‹ Le MirlitonChapitre 12 sur 47 · STANCES DE RONSARD · texte numérisé non relu

STANCES DE RONSARD

Quand au temple nous serons Agenouillez, nous ferons Les dévots, selon la guise De ceux qui pour louer Dieu Humbles, se courbent au lieu Le plus secret de l'église.

Mais quant au lict nous serons

Entrelacez, nous ferons

Les lascifs, selon les guises

Des amants, qui librement

Pratiquent folastrement

Dans les draps cent mignardises.

Pourquoi doncque quand je veux Ou mordre tes beaux cheveux, Ou baiser ta bouche aimée, Ou toucher à ton beau sein, Contrefais-tu la nonnain Dedans un cloître enfermée?

Après ton dernier trespas, Gresle, tu n'auras là-bas Qu'une bouchette blesmie, Et quand, mort, je te verrois Aux ombres je n'avou'rois Que jadis tu fus m'amie.

Ton test n'aura plus de peau, Ny ton visage si beau N'aura veines ny artères ; Tu n'auras plus que des dents Telles qu'on les void dedans Les testes des cimeteres.

Doncques, tandis que tu vis, Change, maistresse, d'advis, Et ne m'espargne ta bouche ; Incontinent, tu mourras :

Lors tu te repentiras De m'avoir esté farouche.

Pour qui gardes-tu tes yeux Et ton sein délicieux, Ta joue et ta bouche belle ?

En veux-tu baiser Pluton Là-bas, après que Charon T'aura mise en sa nacelle?

Ah ! Je meurs ! ah ! baise-moy !

Ah! maistresse, approche-toy!

Tu fuis comme fan qui tremble ; Au moins, souffre que ma main S'esbate un peu dans ton sein, Ou plus ba?, si bon te semble.

JOURNAL ILLUSTRE

Paraissant très irrégulièrement une douzaine de fois par an

ABO.\XEME\TS Paris, un an : 3 fr. j Départements, nn an : 5 fr.

84, Boul. Rochecliouart, à Paris. — Directeur Aristide Bruant.

Dans la Rue

(Chansons et Monologues)

PAR

Aristide BRUANT

Dessins de Steinlen

1 vol. in-12 de 210 pages in- 18 Jésus, couverture

en ci luleur, 3 fr. 50

(Envoi franco contre mandat poste à l'adresse de lit

Aristide BRUANT, 84, boulevard Rochecliouart, Paris)

Le Gérant, Aristide BRUANT.

imp. Pairaolt A 0,3, PassageNollet.— Parit

Le père Paradis se leva tout d'une pièce. Il était dégrisé.

— Et le recours? fit-il tout pâle.

— Le recours? Allons donc, le bêcheur l'avait trop bien écorné! Est-ce qu'il y a des recours pour ceux qui turbinent proprement ! Oh ! dam ! pour ceux qui sabotent l'ouvrage, pour les pégriois, ça ne rate pas ! Mais les autres!... Ah! tenez, le inonde me dégoûte ! conclut Auguste en repoussant son assiette.

— Dis donc? lia pas jaspiné au moins?

— Macaroner! Pour qui que tu le prends ?

Visiblement soulagé, le père Paradis se rassit.

— Alors, tu l'as vu ?... De près ? A-

t-il été crâne ?

