‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 54 sur 243 · HUE ROCHECHOUART · texte numérisé non relu

HUE ROCHECHOUART

APEB.CU DES PRIX A 10 centimes

Soupes

Légumes

Desserts

A 20 centimes Bœuf garni Plats de viande de tous choix et poissons Côtelettes, Rôtis, Biftecks.

garnis 30 centimes

Volaille, gibier .... 40 centimes

Vin à 0.75 centimes le litre

Cidre à 0,40 c. le litre

OUVERTURE du CONCERT le 10 Avril A 8 heures

LE Mini

« "Vieilles Chansons

De terre en vigne Là voilà, la jolie vigne !

Vigni-vignons, vignons le vin, La voilà, la jolie vigne au vin

La voilà, la jolie vigne .'

De vigne en fleur La voilà, la jolie fleure!

-fleurons, fleurons le vin, La voilà, la jolie fleur au vin !

La voilà, la jolie fleure .'

De presse en tonne !

La voilà, la jolie tonne .' Tonni-tonnons, tonnon? le vin.

j ilà, la jolie tonne au vin,

La voilà, la jolie tonne.'

De tonne en cruche, La voila, la jolie cruche.' Cruchi-cruchons. cruchons le vin, La voilà, la jolie cruche au vin,

La voilà, la jolie cruche .'

De fleur en grappe La voilà, la jolie grappe !

Grappi-grappons, grappons le vin, La voilà, la jolie grappe au vin .'

La voilà, la jolie grappe I

grappe en cueille.

La voilà, la jolie cueille .' Cueilli-cueillons, cueillons le vin, La voilà, la jolie cueille au vin, L 1 \ oilà, la jolie cueille .'

De cruche en verre.

Le voilà, le joli verre !

Verri -verrons, verrons le vin; Le voilà, le joli verre au vin,

Le voilà, le joli verre !

1 )e verre en bouche, La voilà, la jolie bouche!

Bouchi-bouchons, bouchons le vin, La voilà, la jolie bouche au vin,

La voilà, la jolie bouche !

De cueille en hotte, La voilà, la jolie hotte .' Hotti-hottons, hottons le vin, La voilà, la jolie hotte au vin .'

La voilà, la jolie hotte.'

De bouche en ventre, Le voilà, le joli ventre !

Ventri-ventrons, ventrons le vin, Le voilà, le joli ventre au vin.

Le voilà, le joli ventre !

De hotte en cu\ e La voilà, la jolie cuve .' Cuvi-cuvons, cuvons le vin, La voilà, la jolie cuve au vin,

La voilà, la jolie cuve !

I >e \ entre en pisse La \ "ilà, la jolie pi- Pissi-pissons, pissons le vin, La voilà, la jolie pisse au vin,

La voilà, la jolie pis

De cuve en presse La voilà, la jolie presse !

Pressi-pressons, pressons le vin, La voilà, la jolie presse au vin,

La voilà, la jolie presse .'

De pisse en terre.

La voilà, la jolie terre !

Terri-terrons, terrons le vin, La voilà, la jolie terre au vin,

La voilà, la jolie terre .'

De terre en vigne La voilà, la jolie vigne !

Vigni-vignons, vignons le vm.

La voilà, la jolie vigneau vin,

La voilà, la jolie vigne.

Le Gérant : A. Bruant.

Cooptation typographique. ;jssour.i ?S. nie Sjint-Uure.Ch. Dumont, directeur

Deuxième Année. — N" 16. iv.ix : 10 centimes. 21 Avril 1886.

PARAISSANT TOUS LES SAMEDIS Paris, un an: 6 fr. — Bureaui : Moulevar I RoRuerliouart, Mi. au cabaret Ju . Mirliton » — Départements, un an : 8 fr.

Rédacteur en cluf: Directeur : Secrétaire de la Rédaction:

Camille de Sainte-Choix ARISTIDE BRUANT Georges Courteline

AVRIL, pai- Jean CAILLOU

Cochon d'temps!... y a pas môme un lapin dehors.

La Meilleure Bière est la Bière de Sapin

FANTAISIES

A Uz ■-.

Alléluia

Alléluia! Alléluia! Alléluia!

