‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 180 sur 243 · SOUVENIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR

lis s'étaient rous les deux, levés an petit jour, Pour chercher dans les bois le muguet et la fra Mais les herbes, le-, Heurs empoisonnaient l'amour. Kl les deux amoureux se Irouvaii ut mal à l'aise.

L'air iiin l'on respirait, ''tait troublant >■! 1> ard Il le ressentait, lui. dans son âme mauvaise. Vainement aux désirs il voulait rester sourd Car elle êtail jolie, en sa mine niaise.

l.a vierge, en se courbant, parfois semblait s'ofirir, II la prit dans ses bras, disant : 11 faut finir

— TTn baiser? — Je veux bien. Mai- avant, qu'il

[vous plaise

Me dire ce que j'ai grignol o matin. Alors, elle souffla de son museau mutin

— Oli ! c'est du roqnclort! —Vilain, c'est une fraise.

Alexis Bom ir.r..

VIIRCES DE PARIS

A Paul Doixi os.

Indifférente à (ont ce qui se passe alentour, Elle se promène lentement devant l'entrée 'lu

■ pnssnge » à l'heure où les camelots, encombrant la voie, hurlent à gueule que veux-tu les titres à sensation des dépêches publiées parles journaux du soir...

Petite, mais admirablement proportionnée', aux attaches d'une exquise finesse; grasse sans empâtement, bien râblée: une caille aristocratique.

Un visage d'une angélique suavité, au profil idéalement classique, sans le moindre tr.rd : les yeux cernés par les pleurs et ombra-

• urément longs : les cheveux

d'or — tmp blonds, d'une teinte surnaturelle — lissés en bandeaux à la vierge».. Une tête île vierge en effet : la vierge - aux sept douleurs telle qu'Henner la peindrait.

Tout de noir vêtue, avec la plus grande recherche, mais sans le plus petit falbala : la main gantée ie Suède; nul bijou : un deuil de haut goût. Pour coiffure, un immense nœud à l'Alsacienne ■ dont les pans lui ndenl aux hanches. .

Indifférent à tout ce qui se passe alentour, Elle se promène lentement, s'arrêtant aux kiosques où sont exposés les derniers numéros des feuille, patriotiques— le Drapeau — qu'Elle regard se, les yeux baignés de

larmes, tandis qu lots, enconfbrant

la voie, hurlenl à 'ueule que veux-tu titres à sensation ches publiées par

les journaux du soir.. .

Grand, brun, fortes i istaches retroussées, l'air -ee. la démarche hautaine, H étale crânement, avec des allure, de « sous-off . le ruban jaune qu'il a rapporté de là-] i ihàque soir, à '.a i bureaux, 11 a coutume de venir ainsi flâner le long du boulevard, posant pour 1 -. tout quand l'une il le d'un "-il alli'iic sa face de bellâtre.

Demeuré naïf, malgi rni-

son, au fond très chauvin — fanatique de M. Déroulèd*1 el de la Ligne, quand II l'ap nul — la pauvre petite -ans patrie • —, 11 sentit quelque chose qui lui donnait un grand

COUp au rour.

Et II se mit à la suivre machinalement, pendant que, devenus légion, les came!

encombrant la voie, huilaient à gueule que veux-tu les titres à sensation des dépêches publiées par les journaux du soir...

Tout d'abord, ce tut la comédie obligi les grands airs i d'impératrice offensée . l'inxïiffêrence voulue de- vierges inabordables qui ne daignent répondre — tandis que, pressant la poursuite, Il balbutiait tout I derrière Elle. les habituelles condol des chauvins : ■ Patrie mutilée... Pauvre France!... Avenir... Espoir... Revanche !...

Petit à petit, la suite accoutumée de telles aventures — les refus moins secs, moins nettement articulés; les soupirs étou consentements muets... Puis le bras qu'on accepte machinalement..» El la promenade à l'aventure qui amène toujours, comme par un immuable itinéraire, au fond d'un cabaret de bon ton...

Triste, très triste le diner!... toujours mélancolique, toujours rêveuse, Elle ne répond que par monosyllabes; ou, si Elle daigne causer, ne parle — avec un accent de terroir très pur — que des souvenirs bénis du village abandonné à jamais, des beaux jours passés au pays perdu.

Puis enfin, après une soirée au fond d'une baignoire, dans un théâtre de genre où tâcher d'oublier un peu le deuil toujours saignant, Elle consent à l'accompagner dans sa garçonnière — en amie...

Et lorsque, n'ayant plus la force de résister. à ses appétits, affolé d'amour. Il lui prend la taille pour l'entraîner sur le sofa où II vient de s'écrouler. Elle se dégage d'un geste rapide; et, tendant la main, pratique, avec un accent non déguisé de Provence qui pue l'ail et l'olive fraîche :

— « C'est pas tout ça,m'on vieux! Causons sérieusement. . Que qu'tu m'donnes?... »

Paul Mabion,

Autour du Lit : t>'l est le titre d'un curieux i't intérè^eanl volume que publie la librairie Dentd.

Dubut de Laforkst, dans une lettre préface, dit de ce livre : « La source joyeuse y coule à pleins bords, sous la clameur d'une ironie contenue, paTfois brutale, sauvage, et presque toujours d'une rare précision. »

L'auteur, M. Albert Df.i.vai.lk. est un jeune qui, à en juger par ce premier ouvrage, se placera certainement parmi les écrivains les plus remarquables de l'école naturaliste. Autour du Ut est, en effet, une œuvre piquante, originale, d'une galté amère, et qui se recommande d'elle-même à l'attention du public raffiné.

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