‹ Le Mirliton (volume 3)Chapitre 6 sur 243 · TOUCHANT SOUVENIR · texte numérisé non relu

TOUCHANT SOUVENIR

- Le jour de l'enterrement de Victor Hugo, le poète national, lui, Gugusse, au lieu de louer un balcon, une fenêtre ou une gouttière au

huitième étage, avait jugé meilleur et plus profitable de décrocher chez son patron une échelle double et de l'emporter sur ses épaules jusqu'à la rue Soufrlot, juste en face le Panthéon, une place superbe.

Là, il établit avec soin son instrument, et, bon ficu, invita toutes les petites dames empanachées du quartier, à monter. Lui, à seule fin de maintenir l'équilibre, resta dessous. Et des petites dames, il en grimpa beaucoup de toutes les couleurs.

Pendant tout le défilé, Gugusse regarda de tous ses yeux. Et quand ce fut fini, et que toutes ses clientes eurent dégringolé les échelons, il emporta avec discrétion son échelle.

Et depuis, chaque fois qu'on parle devant lui de l'enterrement du grand homme, il éclate jusqu'aux oreilles d'un large rire et s'écrie: « Ah! j'en ai-t-y vu! j'en ai-t-y vu ! » Et quand on lui demande ce qu'il a vu.il répond, goguenard :

— Des uniformes, parbleu!

Louis MARSOLLEA'U.

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