LA ROBE DU MOINE
Un pauvre moine Qui s'appelait Nicolas Qui allait voir la dame La dame d'un avocat.
Elle lui a dit : papa Nicolas, Venez demain à huit heures, Mon mari n'y sera pas.
Le pauvre moine A huit heures il s'en va Trouver la jolie dame La dame de l'avocat.
Elle lui a dit : papa Nicohs, Montez là-haut dans ma chambre Je vous suivrai pas à pas.
Le pauvre moine Dans la chambre il monta ; La belle jolie dame Le suivait pas à pas.
Elle lui a dit : papa Nicolas, Donnez-moi votre robe Car elle nous embarrassera,
Le pauvre moine, Sa robe il lui donna.
La belle jolie dame Dans un coffre l'enferma.
Elle lui a dit : papa Nicolas, Allez voir à la porte Si mon mari ne vient pas.
JOURNAL ILLUSTRE
Paraissant très irrégulièrement une douzaine de fois par an
ABOWEMEXTS Faris,unan:3fr. Départements, un an : 5 f p.
84, Boul. Rochecliouart, à Paris. — Directeur Aristide Bruant.
Le pauvre moine A la porte il s'en va ; La belle jolie dame Dans la rue l'enferma.
Elle lui a dit : papa Nicolas, Comptez les clous de la porte je vais compter vos ducats.
Au moins, madame, Rendez-moi mon habit, Habit de moine Ne peut pas vous servir.
Elle lui a dit : papa Nicolas, Je le ferai teindre en noir Mon mari s'en servira.
Mon Dieu ! madame, Rendez-moi mon argent Que j'achète une robe Pour entrer au couvent.
Elle lui a dit : papa Nicolas, Nous ferons bonne bombance Tant que l'argent durera.
Le pauvre moine Au couvent il s'en va Conter aux autres moines L'histoire que voilà.
Ils lui ont dit : papa Nicolas Que le diable emporte Celle qui vous a joué ce tour-là.
Dans la Rue
(Chansons et Monologues) par
Aristide BRUANT
Dessins de Steinlen
1 vol. in-12 de 210 pages in- 18 Jésus, couverture
en couleur, 3 fr. 50
(Envoi franco contre mandat poste à l'adresse de M.
Aristide BRUANT, 84,bcuievardRocb.ecûouart,Pans)
Le Gérant, Aristide BRUANT.
Imp.pAiiuuLTiO',3, PassaseNollat.— Parti
une chaise de paille, lisant son Petit Jour- breuses pèsent sur vous, vous le savez. On
nal, jetant parfois sur les entrants, par- vous a vu rôdant, quelques heures avant
dessus ses besicles, un regard grave. le crime, autour de la maison de votre
Soudainement intéressée par l'arrivée mère, vous qui depuis longtemps aviez
de deux voitures, toute cette foule se mas- rompu toutes relations avec elle. Vous ne
sa sur la porte. Le gardien ôta ses lunettes, travaillez pas; vous n'avez aucun moyen
se leva vivement et tira sa casquette, res- d'existence avouable et vous avez déjà
pectueusement, apercevant la tête du chef subi plusieurs condamnations, la dernière
de la Sûreté qui s'encadrait dans la por- à deux ans de prison pour attaque noc-
tière du premier fiacre. turne suivie de vol. Persistez-vous dans
— La porte! votre système de défense?
Et quelques secondes après, le portail Jacques Chapoulle haussa dédaigueuse-
de fer ayant roulé sur ses gonds avec un ment les épaules.
bruit de tonnerre lointain, les deux sapins — J'ai pas besoin desaigner pour tortorer.
disparurent dans la cour intérieure. J'turbine! Via tout ce que j'peux dire.
