A LA TOMBE
d'ANDRÉ GILL
Le 3 Novembre 1890
Reste de la souscription de l'année
dernière 41 65
Aristide Bruant. ....... 5 ,
Galoche hq
Edouardos de B.irros Lobo \ j ,
Jamet architecte 50
F. de la Bigne ' g „
Majeur de Polignv. ..... \ ,
Le Gérant, Aristide BRUANT.
LE CABARET DU MIRLITON
EST SITUÉ PRÈS DE
L'ELYSÉE MONTMARTRE
Le plus chouette bal de Paris
EN VENTE AUX BUREAUX DU JOURNAL Les six premières années du "MIRLITON 1 volume broché 15 , ,
Envoi franco, contre mandat poste, à l'adresse de M. ARISTIDE BRCAST, 8i, Boulevard Rochechouarl, Pans.
Imp. PAIRÂULT â C«,3, PitHgt NaU$tfari%.
vrais les yeux très grands. Depuis huit jour, je cherchais la définition de la nature et du talent de Mlle Yvette sans arriver à une formule bien précise. Et je songeais : c Sûrement ce sculpteur va m'aider à démêler mes impressions. Son analyse clarifiera la mienne. »
C'est ce qui arriva. Ayant pris les hauteurs avec son compas et maçonné une boule de terre glaise, M. Lormier recula de quelques pas, contempla son modèle, puis fiévreusement plongea les doigts dans la terre.
Les sculpteurs ont une éducation classique si forte que, placés devant un visage à portraiturer, ils cherchent derrière cette tête mortelle, le prototype divin dont elle est le reflet. Quelques minutes suffirent pour que, dans l'empâtement de l'ébauche, nous vîmes apparaître, vaguement, divinement et comme voilée, la chaste image de Diane.
Et quoi donc ! c'était là la marraine de notre petite chanteuse, de notre Yvette du Cirque et du Concert-Parisien, de cette enfant si moderne du vieux Paris. Et au fait, Diane n'était-elle point l'ingénue de l'Olympe, la vierge effarouchée de l'audace des suiveurs, la patronne des petits trottins qui se débarrassent des Actéons avec un coup de coude?
C'était la même longueur de cou, la grâce élégante de cygne, la pureté {du front, l'auréole des cheveux. Il n'y manquait que le croissant.
Cependant M. Lormier travaillait toujours . E t soudain nous poussâmes un cri. Diane avait disparu. Après le rêve général, l'artiste cherchait maintenant son modèle^dans le caractère de sa personnalité. Et l'ébauche qui naissait sous ses doigts , un instant carie. îturale,
par la saillie d'un trait dominant, tirant à soi toute l'expression des traits; c'était une riante figure déjeune faunesse. Yvette était encore toute vivante dans cette seconde incarnation.
Alors, moi, le poète noble, le barnum, l'analyseur en quête d'une formule complète, je me levai, je vins serrer la main de l'artiste.
— Mon cher monsieur Lormier, lui dis-je avec effusion, vous venez de porter la lumière dans l'obscurité où je m'égarais. Sans parler, avec votre pouce, avec votre boue, vous m'avez défini cet état d'âme indéfinissable et doux qu'on appelle l'ingénuité. Oui, c'est cela, c'est bien cela. Dans son essence générale, c'est la pureté c'est la virginité intacte de Diane , dans son accident individuel, c'est le rire de la jeune^ faunesse qui sait qu'elle est faite pour aimer, quiveut qu'on l'aime. Et entre ces deux états extrêmes qui sont les confins de l'ingénuité, il y a une province exquise, un Eden charmant, un paradis à perdre autour duquel les hommes tournent ravis, attirés, charmés : le royaume
d'Yvette.
Hugues Le Roux.
VIEILLES CHANSONS