‹ Le miroir aux alouettesChapitre 10 sur 11 · L . et Louis Blanc passent dans Regent-Street · texte numérisé non relu

L . et Louis Blanc passent dans Regent-Street

Vous connaissez l’étrange disproportion de taille de ces deux inséparables. Deux Anglais venaient à eux : un des Anglais... comment dire cela? — rote en pleine ligure de

Louis Blanc. L . roue l’insolent de coups de canne ;

la canne se casse ; L . et Louis Blanc s’en vont.

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L’autre Anglais les rattrape au bopt de quelques minutes :

— Vous avez insulté mon ami !

— Oui, dit L...... et quoique vous ayez mis du

temps pour vous en apercevoir, je veux avec le haut de canne qui me reste, vous insulter aussi.

L’Anglais fde.

J'ai retrouvé en Angleterre cette prétention qu’ont tous les peuples, — nous exceptés et je veux le dire — ■ de prononcer comme ils écrivent. Les étrangers humilient depuis trop longtemps avec cette mauvaise plaisanterie le Français qui a toujours bien voulu Faccepter sérieusement.

Ainsi l’Allemand : « — Contemplez , nous dit-il , quel avantage a notre langue sur la vôtre! Nous parlons comme nous écrivons. Prenons le mot heichelei , par exemple. Vous, vous diriez heichelei, et je vous plains fort ; prononcez oi — (ici tout ce que vous voudrez) laye . — Jugend : on se mouche.

L’Espagnol : « — Il est fâcheux, monsieur le Français, que vous ne sachiez pas prononcer comme il convient. Voyez, nous ! nous écrivons quaglia , et nous disons, comme c’est écrit: couailla . Quaglia , couailla c’est clair ! — Jorge : Horhél...

Laissez maintenant parler le Polonais, — comme il écrit toujours! Il va nous démontrer comme quoi il est dans le vrai en appelant Kontski , son grand pianiste dont le nom s’écrit Kacki. — Kacki: Kontski * c’est évident,

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Je vous fais grâce du Suédois, du Danois, de l’Italien, — qui nous a appris que M. de Broglie se nomme de Broyé , — et des autres.

L’Anglais est plus fort qu’eux tous ensemble ; il crie : Mère pour appeler Mary, sa bonne ; People devient Pipleul , — Arthur. Erzeur , — Brougham-Brrrrm. Gavarni a compté trente-deux manières de prononcer le mot two , deux.

« . Et voilà, vous dit l’Anglais, le secret de l’im¬

mense avantage de la langue anglaise sur les autres langues, — et la vôtre, monsieur. »

Je ne pense pas que l’Anglais ait un grand respect pour la mort. Je vois toujours la préoccupation du paraître , jusque dans le deuil. La maison du défunt étale pendant longtemps sur sa façade le vaste écusson de ses armes, doré et colorié. Mais les conviés aux funérailles s’étaient juchés sur le corbillard, comme sur un omnibus, les jambes ballantes contre le coffre funèbre ; mais les petits enfants courent sur les tombes fermées de la veille, — et Hamlet joue avec le crâne devant le parterre ravi.

Oui, certes, — poor Yorick ! — qui préférerait qu’on laissât sa carcasse tranquille!....

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Découverte et signalement d’un faux Janin. — Monstie vert ! — Une visite au gouvernement provisoire — La néo-section Lepelletier. — Un mot du Grand-Duc de Toscane. — L ’Illustrated London News en français et son titre. — La vérité, la voilà. — Hommage au Punch. — Un chef-d’œuvre.

11 y a de par le monde un mauvais plaisant que j’éprouve depuis bien longtemps le besoin de signaler à àM. J. Janin auquel il cause certainement les plus grands préjudices.

Vous connaissez comme moi J. Janin, cet esprit charmant, délié, délicat, coquet et souple, ce causeur aimable et érudit plus encore qu’il ne veut en avoir l’air; nous savons de plus que M. Janin est obligeant et serviable aux jeunes gens. Aussi ai-je de la sympathie pour M. Janin, et ne voudrais-je pas l’aimer seulement, le brave et honnête garçon qu’il est, comme on fait certaines femmes aimables auxquelles ce n’est pas précisément des qualités sérieuses qu’on demande.