A VElysè' Montmartre, un soir.

r an à" fill' plat' comme un rasoir, Cherchait c'qu'on cherch'dam c'te boit'. là

Alléluia !

Alléluia! Alléluia ! Alléluia !

/://" n'était pas tout c qu'y' a J' mieux, MaiscommeelVn'travaillaitqudans Vvieux EU' turbinait, par ci, par là.

Alléluia !

Alléluia! Alléluia! Alluia!

Elle aperçut un vieux pas beau :

De loin, on aurait dit du veau.

Ça n'empêch' pas qu'ell' l'aborda Alléluia !

Alléluia ! Alléluia ! Ail

Vide, Monsieur, vide mes mains.

Vide nies pieds, vide mes seins, Ma taill', m.: tera.

Alléluia !

Alléluia ! Alléluia ! Alléluia !

Quand le Monsieur eut vu tout ta.

On n' sait /-as ce qu'il eu pensa.

Mais il paraît qu'il s'écria :

Alléluia !

Alléluia! Alléluia! Alléluia !

Aussi, voulant juger J' plus :

Tous ees appas, tous ees attraits.

A . : . la r. . .e il se trotta.'^ Alléluia !

Alléluia ! Alléluia ! Alléluia !

La suit'... je u' la connais pas bien... Mais je connais un pharmacien Qui prétend que 1' vieux en criv'ra.

Alléluia !

Allel I \!i lu a ' Alléluia!

Aristide BRI im .

CONTES SECS

k -roi.

V;i<lroiiîll<*

C'est un soir, à l'Elvsée-Montmartre, qu'elle fut subjuguée vers l'heure du cinquième quadrille, par sa moustache gaie, son parler faubourien, son humeur aimable, ses yeux tendres. Apres qu'ils eurent valsé une fois encore, elle léclara fatiguée et voulut sortir. Ils allèrent boire un grog à Y Aquarium où legTOs Joseph, devinant affaire d'amour, les case tout au fond. Ils causèrent.

— M 'semblait bien que j'te connaissais I T'étais d'Ia bande au grand Bob, pas?

— Oui, fit-il... c'était toi sa rombiérer

— Quéqu'tu veux!... Un pépin!...

— Bah!... il savait entortiller!... Moi j'étai* vile dev'nu -<>n copain... Alors, dans l'fric frac de la rue Cambon, c'était toi la femme qu'a donné l'coup d'fion?... c'estdrôl'l. . lets pas !...

— Si ! Si ! va, c'est ben moi f

— Bon! Bon! rentrons-nous, hein

Ils reprirent le fiacre qui l'avait amené. Il dit simplement au cocher :

— Je rentre ! — et on roula.

Le fiacre prit la rue de Dunkerque, pui- le . ard Magenta.

— Où qu'nous allons? dit-elle regardant par la portière.

— Chez moi !

— Ou qu'c'est !

— D'I'aut' côté d'I'eau !

— Où qu'ça s'ra, ça s'ra bien, pourvu que

avec toi !

Et ils s'embrassèrent longuement.

Le fiacre' suivit le boulevard de Strasbourg.

ies grands et fila droit jusqu'à la Seine. Il tourna à droite.

— Ben quoi !... On s'arrête !... On n'est pa> au quartier ?

— Non, ma chatte!... on est sur le quai.

Et il lui saisit les poignets pendant que la voiture entrait au Dépôt parla grande p

— A la Préfecture!... Nom de Dieu! eriat'elle.

Il la prit à bras-le corps, la descendit et la remit aux gardiens.

— Abruti !.., eria-t'elle, tandis qu'on l'emportait, tu pouvais pas attendre au matin?-... Au m. ins s's'rait aimé c'soir... quitte à s'fàcher demain, après qu'tu m'aurais fait coffrer...

-■ (,'•'• c'est vrai que j'suis un "bétel... murmura l'agent pensif.

Camille de Sainte-Croix.

SANGUINES ET FUSAINS

à Aristide Bruant,

l'ai eu beaucoup de bonnes fortunes... dans le genre de celle que je vais dire.

C'était l'année dernière, ou l'autre.

