LA LUNE
A Albert Duvioier,
Le colonel Ramollot a été en soirée chez le sous-préfet de la localité dans laquelle le régiment tient garnison. Il y avait là quelques officiers, le capitaine Lorgnegrut entre autres, et ce dernier cherchait à s'échapper sournoisement, mais le colonel avait l'œil dessus.
— Cap'taine! cap'taine : vous... vous obliquez?
— Mon colonel.il est tard, et... en effet... j'allais me retirer.
— Eh bien ! s'erongnieugnieu ! attendezmoi, je file avec vous, nous frons route ensemble, c'toujours plus agréable.
— Mais, mon colonel, je ne voudrais pas vous priver...
— Mais non, cap'taine, j'm'en f.. . ! j'en ai assez, n'danse plus moi. vous non plus, v'nez donc, nous caus'rons.
Bon gré, mal gré, Lorgnegrut dut attendre le colonel et partir avec lui.
— Ah ! f.. . ! ça semble bon un peu d'air, trouvez pas, cap'taine?
— Si, parfaitement, mon colonel, car il faisait vraiment bien chaud là-haut ; il ne serait peut-être même pas sain de nous attarder, on peut prendre froid, et le meilleur serait, je crois, de nous hâter de rentrer.
— Quoi rentrer? c'que vous m'f... là.
■ ap'taine ; v'n'êtes c'pendant pas décolleté, .1 inaugure...
— Non. mon colonel, mais...
— "V's'avez vot'e manteau, moi aussi, n'pouvez c'pendant pas d'mander pour rentrer qu'on vous f... une chauffrette !
— Oh! bien entendu, seulement...
— S'ment quoi, s'erongnieugnieu ! fait bon, fait sec, c't'un bon temps pour faire iin bout d'prom'nade. T'nez, n... de£...t l'sons l'grand tour, en marchant bon pas, ça nous rechaufTra. D'ailleurs vous engraissez , cap'taine , croyez - moi , faut inarcher. T'nez, r'gardez donc un peu làhaut.
— Quoi donc mon colonel ?
— Eh ! la lune donc, n... de D...! r'gardez-là, on dirai qu'a s'f... d'vous d'voir que vous voulez rentrer si vite que ça.
— Oh ! quant a ça, je doute fort que la lune se mêle de mes affaires.
— Enfin, n... de D... ! elle a l'air de rire, pas à tortiller. C'que ça peut bien être que o'te f... machine-la tout d'mème?
— Mais dame, mon colonel, c'est un astre comme bien d'autres.
— Parbleu! j'sais f... bien que c'n'est pas une guitare, s'ment c'est cette sacré* ligure qui est cocasse tout d'mème.
— Ce sont des taches, des ombres, si tous aimez mieux...
— Oh! ea, j'm'enf...!
— Ce so'nt des vallées, si vous préférez, alors elles sont naturellement moins lumineuses que les parties montagneuses qui...
— Quoi s'crongnieugnieu! montagnes, ■vallées? croyez donc aussi que la lune, c't'une machine comme la terre ?
— Oh! mon colonel, je... je ne sais pas, les savants affirment y avoir découvert des montagnes, des lacs, des...
— Oui, enfin des... des machines quoi ! j'ai entendu dire aussi par un tas de in'lons qu'il pourrait bien y avoir des habitants.
— Les uns disent oui, les autres disent Don. Ainsi on dit que la lune n'ayant pas d'atmosphère...
C'quiVen savent? c'que la lune est v'nue leur dire?
— Ah! mon colonel, je ne sais pas, je répète ce que disent les astronomes : ainsi, les uns prétendent que la lune n'a pas d'atmosphère et qu'en conséquence, on ne pourrait y vivre. Les autres disent que les parties hautes seraient inhabitables, en effet, mais que dans les vallées, il pourrait se faire qu'il y eût des habitants.
— Et vous croyez ça, vous! mais s'cron- •raieugnieu ! cap'taihe, vous m'renfoneez d'étonnement en stupéfaction, tendez bien «•'que j'vous parle. Des habitants dans la lune!...
— Mais, mon colonel, je...
— J'vous dis qu'non, n... de D...! et j'suis vraiment étonnant d'vous entendre «lire cette chose estupide. Si c'est pour ça qu'vous avez d'mandé a me r'conduire, v's'auriez tout aussi bien fait d'vous en aller d'vot'e côté.
— Je n'ai pas d'opinion là-dessus, mon colonel, et je serais désolé que vous supposiez...
— N'supposepas,m'sieu ! n'supposepas!
vous dites vous-même que vous n'en savez rien, c'est la c'qui m'froisse, s'crongnieugnieu !
