 10 CENTIMES.

Novembre 1886.

PARAISSANT DEUX FOIS PAR MOIS Paris, un an. 5 fr. — Eureiui : Boulavanl Rochechouart, 84. an cabaret du « Mirliton » — Départements, un an : 8 fr.

Pirecteup^ : ^Aristide J3ruant

NOVEMBRE, par Jean CAILLOU

M ! Vlà l'hiver 1

LE MIRL!TON

ANNONCES PAYEES

La Meilleure Bière est la Bière de Sapin

SANGUINES ET FUSAINS

L'apparition de M. Scapin et de Braves Gens, de Richepin, m'a remis en mémoire la manière assez pittoresque dont je fis la connaissance du poète, il y a de cela environ trois ou quatre ans.

Richepin venait de publier coup sur coup /,-s Gueux, lis Caresses, les Morts bigarres, Madame André, et nous, lés jeunes gens, les naïfs et les enthousiastes, sortis du lycée depuis trois mois et la tèle encore bourrée des alexandrins du théâtre classique, nous nous étions jeté», avec une voracité d'affamé*, sur ces choses si nouvelles pour nous. Le modernisme élégant des Caresses, l'étrange saveur de ces Gueux dont les ex'rèmes brutalités se mariaient à de délicieuses délicatesses, cette poésie vibrante, robuste, éblouissante de s^-ve, de verve, de jeunesse, tout cela nous avait parfaitement misés. Puis, des racontars de toutes couleurs, histoires des mille et une nuits, c;é.par l'imagination de quelques fanatiques su: excités, étaient tenus jusqu'à non-,. Les cancans de toutes sorte-, sur !a bohème échevelée de la bande lyrique dont il était le chef ; ses soi disant exploits dans les fêles publiques où maintes fois il se serait mesuré à la lutte avec les plus formidables athlètes; l'anneau d'or Sont on prétendait qu'il s:' cerclait le bras comme II s patriciennes antiques; tous ces contes à dormir debout et que nous écoutions bouche béante avec notre candeur d'écoliers qui e soi I point décrassés encore, tous ces contes, je le répè'e, nous avaient en quelque sorte tourné la tète. On jugera donc sans peine de l'effet fit quand un soir d'hiver, brusquement, nous nous trouvâmes nez à nez a\ des parages de l'Odéon.

Venus pour y achever joyeusement la s nous y avions fait une de ces entrées à sensation, qui consistent à marcher gravement, sans mot dire, à la queue leu -leu sur une file de huit bu dix. en serpentant autour des tables. Mais l'un de nous, qui connaissait Richepin pour

l'avoir rencontré une foi- chez l'aottice Céline Mostalaad, le reconnut et nous le signala, et aussitôt, comme par enchantement, redevenus -érieux et graves, nous nous installâmes à une table assez rapprochée de la sienne, vexés, au fond, d'avoir été surpris par lui en flagrant délit de polissonnerie. Richepin, d'ailleurs, n'en semblait point autrement offusqué, et tranquillement accoudé sur le marbre de la table, continuait de causer à mi-voix. Ils étaient un petit nq ou six, parmi lesquels une grande jeune femme nommée, je crois Pauline Sauzée et un garçon d'une trentaine d'année, qu'à sa tête rébarbative, surmontée d'un chapeau de paille burlesque, nous supposâmes être Raoul Ponchon, supposition toute gratuite, du reste. Aussi bien n'avions-nous de regards que pour Richepin dont la haute taille etles épaules d'Hercule nous remplissaient d'étonnement. Et notre admiration pour l'artiste se doublait de notre admiration pour l'antique beauté de ce garçon superbe dont les regards prenaient un éclat si étrange sous la masse touffue des cheveux qui lui cachaient entièrement le front. Et si la tète nous travaillait, on le pense! A l'heure qu'il est. je pourrais décrire jusque dans moindres détails le vêtement qu'il portait ce l<puis le chapeau rond aux bords plats jusqu'au "rand ulster gris qui pendait derrièr»- 1 ni et dans lequel ils'emtnitouffla avant de sortir. Même, l'un de nous prétendit reconnaître s l'ét >ffe 'le la jaquette le relief de son bracelet d'or. Et, brusquement, l'enthousiasme s'y mettant, l'on décida de lui écrire.

