‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 39 sur 243 · L'ÉPREUVE · texte numérisé non relu

L'ÉPREUVE

Wimines est un maigre village de bord de mer, en Artois. La plage est peu fréquentée. Quatre chalets seulement y reçoivent, l'été, quatre familles de baigneuis Parisiens.

Le village est pauvre: cultivateurs ou pêcheurs, les gens y vivent de presque rien.

Les filles, belles d'une forte beauté lioulonnaise, ont bon tempérament et les quelques jeunes gens des chalets, qui ont voulu en tater, n'ont point eu à se plaindre.

Les gens du pays, particulièrement naïfs, voient -du reste d'un œil complaisant leurs filles et sœurs s'en laisser conter par les jolis messieurs. C'est à leurs yeux un hommage rendu par ces Parisiens qu on dit si difficiles, aux charmes de leurs « matelotes », et ça les flatte, bonnes gens!

Aussi les mieux tournées, la Sébaslienne, la Florise, la Rousseaude, qui ont vu la farce, sontelles cotées au village, comme très bonnes à épouser.

Or, la fille du gardien du fort, Marianne, une jolie pâlotte, s'est toujours tenue en méfiance contre les chalets et a fermé l'oreille aux avances de ces messieurs de Paris.

C'est qu'elle était fiancée au fils de la méie Laurent, à Pierre, le cuirassier qui finissait sun congé.

Ça a été une fête au village quand Pièce est revenu, libéré. Comme il était beau ! comme Marianne était joyeuse, de tout son petit cœur; et comme un pouvait comprendre pourquoi elle était restée si modeste et vertueuse, et ce mbien elle en était fiere !

Mais, le soir de cette léte, le Pierre qui avait été charmant pour la Marianne tout le jour, ;'is; brusquement assombii à la suite d'un bout de causette avec deux vieux du village.

N'y pouvant plus tenir, obsédé par un visible souci, il a brusquement pris sa fiancée par les poignets et l'a entraînée dans un coin pour causer seuls.

— C'est vrai, c'qu'on m'a dit ?

— Quoi, mon Pierre ?

— Qu't'étais restée aussi nette que quand j't'ai dit adieu en partant pour le service !

— Ça pour sûr, mon Pieire... Tu peux demande! ...

— Eh Len, dans c'eas! Bonsoir! C'est fini entre nous deux! [Vrais ben bête d'en prendre une dont les antres n'ont pas voulu !

Camille de SAINTE-CROIX.

CABOCHONS PARISIENS

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A Camille de SAINTE-CROIX

Hier, il faisait froid, le vent soufflait dru. En passant vite dans je ne sais quelle petite rue sombre, le nez baissé, enfoui dans le collet de mon pardessus, cette phrase me tomba dans l'oreille : o Vraiment, ce pauvre garçon ne méritait pas que je lui fisse cela ». C'était dit d'une voix attendrie par une femme pendue au bras d'un homme et dont je distinguais, brouillées dans le noir de la rue, les silhouettes plus noires. L'homme répondit une banalité, une chose bête que je n'entendis pas et qui devait 1res certainement prouver que son prédécesseur dans le cœur de la dame- était un crétin.

Ces quelques mots d'une inconnue évoquèrent en moi une sorte d'attendrissementeurieux. Je revis tout un moment d'amour, [e me représentai une cohabitation très tendre, longue, passionnée, où trop souvent l'homme s'émascule dans les bras d'une gueuse; un collage OÙ les disputes féroces, que la faim ou la misère amènent, dépècent et sèchent le cœur. Puis les bassesses de l'homme qui, pour conserver une affection s'écoulant par les fentes d'un coeur las, se plie lâchement au ronronnement d'un même pot-au-feu et ferme les yeux sur sa dignité de mule. Puis encore la cage aux amours, le logis vide, les pleurs du souvenir, les morsures d'oreillers. Oh ! ce logis où l'amant lâché tourne avec les contorsious d'un ours domestiqué ; où, dans le bris ment de ses habitudes, il se remembre les appels d'amour la nuit, lèvre à lèvre, l'empreinte d'un c contre le sien, le ni"de préféré des étreii.' enfin toutes les choses qui tiennent à la | aux nerfs, à l'esprit, quand, par malheur, une chaii s'est fait sienne la Votre.

Quelles réflexions, mon cher ami, poui si i eu de chose ; car c'est bien la vie, la vraie vie. comme on la sent, comme on la voudrait 1 eindre. Cela équivaut au : Installe-toi !... j'irai te trouver demain, à l'aube ; alors nous arrangerons... » que vous faites dire par votre Ghita à Jacques Morin abiuti.

Hei.ri LETOURNEUR.

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