Le juge d'instruction, son greffier et le — Vous ne répondez pas à ma question,
chef de la Sûreté descendirent du premier; Des témoins vous ont vu rôdant autour de Nib-de-Blair et deux inspecteurs de police la maison de votre mère; quelques-uns du second. affirment que vous étiez ivre. Vous n'avez
Seuls, le bruit des pas des nouveaux ve- pu me donner l'emploi de votre temps, nus sur le pavé et le tic-tac monotome et Qu'y veniez-vous faire, régulier de la machine à vapeur trou- — J'ai rien à dire.
blaient maintenant le silence du funèbre Et Nib-de-Blair, qui paraissait avoir re-
établissement, couvre tout son aplomb, s'assit et dé-
Fraîchement apporté, le cadavre d'un tourna la tête, pmdu gisait sur les dalles humides de la Le juge d'instruction s'entretint un ins-
salle d'arrivée, une étiquette au poignet. tant à voix basse avec le chef de la sûreté; Dans le fond s'étageaient les tiroirs nions- puis tous deux se levèrent et firent signe
trueux, réceptacles de machabées congé- aux agents de les suivre, lés, qui communiquent avec l'appareil fri- Nib-de-Blair fronça le sourcil. Il eut un
gorifique. pressentiment et comme une vision du
La face pâle de Nib-de-Blair se colora spectacle qui allait s'offrir à lui; instinc-
subitement et, saisi à la gorge par l'odeur tivement, il ferma les yeux. Les agents
du phénol, il eut une quinte de toux ; ses durent le conduire par le bras, yeux clignotèrent et un tressaillement se- Quand il se sentit dans la salle d'autop-
coua son corps. sie, il n'osa plus ouvrir les yeux. Il se dé-
Au bout du couloir, la salle des magis- . cida enfin, trats : une grande pièce tendue de papier Autour de lui des rangées de gradins
vert; un tapis vert sur une table ovale; circulaires montaient jusqu'au plafond et,
sur le fond en bois blanc des chaises à ta- devant, sur une table de dissection, une
pisserie verte, les noms des assassins célè- bière de bois blanc sans couvercle, dans
bres, de Troppmann à Prado; tous ont laquelle se dessinaient les for, nés d'un
passé là, entre ces deux fenêtres donnant corps raidi sous les plia du linceul, sur le quai, la figure tournée du côté de — Vous êtes ici devant le cadavre de
« la Glace » et du « Curieux», scrutateurs. votre mère, dit le juge d'instruction. Je
Nib-de-Blair est debout, une main ap- vous adjure de dire la vérité, puyée sur le dos de la chaise qui a servi (à suivre) , Oscar Méténier.
à Lebiez, tourmentant de l'autre son chapeau mascotte. De temps en temps, il P0UH P0KTER UNE COURONNE étend un bias et fait sortir sa manchette, . , . ,, . -__.* n,-, . j, u . j ,• .' a la tombe d'ANDRE GILL ornée d un gros bouton de clinquant, ^"*uC """""^ ullilJ
de la manche de son veston en velours ^e ~ Novembre 1892
marron; ou bien il passe ses doigts à Reste do la souscription de l'année
travers ses cheveux très noirs, un peu dernière 23 15
crépus, tandis que ses yeux mobiles Aristide Bruant ;> »
vont de l'un à l'autre de s,s deux interro- A„,;i, (;onvi'lk; ; ; ; ; ' ; ; ; \ ^
gateurs, et que frémissent ses narines, ciiazareac, sergent au S- souave*. . » 50
larges, auxquelles il doit son surnom. N'importe qui? 1 »
Il s'efforce de donnera sa bouche un pli N'importe qui? (deuxième versement) . 1 »
ironique, mais il grimace; il cherche une Marguerite liigeard 0 50
contenance, s'appuie sur un pied, puis sur Charpentier U 50
l'autre; il veut paraître calme, quoique Capitaine Renaud- Salis -2. »
visiblement mal à l'aise. A ses côtés, les )),ase,r' arcmtecte » ■
deux agents, immobiles et les bras croisés, ,. ,',' on" M" ' o
» ■ e . ii j .,. ' Dolabarre Marco 2 »
1 observent d un regard oblique. Paul Martel 0 50
Cependant, le juge s est assis, et, près -/\,\ 5 „
de lui, le chef de la Sûreté. Séverine.. '. 1<> »
— Jacques Chapoulle, des charges nom- G. de Labruyère on