‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 151 sur 243 · LA PRIÈRE DU SOIR · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE DU SOIR

AlISSt vrai que l'on me donne

Pour nom: RajJ'lc, Casimir, Je suis doua- comme un zéphyr Qui caresse une madone

Je ne suis plus un gavroche :

Je vieillis et si je lois Un Anglais à l'air grioois, Je mets ma main dans sa poche.'

Je souffle souvent la bourse, Au poc/tard qui, près d'un banc, S'est allongé sur le flanc, Puis, je me paie une course !

Je fuis le foyer et l'àtre,

Préférant au ht moelleux

Venir fermer mes yeux bleus

Au fond d'un deux Jour à plâtre .'...

Je tl'OUOe en ce lieu propice, /'lus d'aise et de liberté Que dans l'hospitalité Que nous donne la justice !

A mon ciel pas une (toile, Pas de pétrole enflammé ; J'ai toujours beaucoup aimé L'obscurité qui me ooile !...

Choisissant une flseine, Je m'en fais un oreiller, /'tus sans me déshabiller,.

Pour le sommeil je m'incline!..

Le vin h*a jamais d'empire

Sur mon air et mes façons,

Car je tire mes boissons

De la maie où je. me mire .'...

Mais l'Empire, c'est la branche^ Où j'habitais autrefois :

Je tajiais sur les bourgeois, Couvert de mu blouse blanche!.

Je mange aux heures précises; .h- voie eriire mes repas.

Le meurtre ne m'émeut pus.

Mais je crains tant les assise*'..

c'est pourquoi, Dieu pacifique,

Je te pus h on boniment :

Laisse dans son agrément Ma carrière... d'A mérique

A. BBASSEUR.

VIEILLES CHANSONS

J'ai demandé-z-à la vieille

J'ai demandé-s-à la vieille S'elle aimait bien le bon pain :

Par ma foi, mon fils, dit-elle, Pour du ch'ti ne m'en faut point, Mais d' la miche au grand beugnet, Hé ! hé ! hé ! aîe\ mon âne, Mais d' la miche au grand beugnet, Me faut-z-un mari pour mé.

J'ai demandé-z- à la vieille S'elle aimait bien le bon vin:

Par ma foi, mon, fils dit-elle.

Pour du ch'ti ne m'en faut point.

Mais du clair à plein goblet.

Hé I hé ! hé ! aïe ! mon âne, Mais du clair à plein goblet, Me faut-z-un mari pour mé.

J'ai demandi-z-à la oiei S'elle avait encor des dents:

Par ma foi, mon /ils, dit-elle, J'en ai ' core un' par devant.

Avec deux dans les côtés, Hé ! hé ! hé ! aïe\ mon âne, Avec deux dans les côtés.

Me faut-z-un mari pour mé.

J'ai demandé-z-à vieille S'elle voulait se marier:

Par ma foi, nion fils, dit-elle, Tout de suit' si vous voulez, Voilà l'hiver ouest bien frais.

Hé ! hé 1 hé I aie\ mon une.

Voilà l'hiver qu'est bien frais, Me faut-z-un mari pour me

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2* Château de 1 ierrefonds. Ruines du Château d' Coucy, Bords de la Meuse, Grottes de Ban et de Roche fort.

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4- le» BORDS du RHIN 1 • classe 146 fr. 50 c. \ 2" classe 109 fr Itinéraire. — Tans (Nord1, Amiens. Douai, Valcucienues, Mon*?, Bruxelles, Malines ( ou* St. -Quentin) Quévy, Mons, Bruxelles, Malines, ou St. -Quentin, Charleroi, Namur. Liège. Spa. Verviers. Aix-la-Chapelle. Cologne. Bonn. Coulent/, St.-Goar, ou Enis, Bingen ou Rudc*heim. Mnyence ou Wiesbaden, Francfort, Darmstad*. Manh'irn. Heidcllierg, Carlsruhc, Baden- Baden. Strasbourg. Nancy, et Taris (Est), ou vice versa.

Le Gfraxt : AR1S! IDE BBl AN1.

Troisième Année N° 39

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Août 1887

PARAISSANT TRÈS IRRÉGULIÈREMENT UNE VINGTAINE DE FOIS PAR AN

Saris, on an.- 5 pb. Bureaux : Boulevard Rochechouart, 8*, au cabaret du «Mirliton» Départements, un an: 6 ta.

Directeur: Aristide BBDANT

(Voir la chanson à la page t)

Dessin de Triclau.

FANTAISIES

A SA1XT-JLAZARE

C'est de dla prison que j't'écris,

Mon pauv' Polyte.

Hier, je n'sais pas c'qui m'a pris,

A la visite ; C'est des maladi's qui s'voient pas,

Quand ça s'déclare, N'empûch' qu'aujourd'hui j'suis dans l'tas,

A Saint-Lazare !

Mais pendant c'temps-là, toi, vieux chien,

Quéqu'tu vas faire?

Je n'peux t'envoyer rien de rien,

C'est la misère.