— Mais dame, mon colonel, je ne suis pas astronome, moi, je n'y connais rien, et comme je ne peux pas monter dans la lune pour m'assurer du fait..;
— Mais n... de D...! est-ce que j'y suis monté, moi, dans la lune ? Non, pas vrai ? Kh bien ! moi, j'vous l'dis : n'y a pas d'habitants d'dans.
— Du moment que vous me le dites,mon colonel, je...
— IVs'agit pas dVa, s'crongnieugnieu!
quand vous s'rez là à m'dooner raison comme une tourte, c't'encore une façon de tn'dire d'vous f. . la paix, pas vrai?
— Ohl mon colonel, je...
— J vous dis qu'. i, n... de D....' et .i'n'aime pas ça f.. .! s'agit d'raisonner, pas aut'e chose. Si j'vous dis qui n'y a pas 'l'habitants, c'est parc'qué j'ai raisonné, moi, tendez bien la chose, et v'ià c'que je n.'si; i i dit .- S'il y avait des gens là d'dans,
où s'f ..-ils quand la lune n'est plus qu'un tout p'tit j...-f. .. décroissant?
— Un... ah ! oui, oui, parfaitement, mon colonel, je n'y avait pas songé.
— Parbleu, n... de D...! n'pensezjamais à rien. Allons, cap'taine. à demaimVment, pensez à c'que j'viens d'vous dire : Avant â'parler, ayez toujours soin arraisonner afin de n'pas dire des bêtises.
Charles Leroy.
NOUSJWTRES!
a Antonin Nègre.
Les femmes à qui nous donnons L'amour qui de nos coeurs déborde Valent bien mieux que vos guenons Bourgeois, infâme et sale horde,
Elles apportent leur gatté Eu échange de nos largesses, Largesses n'a jamais été Le synonyme de richesses
Les nôtres, ee sont les chansons Que nous jetons au vent qui passe.
Les strophes que nous rugissons, Qui volent, libres, dons l'espace.
Les rires clairs partant en jets Quand la tète bat la campagne, Les interminables projets Et les beaux châteaux en Espagne.
Et le soir des baisers fougueux,
Les voluptés et les caresses
Que nous prodiguons en vrais gueux
.1 nos folles enchanteresses.
Hélas ! cela ne suffit pas A res pauvres charmantes filles Et l'on voit leurs jeunes appas [voir honte de leurs guenilles.
Uors, ô bourgeois corrupteur, Tu viens, tremblant de convoitises.
Sous les prendre en triomphateur.
Ces filles que tu stigmatises.
De nos baisers chaudes encor, ivec un regret vague à l'âme, l'our toi, pour ton impudique or, Méprisant la âonfe et le blâme,
Elles s'en vont, nous laissant là, /'référant à l'or de nos rimes.
L'or que quelque boursier vola En promettant tic fortes primes.
C'est pour cela que nous souffrons 1.1 qu'on nous voit, parmi les foules.
Errer, lu tristesse a nos fronts Et dans nos ca-urs de sombres boules.
Grassouillet.
VIEILLES CHANSONS
En revenant de Saint-Alban
En revenant de Saint-Alban, lït ne vous estimez pas tant; Et ne vous zeste ziste zeste, Et ne vous estimez pas tant.
J'y ai rencontré un marchand :
— oue vendez-vous la, le marchand?
Et ne vous zeste ziste zeste,
Et ne vous estimez pas tant.
— Ce sont là des cœurs que je vends :
— Combien les vends-tu, le marchand ?
Et ne vous zeste ziste zeste,
Et ne vous estimez pas tant.
— Moi, je les donne aux jeunes gens, Mais aux plus vieux pour de l'argent; Et ne vous ze>te ziste zeste,
Et ne vous estimez pi' s tant.
Aux jeunes gens le paradis, Et pour les vieux, je les bénis, Et ne vous zeste ziste zeste, Et ne vous estimez pas tant.
— Tu peux bien t'en aller, marchand ; Tu n'auras guère de chalands :
Ft ne vous zeste ziste zeste, Et ne vous estimez pas tant.
NODULES PASCAL
A L'EXTRAIT DE BOURGEONS FRAIS DE SAPIN
l'I.s MONTAGNES DE LA GRANDE CHARTUEDSE
Ces Nodules contenant tous les principes naturels il ii goudron, de la térébenthine et de la créosote -ont le remède le plus agréable et le plus sur pour guérir en quelques jours les maux de gorge, les enrouements, les rhumes, la bronchite, l'asthme et les diverses maladies de poitrine.
Prix de l'étui de 80 Nodules : 2 fr. 50 (franco) 7 fr. les 3 étuis
Contre mandat-poste adressé à la P!<ar»tacie Cazin, 32, Faubourg-Montmartre, Paris.
CONSEIL A NOS ABONNES
Les Pilules Dêpuratives