BALLADE POUR LES POÈTES ERRANTS
Cherchant des rimes et rêvant.
L'âme vierge et sans vilenie, Seuls, dans la rue au flot mouvant Nous errons — ô douce manie f — Nous irions jusqu'en Laponie Poursuivant des rythmes divers; Mais notre bourse nous renie, Nous autres, nous faisons des vers.
Fous, libres, joyeux et vivant Sans la moindre parcimonie, Le seul sourire décevant D'une fille qu'on croit béni»
Nous cause une extase infinie.
Mais l'amour a de durs revers, Pour en fuir la sombre ironie Nous autres, nous faisons des vers.
Ces vers; que nous jetons au vent, Nous valent plus d'une insomnie ; Leurs beautés? ah ! le plus souvint, On les méconnaît, on les nie.
Et nous, on nous excommunie...
Baste ! allons sous les arbres verts Chercher le calme et l'harmonie, Nous autres, nous faisons des vers.
ENVOI
Bourgeois à la panse garnie, Poursuis ton œuvre de pervers, Croupis dans ton ignominie,
Nous autres, nous faisons des vers.