QUE PORTES-TU DANS TON GIRON
A Paris sur le petit pont, Sur le bord d'une fontaine, Mon père a fait bâtir maison,
Tuton, tuton, tutaine ; Levez belle votre cotillon, Il est si long qu'il traîne.
Mon père a fait bâtir maison, Sur le bord d'une fontaine, Et les charpentiers qui la font,
Tuton, tuton, tutaine ; Levez belle votre cotillon, Il est si long qu'il traîne.
Et les charpentiers qui la font;
Sur le bord d'une fontaine,
Ils m'ont tous demandé mon nom,
Tuton, tuton, tutaine; Levez belle votre cotillon, Il est si long qu'il tiaîne.
Ils m'ont tous demandé mon nom Sur le bord d'une fontaine, Marguerite, c'est mon vrai nom,
Tuton, tuton, tutaine ; Levez belle votre cotillon, Il est si long qu'il traîne.
Marguerite, c'est mon vrai nom ; Sur le bord d'une fontaine, Que portes-tu dans ton giron ?
Tuton, tuton, tutaine ; Levez belle votre cotillon, Il est si long qu'il traîne.
Que portes-tu dans t^n giron?
Sur le bord d'une fontaine, C'est un pâté de trois pigeons,
Tuton, tuton, tutaine; Levez belle votre cotillon, Il est ;>i long qu'il traîne.
C'est un pâté de trois pigeons, Sur le bord d'une fontaine, A sis-toi, nous le mangerons,
Tuton, tuton, tutaine; Levez belle votre cotillon, Il est si long qu'il traîne.
JOURNAL ILLUSTRE
Paraissant très irrégulièrement une douzaine de fuis par an
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l'aris, un an: 3 fr. Départements, un an : 5 l'r. 84, Boul. Rochechouart, à Paris. — Directeur Aristide Bruant.
Dans la Rue
(Chansons et Monologues)
Aristide BRUANT
Dessins de Steinlen
1 vol. in-12 de 210 pages in-i8 jésus, couverture
en couleur. 3 fr. 50
(Envoi franco contre mandat poste à l'adresse de M.
Aristide BRUANT, 84, boulevard Rochechouart, Paris)
Le Gérant, Aristide BRUANT.
Imp. Pahuolt 4 0,3, PaisageNollet.— Parti
et dédaigneux, eux, humbles en apparence, furieux au fond.
Une très vieille maison, à haute porte cochère, au-dessus de laquelle, sur une plaque de marbre noir, on lit ces mots gravés: "Hôtel Colbcrt », a donné son nom à la rue puante et noire, qui va de la rue Galande au quai Montebello.
Dans cet hôtel, habité maintenant par un monde louche, Napoléon avait élu domicile. Il tira le cordon.
Les trois hommes pénétrèrent dans une cour vaste, assez claire. Sous les ravons de la lune se détachaient blafards, aux pans de mur de l'hôtel, des reliefs allégoriques: la Peinture, la, Musique, la Sculpture, l'Architecture. Un silence planait effrayant et mystérieux.
Napoléon ayant allumé un rat de cave, s'engagea le premier dans un monumental escalier aux larges marches de granit, usées par le frottement. Non sans une émotion vague qu'il s'efforçait en vain de réprimer, Marius suivit, s'appuyant sur la rampe de fer ouvragé, datant de Louis XIV, qui courrait le long de cet escalier. Il était loin, le temps où le ministre du Roi-Soleil montait ces mêmes étages, tandis que, poudrés, des candélabres en mains, des laquais faisaient la haie !
Au cinquième, Napoléon s'arrêta. Il ouvrit la porte de son logement, composé d'une chambre et d'une cuisine. C'était décidément un homme d'ordre que ce Napoléon ! Et, du reste, ce logement pour lui était une sauvegarde. Que de fois chez le quart d'oeil, véhémentement soupçonné, ne s'en était-il pas tiré, en exhibant des quittances de loyer et en protestant d'un air indigné :
— J'suis un homme rangé, monsieur le commissaire, j'suis dans mes bois et je pave mon terme !
Marius promena autour de lui son regard; le logement, vaguement éclairé par le rat de cave, paraissait propre; il était vide.
— Vous êtes chez vous, dit alors Napoléon, qui alluma une petite lampe à essence.
Pendant que le poète, accoudé à la haute fenêtre donnant sur la cour, allumait une cigarette pour se donner une contenance, le barbe changea les draps du lit.
Tous trois gardaient le silence, la poitrine serrée, chacun se sentant mal à l'aise, mais n'en voulant rien laisser paraître.
— Vous n'avez plus qu'à vous coucher, monsieur! dit enfin Napoléon, grimaçant un sourire ; tout à l'heure, vous serez servi. Viens-tu, Nicolas?
Marius n'avait jamais éprouve d'émotion plus violente. Il sentait des menaces sous cette cauteleuse servilité et la face blême de Nicolas l'avait frappé. II eut néanmoins la force de réagir; il ne se départit pas une minute de sa dédaigneuseethautaine tenue.
— Nicolas, déshabille-moi !
Napoléon n'insista pas. Il serra la main
du lutteur, grinça un: « A tout à l'heure! » et sortit seul.
Une sueur au front, brûlant de tout dire, Nicolas-le-Boucher, plein de remords, déshabilla le poète, qui, le regard perdu, fumait toujours. Quand Marius fut au lit, il le borda soigneusement avec des soins de mère, puis il hésita. Il se demanda s'il ne devait pas rester et le défendre quand même contre Napoléon, mais il eut la vision de la femme aperçue un soir au bras de Marius. Il serra les dents et sortit à son tour.
Sur le palier, Napoléon attendait.
— Eh bien ?
— Ça y est! Il est au chenof! Mais, dis, si on le laissait?
— Est-ce que tu canerais, par hasard ? demanda Napoléon. Mais ce type-là rigolerait trop de notre fiole? T'as donc pas de cœur? Il est au lit, n'est-ce pas? Eh bien ! arrive ! Tu vas voir si j'ai de la littérature !
Le grand Napoléon, plus instruit que le commun de ses pareils, avait été jadis saute-ruisseau.
— Eh bien? fit Marius Dauriat stupéfait devoir les deux hommes rentrer seuls.
Mais Napoléon ne répondit pas. Sans même daigner regarder le poète, il se dirigea vers le meuble où s'étalaient les vêtements de son hôte. Il prit le pantalon, le gilet et la chemise, s'assura de la présence des diamants aux boutonnières, de l'argent dans les goussets.
Impassible et encouragé par l'exeuple, Nicolas avait ramassé les bas de soie et les bottines de son ami, décroché le pardessus de fourrures pendu au porte-mnnteau.
Marius, livide, se dressa sur son séant. Quand il vit les deux hommes, toujours silencieux, s'apprêter à soriir comme ils étaient entrés :
— Que signifie?
— Ça signifie, monsieur, répliqua Napoléon, qui se retourna narquois, que notre conscience s'est enfin révoltée. Nous ne servirons pas plus longtemps vos penchants libidineux et nous avons pris la résolution de mettre, au moins pour ce
soir, un frein à vos dépravations Nous
vous laissons votre habit, votre chapeau et jusqu'à votre belle chemise de flanelle rouge. Que vous faut-il de plus ? Nous avons bien l'honneur, monsieur, de vous saluer!
Et l'ex-clerc de notaire s'inclina profondément.
Mais cette tirade avait fouetté le sang de Marius.
— Vous êtes des lâches, cria-t-il et il s'élança hors du lit.
Napoléon avait prévu l'attaque.
(à suivre). Oscar Mitinier.
LE MIKLlï'nN
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