SARDINES NOTRES
A Madame lu baronne Tmmhoff.
Le soleil, grand disque rouge sang, allumé comme lu bouche d'une fournaise cyclopéenne, s'enfonce lentement dans l'Océan derrière un voile île buée qui fait devant lui comme un écran de gaze d'or. Paresseusement, sur les flots alourdis, reposent ses rayons.
Près du mule, qui laisse ses algues brunes flotter au creux des lames, Pierre-Louis, * dans sa barque, la face tournée vers le couchant, ébloui, le regard fixe, chanle tristeme. t...
Allons à Lorient pécher la sardine.
Allons à Lorienl pécher le bareng.
Pêcher la sardine.
Pêcher le hareng!...
Tout est calme.
Le ciel n'a plus n'a plus que lueurs rosaires, cuivrées.
Sur la falaise noire, Klle et lui se promènent enlacés, s'aiment, — ne savent que dire — quand Elle tourne vers Lui ses yeux, Il y voit les éclairs que le couchant y fait briller. Ils regardent la ville perdue dans un nuage de fumée gri-e, que percent les clochers avec leurs girouettes étincelantes. Ils regardent le vide sous leurs pieds, admirant la grande nature qui va s'endormir, sans songer a ri'Mi, fredonnant à mi-voix le refrain des gars du pays :
Aihms à Lorient pécher la sardine, Allons à Lorient pêcher le bareng.
Pécher la sardine,
Pêcher le hareng.
Elle a vu la barque et veut faire sur le grand lac de feu, une promenade éblouissante.
Joyeusement, le long de la falaise, ils descendent vers le môle qui. maintenant, se projette plus sombre sur les flots. De noirs corbeaux, de blanches mouettes au vol mou et triste, tournaient lugubrement dans le crépuscule dernier. Le bleu du ciel a des taches blanchâtres qui, tout à l'heure, seront étoiles. Au bout du brise-lames couvert d'algues échevelé- s, la voix monotone de Pierre-Louis, scandée par le clapotis des vagues, s'élève presque perdue.
Allons à Lorient {.ècher la sardine, Allons à Lorient pêcher le hareng.
Pêcher la Sardine,
Pêcher le hareng!...
» — Hé ! l'homme ! voulez-vous nous prendre en mer jusqu'au fort là-bas, et nous ramener.
Pierre-Louis interrompit fa chanson, lit accoster Bon baliau el : Embarquez, m'-a éfants !... »
Ii la presse contre -a poitrine, leurs lèvres se collent...
Machinale, rythmée par les coups d'avirons, pius lente, [dus sourde, va la chanson
du rameur:
Allons à Lorient pêcher la sardine.
Allons à Lorient pécher le hareng.
Pêcher la sardine.
Pécher le hareng !...
La barque dépasse le fort. — plus loin, plus loin encore...
Le ciel esl un suaire, — les lames d'argent sont les étoiles, — la lune en croissant l'ail comme un chiffre étrange...
« — Hé! l'homme! dit l'amoureux, pas si loin, où nous conduisez-vous '<
« — Ici, fil le matelot, ici. i Et, droit, se levant dan- le canot balancé par les vagues, d'un coup terrible de sa rame, il défonce le crâne de l'amoureux... Elle, suppliante, tend les mains, effarée: «Grâce !... » L'aviron éclaboussé de la cervelle de l'autre, était retombé une seconde fois...
Pierre-Louis avait reconnu cZabel'e » la paqueuse, à laquelle il s'était fiancé avant de partir en Islande. El il la retrouvait dans les bras de M. Gtorges le fils d'un riche écoreur.
Maintenant, féroce, il jurait, il sacrait. « — Ali ! le cochon:... Ah la garce:... A Viau, viand' à r'quiû, à l'iau :... m II Jeta à la mer les deux cadavres :
Pierre-Louis reprit ses avirons et s'en revint vers le havre. Chantonnant en cadence de sa voix plus rauque, à mesure qu'il se courbait sur les aviron- :
Allez à Lorient pècli r la sardine, Allez a Lorient pêcherie hareng.
Pécher la sardine,
Pécher le hareng.
HORTOS.
LE GABARIT 1)11 MIRLITON
EST SITUÉ PRÈS DE
L'ELYSÉE MONTMARTRE