J'avais eu cette singulière curiosité d'aller à l'Ecole des Beaux- Arts contempler les concours de peinture du Prix de Rome. On ne sait où le désœuvrement vous conduirait

Dans la longue salle d'exposition qu'éclaire le jour mat du châssis, j'errais accablé, àme en peine, mendiant en vain autour de moi quelque chose qui ne fut pas absolument l'Ecole, quelque chose qui ne fut pas l'art dans sa probité stricte et niaise, quelque chose qui reposât mes yeux de l'éternel et haïssable raccourci, ce carré de l'hypothénuse de la peinture.

Je m'arrêtai enfin, faute de mieux, devant une composition un peu moins piètre que les autres, dont le semblant d'audace qu'exagérait encore ma bonne volonté, prenait une espèce de relief au milieu des banalités insipides qui l'entouraient, et je m'y cramponnais de toutes mes forces, quand une voix douce me dit:

— Je vous demande pardon, monsieur, de qui est ce tableau, je vous prie ?

Je tournai hâtivement la tête.

La personne qui m'avait parlé était une exquise jeune femme.

Elle avait ce charme troublant qu'ont les blondes, très blondes, en deuil , et je la reconnus pour parisienne de race, rien qu'à l'odeur de sa voilette. Jolie ? peut-être moins que cela, mais à coup sûr beaucoup plus, avec ses yeux couleur de beau temps, trop petits, et sa bouche comparable à une fleur un peu grande, à une fleur qui eut souri; d'ailleurs suprêmement désirable dans cette élégante minceur à laquelle les vrais experts ne se trompent pas et reconnaissent du premier coup ce rare et précieux joyaux : la fausse maigre.

Elle reprit :

— Le nom de l'artiste, s'il vous plaît? Ces tableaux ne sont pas signés, c'est ennuyeux.

]e renseignai la jeune femme, et je m'attendais de sa part à un remerciement banal, mais elle lit simplement: « Ah! » et elle demeura, la tête un peu levée, une mince lumière arrêtée aux lignes fines de son profil. Puis, au bout d'un instant :

— Il est bien, ce tableau.

— Meilleur, dis-je, que tous les autres. Elle me regarda :

— Vous êtes artiste, monsieur?

Je commençai à m'étonner de l'insistance qu'elle semblait mettre à lier connaissance avec moi. Il y a, au fond de tout homme, un paon prêt à faire la roue; et .la pensée d'une conquête facile me vint tout de suite à l'esprit. J'exposai à ma jeune voisine que je n'avais pas la gloire d'être artiste, mais que je me ferais une joie de mettre mes faibles lumières au service de son inexpérience.

— Vraiment, dit-elle alors gaiement, vous auriez cette complaisance? Eh bien, tant pis pour vous, j'accepte. Figurez-vous que j'adore la peinture et que je n'y connais rien du tout; c'est ridicule.

D'elle-même elle s'était emparé de mon bras et nous allions d'une toile à l'autre, causant et riant, en camarades. Elle avait un jugement très fin, bien que pas très juste toujours, et un esprit un peu méchant dont elle s'amusait la première et qui, un moment, lui fit dire:

— Je ne vaux pas cher, n'est-ce pas ?

Moi je pensais: Elle est adorable, cette petite femme-là! Quelle bonne idée j'ai eue de venir aux Beaux-Arts !

J'en étais, en moins de dix minutes, devenu amoureux comme une bête.

Quand nous sortimes, elle eut un petit cri de surprise :

— Oh! Comme il fait beau, voyez donc ! C'était une esquise fin de journée, un ciel

léger, sans un nuage, d'où le soleil était parti.

— Oui, répondis-je, un temps superbe.

Et, la regardant bien en face :

— Si nous allions dîner à Meudon, voulezvous ?

Subitement, elle était devenue très grave :

— A Meudon? Oh, je vous remercie, je ne puis pas.

— Vous ne pouvez pas, m'écriais-je, et pourquoi ne pouvez-vous pas?

— Parceque, me dit ma compagne en dégageant de mon bras sa fine main gantée, parce qu'on m'attend pour diner. Je suis... l'amie du jeune peintre dont je vous ai demandé le nom tout à l'heure.

J'ai eu beaucoup de bonnes fortunes... dans ce genre.

Georges Courteline.

BONNES VIEILLES BLAGUES

Page 1