RENGAINE
Paroles et Musique de Aristide BRJJAXT et Jules JOUY
Mad'moiselle ! écoutez-moi donc !
J'voudrais vous offrir un verr' de Madère
Mad'moiselle ! écoutez moi donc !
J 'voudrais vous offrir un Amer Picon.
Non, Monsieur, je n'vous écout' pas; Jen'boispas d'toutça,jen'bois que d'I'eau claire,
Non Mcnsieur, jen' vous écout' pas; Je rentre chez moi; j'demeure à deux pas.
Mad'moiselle ! écoutez-moi donc!
J'veux pas vous emm'ner aux 18 marmites
Mad'moiselle! écoutez-moi donc!
Venez avec moi dîner chez Bignon.
Non, Monsieur, je n'vous écout'pas Quand j'ai faim je mang' des pomm's frites
Non, Monsieur, je n'vous écout'pas; Car chez mes parents, je prends tous mes r'pas.
Mad'moiselle! écoutez-moi donc!
J'voudrais vous offrir un corset d'baleine
j 'vous offre un corset avec du coton.
Non, Monsieur, je n'vous écout' pas; Un corset pour moi, vrai, c'est pas la peine
Non, Monsieur, je n'vous écout' pas; J'n'en ai pas besoin, gardez vot' taff'tas.
Mad'moiselle ! écoutez-moi donc!
J'voudrais vous offrir un p'tit porte-veine
Mad'moiselle ! écoutez-moi donc !
J'voudrais vous offrir un petit-cochon.
Non, Monsieur, je n'vous écout' pas; J'achét' des bijoux trent'sous la douzaine
Non, Monsieur, je n'vous écout'pas; Jachèt'des p'tit's bagu's à 25 sous l'tas.
Mad'moiselle! écoutez-moi donc!
J'voudrais vous offrir un' petit' calèche
Mad'moiselle! écoutez-moi doncl J'voudrais vous offrir un p'tit phaëton.
Non, Monsieur, je n'vous écout'pas; J'fais mes cours's à pied; j'suis pas un' dusse che
Non, Monsieur, je n'vous écout'pas; J'aim'mieux les prom'nad's en voiture à bras.
Mad'moiselle ! écoutez-moi donc !
J'voudrais vous offrir des meubl's en bois d'rose
Mademoiselle ! écoutez-moi donc !
J'voudrais vous meubler un petit salon.
Non, Monsieur, je n'vous écout'pas Pour me contenter il n'faut pas grand chose
Non, Monsieur, je n'vous écout'pas; Gardez vos tapis, vos rideaux d'damas.
Chez moi, j'vous laiss'rai porter la culotte
Mad'moiselle I écoutez-moi donc!
Chez moi, j'vous laiss'rai porter l'pantalon.
Non, Monsieur, je n'vous écout'pas; Si vous continuez j'vous flanque un'calotte
Non, Monsieur, je n'vous écout'pas ; Si vous continuez, j'vais taper dans l'tas.
Mademoiselle ! écoutez-moi donc !
Laissez-moi presser votre taill' de guêpe Mademoiselle ! écoutez-moi donc !
Gifle à l'Orchestre
Sacredié ! Madam' j'vous d'mand'bien pardon!
CABOCHONS PARISIENS
lie jour fies Jlorts
Parbleu oui ! ce pauvre et grand artiste, ce poète aimant de toute son àme : la Femme et Art, c'était un vadrouillard fameux, un noctambule prodigieux, mais tout de même un artiste fin, un rêveur délicat, et surtout un homme de cœur. Aussi s'était-il dit qu'il irait là, car c'était parmi toute sa vie le souvenir le plus délicieux, le seul peut-être qui n'ai pas mis de rictus à sa lèvre et d'amertume en son cœur.
Même des fois, quand il y pensait trop, ça le faisait pleurer...
Loin des habitations, au milieu de la
plaine rase et grise, il était tout triste ce petit cimetière suburbain. Le grand mur qui l'entourait avait des crevasses béantes comme des plaies. Des arbres sans feuilles, étriqués, se penchaient mélancoliquement vers les crêtes ensoleillées. De rares visiteurs coulaient silencieux, mornes, tout en noir, sous l'ogive de la porte d'entrée. La pluie tombée la veille avait crevé les chemins, et la terre grasse, pesante se collait aux souliers, alourdissant les pas.
ci "Vieilles Chansons
U où venez-vous si crotté,
Monsieur le curé ?
De la foire et du marche,
Simonne, ma Simonne.
De la foire et du marché,
Ma petite mignonne.
Que m'avez-vous rapporté, /l;%
Monsieur le curé ?
Des souliers blancs pour danser,
Simonne, ma Simonne.
Des souliers blancs pour danser,
Ma petite mignonne.
Quand est-ce que vous m' les donnerez. ^.g
Monsieur le eu Quand tu sauras travailler,
Simonne, ma Simonne.
Quand tu sauras travailler.
Ma petite mignonne.
J' sais bien coudre et bien filer,
Monsieur le curé ?
Faudra donc te les donner,
Simonne, ma Simonne.
Faudra donc te les donner,
Ma petite mignonne.
/' is .
]' voudrais bien me confesser,
Monsieur le curé .' Dis-moi ton plus gros péché,
Simonne, ma Simonne.
Dis-moi ton plus grand péché.
Ma petite mignonne.
C'est de trop vous aimer,
Monsieur le curé ?
Faudra donc nous séparer,
Simonne, ma Simonne.
Faudra donc nous séparer,
Ma petite mignonne.
Oh ! alors, j'en mourrai.
Monsieur le curé.
F.h ! bien, je t'enterrerai,
Simonne, ma Simonne.
Eh! bien, je t'enterrerai,
Ma petite mignonne.
Est-ce que vous me pleurerez,
Monsieur le curé ?
Non, car il faudra chanter,
Simonne, ma Simonne.
Requiescat in pace
Ma petite migonne.
bis.
(bis.)
En arrivant devant ce grand mur tout nu, il eut un frisson involontaire ; c'était vraiment triste ce champ de repos. Il entra. Les tombes, grises et blanches avec des taches noires dans les creux, étaient lavées par les pluies de la veille ; les couronnes et les vitraux s'emperlaient encore de gouttelettes fines se diaprant aux rayons froids d'un soleil de novembre qui allait se mourant derrière Paris, là-bas, au ras de la plaine. Dans l'allée centrale — au milieu — un grand christ de b >is, très haut, fendillé, sali, se dressait comme tordu par le froid et la bise. Au fond, le long du mur, des croix noires s'alignaient en espalier. Quelques pauvres fleurs chétives, déjà mordues par l'hiver, s'étiolant dans des vases baroques, décoraient ce coin de la fosse-commune où reposent — dans la poussière vivifiante du grand inconnu — les deshérités de la vie.
Puis il tourna à droite, dans une allée, et s'arrêta devant une pierre tombale, sur laquelle montait, rigide et froide, une croix de marbre blanc, une croix dont les bras se tendaient comme pour l'éternel embrassement. Dessous, un nom et une date étaient gravés.
Tenant l'entourage de fer d'une main crispée, il s'absorba, et les yeux débordants de pleurs,
il revit, ainsi qu'en un mirage radieux, toute sa jeunesse, toutes ses joies, tous ses rêves, car depuis ce temps heureux il s'était toujours senti seul, bien seul. Et alors, la poitrine gonflée de sanglots, profondément étreint, il tomba, terrassé et vaincu, à genoux, en s'écriant, comme jadis enfant :
Ma mère!...
Henri LETOL'RXEL'R.
Les Refrains du MIRL1M
Par Aristide BRUANT