‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 51 sur 243 · MADEMOISELLE MÉSANGE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE MÉSANGE

j Willette.

Mademoiselle Mésange était une jolie fille de Montmartrc — et de dix-sept ans... Deux de ses amoureux étaient plus amoureux que I les amoureux : un peintre et un poète...

Le peintre l'aimait pour son nez retroussé, ses jolies manières, ses bas noirs, sa jupe courte, ses bras minces, et ses éternels sautillements d'oiseau qui lui avait valu le nom de Mésai

Le poète l'adorait pour ses moues d'enfant gâtée, ses es; . sa naïveté, sa gaité,

et son charmant caquet d'oiseau qui lui avaient aussi valu le nom de Mésange.

Le plus heureux était !<• peintre.

Mais à sautiller du Moulin de la Gai l'Elysée, d'un ruban ro-c- à une mantille crème, d'un atelier à une mansarde, riant de ci, chantant de là, becquetant toujours, voici que M"' Mésange sautilla d'un cœur à l'autre, du peintre au poète... Et une grande haine s'établit entre ces deux hommes, l'un jaloux du présent, l'autre jaloux du passé... Ils se seraient peut-être tués s'ils s'étaient rencontrés...

Mais le poète, comme le peintre, fut à son tour abandonné... M"' Mésange disparut un beau jour, comme elle était venue, sans préve nir personne, sans crier gare, ni bonjour, ni bonsoir.

Ht oneques Montmartre ne la revit et plus n'entendit-on parler d'elle, sauf qu'une fois le bruit courut qu'elle était morte... Où cela ? quand cela? personne n'en sut. Pauvre Misange ! avez-vous fait comme les oiseaux qui

(i)Cinq francs. (: Vingt francs.

1 t MIRLITON

se cachent pour mourir... les pattes en l'air?... Or, ilin'y a pas longtemps, le peintre et le poète se sont,rencontrés... Ces deux hommes qui s'étaient haïs si terriblement furent pris, en se regardant, d'une grande émotion, au souvenir du pauvre oiselet disparu... Leurs mains se touchèrent, et une bonne amitié naquit de cette seconde d'attendrissement.

George Herbert

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