‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 33 sur 243 · GEORGES COURTELINE · texte numérisé non relu

GEORGES COURTELINE

Un fort volume magnifiquement illustré

Marpon & Flammarion, Editeurs

km êmttos

D'une darne qui ùoulust satisfaire trop Ciste soi) aipoulreuse passion pour un iongleur et de ce qui en adCipst.

Quand fust venu le temps du spectacle, tout un chascun fust invisté à se seoir sus banquettes de velours [placées dans le iardin — et tost , emmy une belle pelouse, qui maulgré la froydure estoit toute viridante, vindrent les jongleurs qui feisrent tours de toutes sortes eomme ils ont accouteumé.

Il y en avoit surtout^ung qui estoit vesiu d'un mirifique vestement avec ung beau pourpris de soie cramoisie pailletée d'or qui se faisoit remarquer. Il estoit tout couvert de dentelles et avoist plus belle prestance que oneques ne vistes.

Toutes les dames n'avoient d'oeil que pour luy, ains pas une ne le mangioit de reguards comme faisoit la dame chastelaine, la soëfve et endiablée Musoh, qui avoit cueur plus ardent que on ne sçauroit dire. Aulsi notre iongleur n'avoit poinct fini ses tours que desia nostre dame, prinse pour luy d'irrésistible passion, le faisoit mander par sa chamberiére en ung petit réduict secret que elle avoit iouxte sa chambre.

Quand arriva nostre basteleur, il estoit tout esssouflé par les exercices que il avoit faicts et il suait à grosses gouttes, — fort mal en poinct pour ioyeulx esbatz d'amour. Il estoit accouteumé à ces faveurs, mais non de si brusque fasson et vouluntiers eust-il donné à tous les dyables la chastelaine et son amoureulse passion.

11 luy falloit ce pourtant s'exécuter et tost en vindrent-ils à ces mignardises qui sont prélude ordinaire de la chousette pour quell dames haultes ou ribauldes- ont tant grande appétence

Or ça qui fust quinaulde? Bien fust-ci la dame quand elle sentist l'odeur que exhaloit notre basteleur et le peu de vigueur qu'il avoist. Toute déconfitte et encholérée elle s'en fust lairrant le paouvie iongleur prins sans verd, raiuster en maulgréant Sun pourpoinct et sa peu vaillante braguette.

C'estoit feste ce soir-là, en l'hostel de gente et courtisanesque dame Musoh.

Elle avait prié à venir tous ses amys pour ce que cettuy iour elle voulloit leur faire véoir une trouppe de basteleurs, qui avait fort grand renom par tous pais de France et de Navarre.

Voillà pourquoy depuis ce temps plus iamais, ionglenrs ambulans, troubadours ne montreurs de bestes sauvages, ne sont repçus en l'hoste de dolce et soëfve dame Musoh, la gente courtisane.

HORTL'S.

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