— Oh! faut avoir un rude cœur au ventre pour pas caner, quand on va mettre le nez à la fenêtre !... Je l'ai vu, oui, je l'ai vu de près !... fit Auguste, dont la voix qui voulait être gouailleuse, s'étranglait un peu. J'ai su hier, que c'était pour ce matin. En route pour la Grand'PUce ! Pauvie Guigne-à-Gauche, j'pouvais pas le laisser partir comme ça... C'était un poteau, un vrai, un social, quoi ! Pas son pareil pour la faire au père François ! Et on dit qu'il y a une justice! Place de la Roquette, j'suis monté dans un arbre,, personne m'a vu. A minuit, les railles ont rappliqué, puis les hussards de la veuve... Ils ont servi le trèpe, mais j'étais dedans.. .Quan.l les journalisses sont arrivé-, j'suis descendu et resté d'autor et d'achar avec eux... Les journalisses ! une jolie race ! Tas de faiseurs ! Tas de casseroles ! lis ont jaboté jnsqu'à ce matin! Us jetaient la pierre à Guigne-à-Gauche! Ils disaient que c'était bien fait! En v'ià des égoïstes! Après tout quoi... qu'est ce qu'on lui reproche à Gnigne-à-Gauche? Il a défendu sa viande! Il a escarpe un pante, qui lui fourrait sous le blair un crucifix à ressort-, pendant un friefrac de floquot... En v'ià une affaire!... Vos journalisses, si on venait les moucharder, quand ils sont sur le turbin et qu'ils se défendent, on leur voterait des remerciements... Nous autres, on nous mène à la Butte !... Vlà la justice!...

— C'est pourtant vrai ! dit Mélie convaincue.

— Et on dit qu'on est en République!

articula péniblement le père Paradis, mais la liberté du travail, où qu'elle est ?

— Tout ça c'est bien triste et nous vivons dans un fichu temps ! soupira la mère Félicité.

— Enfin, continua Auguste, j'ai battu comtois... C'était dur... fallait de l'atout ! Sur le coup de trois plombes, v'ià le butteur qu'arrive... Encore un que je voudrais voir jouer à la main chaude... Il n'a pas été fenasse, il a débâclé sa roulante, tiré son sac, une montante, et vTà la butte dressée!... A côté, la boîte aux dominos... Dire que c'est là deJans qu'on va foutre

un zig qu'avait pus de battant que toute la vade qui grouillait autour de moi ! Tout d'un coup le jour est venu... le ravoir brillait, un vrai miroir à alouettes!... De tous côtes les cognes et sergots s'empilaient. Je suis collé, en avant, près de la porte, pour le voir passer... Les légumes sont arrivés, les b;icules,le grand Condé... Ils donnaient des ordres... En vlà des histoires pour estourbir un pauvre diable qui a voulu défendre sa peau!... Cinq plombes crûssent... La Roquette s'ouvre toute grande... Tous les journalisses taffaient derrière moi... J'en ai mouché un qui m'écrasait les fumerons... autant d'aquigé!... Et puis Guigne-à-Gauche a paru... ligotté .. Il avait bougrement l'air de se fendre l'arche, Guigne-à-Gauche, il balançait ses châsses... Il m'a dégoté... Il m'a fait signe... Moi, ça m'a retourné ! Puis il a levé le nez et il a vu le rasoir .. qui reluisait... Alors il s'est mis à bicler de la mirette et puis il a continu '■ à marcher... chenûment... Ah! on peut dire qu'il a défilé la parade... crânement! Il taffait pas tant que les muffles qui me soufflaient dans le dos !... Quand il a été sur le lève-pieds, au ba-; de la Butte, le babillard qui bigottait tout bas... Va embrassé... Ça c'est bien! Un coup debascule...Brrrrrrrr!... Pchcht ! un jet de raisiné... Ec puis, j'ai pus rien vu... mes yeux papillotaient... Quand je les ai ouverts, tout rufait autour de moi, le butteur... les cognes, les lignards... et l'omnibus à coni avait déjà démarré!... Pauvre Guigne-à-Gauche !...

Auguste essuya une larme.

— Moi, j'aime pas entendre ces histoires-là, dit Amélie, au milieu du silence qui avait suivi le récit de son frère, ça me fait mal au ventre!

— Moi ! ça me démange sur le cou, dit Alexis en se grattant la nuque.

— Mes enfants, dit le père Paradis, qui essaya de se lever, que ceci vous soit une leçon... Icigo... voyez-vous... faut compter que sur soi... Si vous comptez sur les autres... ils vous font comme à Guigne-/.- Gauche... toujours les exploiteurs!...

— Quant à ça, on peut dire qu'il a été salement exploité, Guigne-à-Gauche, déclara Alexis.

— Tache de pas rigoler, sale môme !

cria Auguste.

(à suivre).

Oscar Métémer.

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