• • M' tout de suite nous voilà partis, ravis de n.ir - de notre audace, voulant

participera la réd lettre, tandis

que moi, la plume en main, ne sachant plus auquel entendre, j'hésitais, ajoutant lentement un mot à l'autre, m'efforçant de- tout concilier i '.- :•'- ifiit r ; our le mieux cette trop abondante collaboration. D'autre part, dans le clan de Richepin l'on commençait à s'émouvoir, flairant quelque complot secret, quelque machin ition s >u^ roche, tendant le dos à un év. ment. A la fin, le billet achevé tant bien que m. il. Cul p né au destinataire.

Pendant dix grandes minutes qui nous parurent autant de siècles, nous passai 1rs transes imaginables, bien que notre indifférence lie- lissimulât assez habilement.

Pas un geste, pas un signe de ce qui s ù la • ■ e n'échappait à la sournoiserie de nos coups d'oeil. Le billet passait de mains en mains. ~, mblait exciter une \

L'homme au chapeau de paille, surtout, gesticulait, parlait longuement et à mi-voix, Pauline Sauzée se contentait de nous examiner avec une persistance gênante.

La chose, du reste, avait tout l'air de tourner mal, Richcpin, renversé à demi dans le dossier de la banquette, tournait la carte entre ses doigts, négligemment, en fumant une cigarette. Tout à coup il se décida, et moins d'une minute après nous déployions, et avec quelle hâte, cette réponse aussi laconique qu'imprévue :

« Moi aussi, monsieur, j'admire beaucoup le » talent de M.Jean Richepin ; malheureusement, je n'ai pas l'honneur de l'être; je !e regrette aujourd'hui plus que jamais.

» Vincent Béléni.

» Tissemant, n, Grande-Rue. »

On ne jugerait que mal de notre désappointement. Non que nous fussions le moins du monde victimes de la mystification dirigée contre nous, mais notre colère venait surtout de nous voir traités en gamins. Et ce fut pendant un instant un concert de chuchottements et d'imprécations étouffé s.

Nous ne pouvions garder ce camoufHet sur le cœur; C'était l'homme au chapeau burlesque qui avait soufflé à Richepin cette mauvaise plaisanterie! etc., etc. L'ami Palette qui, à cette époque, collectionnait des autographes et qui, d'avance, s'était pourléehé à la pensée de cette bonne aubaine, ne parlait pas moins que d'aller chercher uni; querelle au chapeau de paille. Mais à la fin tout s'apaisa, et un second courrier, rédigé séance tenante, apprit au poète des Gueux que « M. Georges Courteline, convaincu que la très frappante ressemblance de M. Vincent Béléni avec M. Jean Richepin indiquait entre ces deux personnes une parenté extrêmement rapprochée, priait le premier de vouloir bien faire parvenir au second comme un bien maigre témoignage d'admiration et de sympathie, le sonnet ci-joint qui lui était offert. » (i)

Richepin lut le sonnet et le serra en nous remerciant d'un signe de tête. Cinq minutes après, ils sortirent. Et nous mêmes, presque émus, ma foi, de ce qui était pour nous un si gros événement, nous rentrâmes chacun chez nous, par les rues étroites et désertes du quartier, dont la douce clarté de la lune semblait augmenter la tranquillité et le silène.' et toute ja nuit je lis des rêves impossibles d'archanges barbus et coiffés sur le front et de chérubins que couvraient de ridicules chapeaux de paille.

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-il J7, Jn Mirliton.

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