L'AUTOPSIE
Le colonel Kamollot vient d'apprendre la nouvelle qu'un de ses vieux amis, le commandant Vermoulu, est très gravement malade. Il se rend immédiatement auprès de lui pour prendre de ses nouvelles :
— Eh bien ! scrongnieugnieu, mon vieux ! c'que c'est qu'celte sale histoire? comment toi, un vieux, un chaud, tu t'f... là dans l'ii comme une n... de D... d'poule mouillée, signifie ça. Et puis c'pas tout ca, c'est qu'tas une f... "gueule!
— Ah!... je... je souffre bien, n... deD...
— Souffre bien, souffre bien, c'pas une rai son, c'que tu m'f... là! on n'soufire pas, connais qu'ça. C'parce que tu souffres que ça t'rend malade, tu d'vrais...
— Mais... mais n...de D... c'pas ça... c'est, c'est parc'quej'suis... j'suis malade que... que j'souffre.
— Eh bien ! c'est c'que j'te dis, scrongnieugnieu? lu m'prends donc pour une tourte? C'qui dit, ta rosse de méd'ein? c'qui t'a tapé dans l'dos?
— Non... il... ne m'a pa- .. tain- dans l'dos, il m'a...
— C'ment ça ! c'ment ça. t'as un méd'ein qui n'te tipe' pas dan> l'dos, c'que c'est que c'saleméd'cin-là? mais toi,- [es njc-d'cins'-ous tapent dans l'dos. T'as-t'v l'ait f...du suif? n... de D...!
— Du suif!...
— Videmnient du suif, n'te dis pas d'ia... d'ia mélasse. Tu sais bien c'que c'est qu'du suif pas vrai, ça s'trouve après les chandelles; c'pas la mèche, tu comprends bien, c'est c'qui est autour, le gras, l'suifquoi!
— Mais... où veux-tu... qu'je me f... du suif n,.. de D...?
— J'n'en sais rien, n'suis pas méd'ein moi, c'pas mon affaire, s'ment a ta place j'aurais tout d'méme f .. du suif, du ben suif, pas d'ia bougie, vas pas t'tromper...
— Quand je m'f... du suif... c'que tu veux... qu'ça m'f...?
— N... de D..., ma;s c't'excellent ! ainsi moi ; quand j'ai des eng'lures, je m'f... du suif, ça m'i'ait beaucoup de bien, (.'.'que c'est qu'dés eng'lures ? c'lune p'tite maladie, t'en as une grande f...-toi plus d'suif. vlà tout, c'f... pas, difficile à comprendre.
— J'prends... j'prends des potions.
— Des... des potions.., tu as raison, oui les: potions c't'encore bon à c'qu'on dit, s'ment c'l'y des bonnes potions, car si tu t'f... des sales potions tu es f. .. !
— Ah!... je n'sais...je n'sais f...pas c'que... c'que c'est.
— Mais s'crongnieugnieu ! tu prends donc n'importe lequel sans "savoir! Enfin c'qui dit ton m'ion d'méd'cin, c'que tu as par le fait?
— Je... je n'sais pas n... de D..., l'mé... l'méd'cin dit qui... qui n'sait pas non plus... s'nient... parait qu'c'est grave.
— Y n'sait pas! y n'sait pas! on sait toujours n... de D... Ecoute, mon vieux, j'te va6 f... un conseil, s'ment faut l'suivre, tu comprends :
Tes potions, tout ça c'est d'ia blague, moi j'ai connu un individu qui avait la jambe cassée, on lui a r'mis et c't'animal-là n'a pas pris d'potion, j't'en f.. mon billet, Pour lors, tu vois qu'j'ai raison. Tout ça, ça t'f... des saletés dans l'estomac et ça t'encrasse des boyaux. Tu vas commencer par te purger, tu vas t'f... une bonne bouteille d'eau d'Sedlitz par le bec, ça va t'neltoyer, et quand tu s'ras bien propre en d'dans, d manière à c'qu'on y voie clair, tu t'f ras faire l'autopsie.
— L'au... l'autopsie...!
— Evidemment! Tu comprends qu'si l'méd'cin n'sait pas c'que tu as, n'peut f... pas t'soigner d'une manière susceptible de... de la chose, faut qui sache c't'homme n... de D..., faut être juste; c'ment veux-tu qui t'guérisse ?
— Mais n... deD... l'autopsie... n'peut pas... m'ia faire maint'nant.
— Pourquoi pas! mais s'pèce de tourte, au contraire : profite donc de c'que tu as l'temps. Qu'tu sois couché là à ne rien f... qu'à sucer des p'tites cuillers ou à t'faire faire l'autopsie, c'que ça peut t'faire, ça t'occupera et d'plus tu s'ras fixé sul'macbin d'ton... d'ton... affaire quoi.
— Mais... tu t'f... d'moi avec, ton autopsie!
— C'ment ça n... de D... ?
— On n'iafait qu'quand les gens... sont morts.
— Fait'ment! c'est justement là l'tort des particuliers. Sont là qui s'tortillent comme des brutes, font des yeux d'couenne, ('médecin n'sait pas c'qui z'ont. et au lieu d's'assurerd'la... d'ia chose s'iaissent crever comme des m'ions. Pour lors, quand y sont morts, l'méd'cin fait l'autopsie et .lit : Tiens, il avait avalé une fourchette.
C'bien malin c't'histoire-là. Pourquoi attendre? ça l'avance bien c'te tourte-la, d'savoir quand" il est mort c'qu'il avait dans l'ventre à l'époque de laquelle de son vivant.
— Tu... tu m'embêtes ! f...-moi la paix.
— C'ment ça jï'embête ! c'que tu m'f... là encore n... de D... ! pour lors tu aimes mieux crever que de t'faire faire...
— F... -moi la paix!
— Eh bien ! moi j'ie dis que tu n'es qu'une tourte, entends-tu c'que j'te parle. J'te f... l'inoyen d'te guérir et c'est comme ça qu'tu me r'cois !...
— Va donc t'faire f... avec... ton autopsie !
— Tu n'veux pas... c'bien entendu... eh bien! c'est bon n... de D...j'f... l'camp, s'ment quand tu s'ras mort tu verras qu'tu le r'grett'ras.
Et le colonel furieux quitta le commandant Vermoulu en murmurant tout le long de son chemin : nuelle tourte que c't'animal-là!
J'vous d'mande un peu c'que ça peut lui faire qu'on fasse son autopsie d'sôn vivant! quel sale caractère ! ! !
Charles LEROY.