JEANNETON LA DORMEUSE
Jeanneton prend sa faucille Pour aller couper du jonc, Mais quand sa botte fut faite, Verse à boire, verse à boire, Elle s'endormit au long.
Verse à boire et buvons donc.
Le premier qui la regarde Caressa son blanc menton.
Le second fut moins honnête, Verse à boire, verse à boire, Releva son blanc jupon.
Verse à boire et buvons donc.
Mais quand sa botte fut faite, Elle s'endormit au long.
Par le même chemin passent, Verse à boire, verse à boire, Trois chevaliers de renom.
Verse à boire et buvons donc.
Le second fut moins honnête Releva son blanc jupon.
Mais ce que fit le troisième, Verse à boire, verse à boire, N'est pas mis dans la chanson.
Verse à boire i.t buvons donc.
Par le même chemin passent Trois chevaliers de renom, Le premier qui la regarde, Verse à boire, verse à boire, Caressa son blanc menton.
Verse à boire et buvons donc.
Mais ce que fit le troisième N'est pas mis dans la chanson.
Au bout de neuf mois à peine, Verse à boire, verse à boire, Jeanneton eut un garçon.
Verse à boire et buvons donc.
Au bout de neuf mois à peine, Jeanneton eut un garçon Qu'on appela par la ville, Verse à boire, verse à boire, Le chevalier d'ia bott' de jonc.
Verse à boire et buvons donc.
EN VENTE
AUX BUREAUX DU JOURNAL
Les cinq premières années du " MIRLITON
1 volume broché 12 50
Envoi franco, contre mandai poste, à l'adresse de M. ARISTIDE BRUANT, 8i, Boulevard
Roc/iechouart, Paris.
La librairie Marpon et Flammarion, inaugure avec Potiron, de 6e nouvelle biblio-
thèque à 3 fr. 50, dite des auteurs j;ais. Et rien de plus yai. à coup sur, de plus joyeusement observé et pris sur le fait de la vie. que le dernier ouvrage de l'auteur du Train de t> h. 17. dee Gaftés de l'Escadron, du Cl' Chasseurs.
Potiron est un petit chef-d'œuvre de verve satirique et mordante. Ajoutons qu'il peut être mis dans toutes les mains : qualité rare, au temps i >ù i vivons!
était gai, galant et il s'oublia jusqu'à tapoter les joues d'Ernestine Gamahut en lui glissant dans l'oreille quelques propos salés.
La grosse fille riait.
— Tu sais, je le dirai à Louisa !
Mais il ne prenait pas garce à cetie menace.
— J'ai toujours eu un. béguin pour toi, tu sais bien, j'aime les grosses femmes, on ne se refait pas !
Puis, comme pris d'un remords, et pour se faire pardonner sa gaieté en un jour si néfaste, il paya une tournée à tous les assistants.
— Vous savez, je suis dans mes bonnes, profitez-en!
Enfin, à deux heures, il serra la main aux copains et reprit le chemin de la rue Saint-Sauveur.
— Dieu ! comme les rues sont tristes, quand y a pas de femmes ! Ma parole, on dirait une ville morte ! Mais les femmes, c'est la vie! C'est la prospérité, c'est le commerce! Et dire que personne veut comprendre ça ! Ah ! le gouvernement est bien injuste !
De loin en loin, il rencontrait des tournées de gardiens, et Alfred s'oubliait jusqu'à leur tailler une bazane, quand il les avait dépassés.
— Ah ! mes amis ! la liberté, y a rien comme ça pour rendie mariolle.
Et il continuait sa route en fredonnant :
Liberté, Liberté chérie I
Combats avec tes défenseurs I
Rue Saint-Sauveur, un va-et-vient d'ombres suspectes l'inquiéta un instant.
— Ah! ça! est-ce qu'y aurait eu auisi du pétard par là ? J'ai rien eu un nez de rentrer ma sœur !
Il sonna. La porte de son hôtel s'ouvrit et se referma aussitôt sur lui. Dans l'entrée, deux hommes, qui n'appartenaient pas au personnel de la maison.
Alfred-la-Guigne eut une minute d'hésitation, puis il prit sa clef au tableau et se disposa à monter.
— Où allez-vous ?
— Comment, où je vais ? C'te bêtise 1 Je rentre chez moi.
— C'est vous le locataire du sept.
— Bien sûr !
— Parfait ! nous sommes au complet.
Donnez-vous donc la peine de monter. On n'attend plus que vous !
— Alors... y a une descente?
Et, instinctivement, Alfred recula vers la porte.
— Permettez ! on ne sort plus!
— Ça y est ! le suis pincé ! Ça m'étonnait aussi que le treize se passait tranquillement. J'étais trop gai !
Alfred-la-Guigne, résigné, monta l'escalier.
Sur le palier des étages, des agents stationnaient.
— Et dire que c'est moi qu'ai fait rentrer ma pauvre frangine ! Enfin, ça devait arriver.
— Vous vous a[ pelez? demanda le commissaire en consultant le livre que lui tendait un inspecteur, tandis que Louisa Frisette pleurait silencieusement dans un coin.
— Alfred Bajois, dit la Guigne.
— Votre profession ?
— Garçon de café.
— Vous travaillez?
— Je fais les extras, mais pour le moment, je suis en grève.
— ■ Vous êtes marié ?
— Oh ! monsieur ! fit Alfred avec un geste de vertueuse révolte.
— Alors... cette femme?
— Madame est ma sœur.
— Ah !... très bien ! Vous pouvez descendre.
— Pardon, monsieur le commissaire, c'est-à-dire c'est ma sœur, sans être tout à fait ma sœur... C'est ma demi-sœur, et la pauvre fille... elle a plus que moi de f.imille... Vous aurez pas le cœur de l'emmener, n'est-ce pas, monsieur le commissaire ?
Puis, .comme le magistrat ne répondait pas.
— Descendons, va. Frisette! Vois-tu, c'est la loi qu'est cour me ça, on y peut rien. Et puis, d'ailleurs, c'est un treize, ça aurait été étonnant que ça soit autrement.
Mais Frisette n'écoutait pas. Elle sanglotait à fendre l'âme.
— C'est pas de veine tout de même!
Etre arrêtée pour avoir rien fait... C'est ça qui est dur!
— Louisa, dit Alfred, t'as pas tué, t'as pas volé, est-ce pas? Dans ce que tu es, tu es une honnête fille, eh bien! pourquoi que tu te désoles, t'as ta conscience pour toi. Va donc! on te coupera pas la tête.
Mais quand il eut vu sa sœur disparaître, emmenée par deux agents, et qu'il lui fallut lui-même suivre les gardiens, Alfred-la-Guigne, n'ayant plus personne à consoler, se départit de sa belle tranquillité :
— C'est rudement injuste tout de même, la loi du monde! 11 y en a vraiment qui sont nés sous une mauvaise étoile!... Plus moyen de choisir son métier! On lespecte même plus les bons sentiments... Vlà que c'est un crime de protéger sa sœur!
Et il prit philosophiquement le chemin du poste.
Oscar Méténier.
VIEILLES CHANSONS