VOUS N'Y COMPRENEZ RIEN
Il était un bonhomme Qui bottelait du foin Avecque sa voisine Qui n'en était pas loin.
Attendez à demain, mon voisin, Attendez à demain.
Et au bout de deux heures Il la prit par la main, Laissez cela, bonhomme, Vous n'y comprenez lien.
Attend) z à demain, mon voisin, Attendez à demain.
Avecque sa voisine Qui n'en était pas loin.
Il y fut bien deux heures Sans lui parler de tien.
Attendez à demain, mon voisin, Attendez à demain.
Laissez cela, bonhomme, Vous n'y comprenez rien; Laissez cette besogne A mon petit voisin.
Attendez à demain, mon voisin, Attendez à demain.
Il y fat bien deux heures Sans lui parler de rien.
Et au bout de deux heures Il la prit par la main.
Attendez à demain, moi voisin, Attendez à demain.
Laissez cette besogne
A mon petit voisin.
C'est lui qui la gouverne
Le soir et le matin.
Attendez à demain, mon vo sir,
Attendez à demain.
ue
Envoi franco contre mandat poste à l adresse de M. Ai
Le Gérant, AajsupE BRUANT.
CHANSONS
ET
MONOLOGUES
PAR
ARISTIDE BRUANT
DESSINS de
STEINLEN
Prix: 3 fr. 50
BBVAST, 84, boulevard Rochcchouart, PAI IS Irop. PAIRAULT et Cie, 3, passage Mollet, Paris
LE Mll'.LITON
une baffre!... Eh bien! tu nie croiras, si tu veux, j'ai pas osé! J'avais pus de courage à rien, j'ai boulotte mes quatre sou';... Tout d'même, hier, j'y ai écrit une babillarde urf... j'sais pas quelle tronche qu'il aura faite en dégotant mon charibotage. N'importe, j'ai l'air de ne rien savoir et j'y donne rendez-vous ici, où il est venu cinquante fois déjà. Affaire importante. Y m'a fait réponse qu'il rappliquerait à la sortie de l'Op'Com'. J'suis sans oseille... faut que ça finisse; qui qu'y faut faire?
— Dam! ça vaudrait presqu'un coup de scionnage! prononça gravement Napoléon.
— Oh! non, pas de lingue! J'suis honnête dans c'que je suis... Après tout c'est un ancien aminche!
— T'as raison! D'autant plus que la rousse est si curieuse et les glaces si feignants! Etpuis, Bamboula débagoulerait!
Tu dis donc qu'il t'faut de l'oseille... Dis donc, est-il frusqué un peu chouettement?
— Ah! mon vieux! Des diamants a sa limace et du jonc plein ses poches!
Napoléon réfléchit un moment.
— Ça y est,! fit-il tout à coup, j'ai ton affaire!
Le barbe quitta sa place et s'approcha de Pacha. Il lui parla à l'oreille longuement.
— Eh bien?... Ça t'va t'il?
— Parfait!... Mais s'il me fait ginguer?
— Pas de danger! C'est une copaille! Il jaspinera au quart, pour la forme, mais y aura pas de pet pour toi!
— Entendu dit pacha, en serrant dans sa grosse main la main sèche de Napoléon.
En ce moment, l'hercule borgne qui tenait à bras tendu les deux poids de vingt kilogs dans la même main les laissa brusquement retomber à terre...
A pas lents, un jeune homme, en habit, une bruyère du Cap à la boutonnière, les mains, dans ses poches et le claque en tête, s'avançait, très calme, au milieu de la foule qui s'écartait.
— Bonjour, Adonis! fit-il en s'asseyant près du lutteur, garçon, une gomme chaude!
Maruis Dauriat était un vrai poète, poète décadent par exemple. D'une vieille famille bretonne. Les effluves salées de la plage natale n'avaient pu vivifier son sang appauvri et anémié. Comme tous les névrosés de cette fin de siècle, il avait conscience de son délabrement physique et moral, A ceux qui s'étonnaient de son dégoût prématuré de toute chose :«Que voulez-vous?
répondait-il, je suis né fatigue ! „ Inhabile à supporter une sensation grossière, une impression violente, il s'étudia à rechercher des raffinements dont l'etrangeté douce pût s'accomoder avec la débilité de son tempérament.. Mais combien difficiles étaient pour lui ces recherches dans le monde bourgeois qui l'entourait! Il ébaucha des intrigues diverses. Partout
l'élise et vulgarité. Successivement horripilé par l'orgueil stupide de la femme se disant du monde, énervé par les rêveries mystiques et les aspirations idéales de la p t i ter bourgeoise, il prit des maîtresses et l'amour des filles, le plus vrai et le meilleur, parce qu'il est dénué d'hypocrisie et qu'on peut le varier à l'infini, l'intéressa quelque temps, mais au fond de cette variété même, il découvrit encore l'incurable monotonie. Alors, il avait rêvé d'amours spéciales. On l'avait vu aux barrières, chez Kolbus, à Favier. 11 avait rencontré là des types étonnants, et trouvé de la saveur à cette prosmiscuité; mais l'odeur fade des chambres garnies, les draps douteux et les bois suspects avaient révolté ses goûts d'aristocrate.
Un jour, à la foire de Neuilly, il était tombé en extase devant le torse élégant et musculeux de Nicolas-le-Boucher, chez Marseille. Il avait pris des leçons de lutte et des mois s'étaient écoulés sans que son intimité avec son professseur reçut le moindre accroc. Il oublia ses désillusions d'antan, trouvant du charme à vivre de la vie de ces hercules de foire, à se faire craindre, lui chétif, de ces manieurs de poids. Il les écrasait de sa supériorité et éprouvait une infinie jouisssance à dompter ces brutes à cous de taureaux, si fiers de leur force, à les mener comme un cornac ses éléphants.
Mais un jour qu'il avait rencontré un être singulier, une sorte de fille-garçon à qui il eût été difficile d'assigner un âge et un sexe, il s'était souvenu tout à coup que, le matin même, Nicolis, qu'il avait surnommé Adonis, avait les mains sales...
brusquement il avait rompu, puis, au bout d'une semaine, il s'était lassé de sa nouvelle conquête, que décidément il trouvait trop fille et, recevant la lettre d'Adonis, il était venu au rendez-vous, non pour renouer, mais toujours en quête d'un idéal parfois entrevu, jamais atteint.
Dégoûté, blasé, les sens émoussés.il rêvait maintenant d'une fille-garçon très jeune et très précoce, mais plus garçon que fille, par ses allures et par ses formes.
Ce soir-là, Maiius Dauriat était un peu gris. Il était entré au Château - Rouge, comme chez lui, avec son habituelle tranquilité. Ce monde-là lui était familier; il avait conscience de la domination qu'il exerçait autour de lui.
1 1 tita de sa poche des cigarettes de tabac d'Orient, en offrit à Adonis et à Napoléon, qui baissa la tête sous le regard impertinent et vague du poète.
— Que deviens-tu donc? demanda négligemment Marius au lutteur: on ne te voit plus!... Oh! mais fit- il tout à coup en se ravisant, tu as joliment changé! Tu es maigre, on dirait que tu as des rides...
{à suivre). Oscar Méténier.
LE MIHLITON
VIEILLES CHANSONS