Ici tout l'monde est décavé,

La braise est rare ; Faut trois mois pour faire un linvé

A Saint-Lazare.

Vrai, d'te savoir comm'ça, sans l'sou,

Je m'fais un'bile ! ...

T'es capabl' de faire un sal' coup,

J'suis pas tranquille.

T'as trop d'fierté pour ramasser

Des bouts d'cigare Pendant tout l'temps quej'vas passer

A Saint-Lazare.

Va-t'en trouver la grand' Nana,

Dis que j'ia prie D'casquer pour moi, j'y rendrai ça

A ma sortie.

Surtout, n'y fais pas d'boniments,

Pendant qu'je m'marre Et que j'bois des médicaments

A Saint-Lazare.

Et puis, mon p'tit loup, bois pas trop,

Tu sais qu't'es teigne Et quand t'as un p'tit Goup d'sirop

Tu fous la beigne.

Si tu t'faisais coffrer, un soir,

Dans un' bagarre, Y a pus personne qui viendrait m'voir

A Saint-Lazare.

J'fmis ma lettre en t'embrassant,

Adieu, mon homme, Malgré qu'tu soy'pas caressant

Ah ! j't'ador'comme J'adorais l'bon Dieu, comm' papa,

Quand j'étais p'tite Et qu j'allais communier à

Saint'-Marguerite.

Aristide BRUANT.

SANGUINES ET FUSAINS

...avec le crans B'atisns wsi nttu

C'était aux BouiTes-du-Nord, en l'an de grâce... je ne me rappelle plus.

On jouait Ruy-Blas avec, disait l'affiche, le concours d'artistes distiti'ju-'<.

Encouragé, — on le serait à moins — j'y étais allé de quarante sous que je ne devais pas regretter.

Le hasard, ou, pour mieux dire, la Providence, m'avait placé au côté d'une grue, qui, soûle comme une petite caille, avait ris à cœur de concourir, dans la mesure de ses faibles moyens, à la splendeur de la représentation. Pour ce faire, elle avait tout simplement imaginé de monter une scie en règle au malheureux artiste qui jouait Ruy- Blas et de ne pas lui laisser placer une seule réplique s-ans lui payer immédiatement une goutte, comme on dit en argot de théâtre.

Si bien que l'infortuné ratait tous ses effets.

Lançait-il avec émotion :

Ah! donne-moi ta main, frère, que je la serre,

immédiatement un grotesque hurrah! venait le payer de ses efforts.

Jetait-il avec les .accents du plus violeat désespoir :

Ami, le résultat, tu le vois : un laquais!

sur l'heure un bruyant : Ah! très chic! Tenait lui couper la idem.

Hasardait-il en comprimant les baltements précipités de son cœur :

Je suis amoureux de la reine !

aussitôt un facétieux mironton ton ton mirontaine, venait ajouter du relief à l'hémistiche.

A part quelques coups d'œil féroces auxquels répondirent sans retard les éclats de rire de ma voisine, tout alla le mieux du monde pendant les deux premiers actes du drame, et on arriva sans encombre à la grande scène du conseil. On sait qu'au moment où tous les grands d'Espagne réunis se disposent à pignocher dans les caisses du gouvernement, Ruy-Blas apparaît brusque-

ment, vêtu de noir, la tête couverte, et jette au nez de ces ministres du 16 mai un : «Bon appétit, messieurs! » du plus saisissant effet.

Cette exclamation fut lancée avec une si rare puissance que la jeune grue, n'y tenant pas monta debout sur son fauteuil et se mit à agiter frénétiquement les deux mains en poussant des hurlements de joie.

Du coup, l'artiste s'arrêta. Il attendit patiemment la fin de cet enthousiasme, après quoi il marcha jusqu'au trou du souffleur, et là, très digne, la main dans le pourpoint, sans perdre un pouce de sa noblesse :

— Elle commence à nous emm...er, cellelà, déelara-t-il, je vas lui f... mon pied dans le c...

Un immense éclat de rire mêlé d'applaudissements accueillit ce discours sévère, mais justifié. Seule, mon aimable voisine parut le prendre de travers, et se mit à hurler : « Des excuses! des excuses! »

Ruy-Blas ne se le fit pas dire deux fois; il enleva sa main de son pourpoint, la dégagea du gant dont elle était couverte, et se tirant délicaLement la peau du cou avec deux doigts :

— Des excuses? dit-il, voilà.

Et tranquillement, il reprit :

Ah! ministres intègres Conseillers vertueux, voilà votre façon De servir, serviteurs qui pillez la maison!

J'ai retrouvé dernièrement dans un petit café de cabotins cet artiste encore plus distingué que ne le faisait prévoir l'affiche des Bouffes-du-Nord,

Attablé au milieu de quelques camarades, il dit au moment où j'entrai :

— Moi, j'ai joué Ruy-Blas comme personne, et j'y ai remporté un énorme succès.

Ses camarades se sont mis à sourire et ont paru ne pas le croire.

C'était pourtant la stricte vérité.

Georges Courtelinb.

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