Or, le personnage dont il s’agit, s’est avisé tout simplement d’usurper les titres et le nom de M. Janin. il se présente comme tel dans une fouie de maisons, y développe impunément ses grâces de commis-voyageur, et il

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s’est faufilé jusque dans la ruelle des Débats. Notez que la peau du critique dont il s’est affublé ne lui cache point les oreilles, car cet intrigant est lourd, il est sot, il est trivial, il est déclamateur, il est ennuyeux, il est grossier, malhonnête, brutal, il se répète. Vous voyez que tout cela ne ressemble guère au charmant écrivain que nous aimons. Aussi , moi, j’ai bien vu tout de suite ce qui en était, car, de vrai, le maladroit n’a réellement pris à M. Janin que son célèbre bonnet de coton. Mais beaucoup de personnes qui n’ont pas la vue bonne et que certaine terreur trouble, se trompent à ce'diable de bonnet de coton, et en font leur affaire comme s’il y avait dedans une cervelle.

Tout cela est un peu bien invraisemblable, n’est-ce pas? Mais cette inouïe méprise de tant de gens s’explique par une petite finesse de notre homme, ficelle en épaisseur de câble : le madré s’est dit qu’il y aurait chance en ces temps à défendre la société que personne n’attaque, à se poser en apôtre de ladite société, — J. Janin apôtre ! Voyez-vous pas d’ici quel air cela aurait ! — et à prendre l’emploi des Jean Journet réactionnaires. La chose a ses petites douceurs, en effet: aussi, ne laisse-t-il point passer un lundi depuis le premier où il s’en est avisé, sans taper à grands coups de plume sur le bonnet rouge comme ce prédicateur en chaire qui tapait sur son bonnet : Réponds donc, Voltaire? Tu ne trouves rien à me dire, Rousseau! — Làdessus , gens bien pensant , comme on dit , de s’extasier et de s’écrier: Voilà de l’esprit! et iis n’en demandent

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pas davantage. En attendant , d’autres honnêtes gens , trompés comme ceux-ci, s’étonnent, s’inquiètent et finissent par s’irriter pour de bon; car je ne saurais vous dire combien de colères violentes et d’âcres rancunes ces malheureuses sorties hebdomadaires excitent contre M. Janin qui n’en peut mais, même et surtout parmi ceux-là qui l’aimaient le plus. Mais , comment M. Janin, trop occupé, paraît-il, pour avoir le temps de se relire, n’a-t-il point été averti encore de cet audacieux manège? Aucun de ses amis n’y voit donc clair?

L’autre jour encore, à propos d?un mélodrame de l’Ambigu, joué en 1823, je pense, pour la première fois, un brave et inoffensif mélodrame, le Monstre vert et le Magicien , notre faux Janin ne va-t-il pas faire semblant d’entrer en grande colère contre ce pauvre monstre. — (( Hou ! voyez le méchant monstre ! s’écrie-t-il ; défiez vous et ne le croyez pas vert : il est rouge ! Horrendum, informe ! etc. N;avez-vous pas vu le pied fourchu? Ne reconnaissez- vous pas la corne du Socialisme? Cornu tus et hirsutus ! Vide pedes , vide manus! Rosa, rOsœ , la rose ! etc. » On ne s’attendait pas à voir le Socialisme en cette affaire, mais ça ne fait rien du tout. — « Voilà la bête apocalyptique! Voilà Eantechrist prédit! Voilà le signe prédestiné marqué sur ce front ! Voilà les écailles dont Proudhon construit ses lunettes ! Voilà... voilà qu’enfin il trousse la cotte de ce digne monstre pour chercher la queue ocellée que Cham a découverte aux reins de M. Considérant , et qu’il claque des dents et qu’il a une peur !... brrrrrrrr! .

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Tout cela est pitoyable , et je suis heureux de rendre à J. Janin le service de l’en avertir. Il n’est que temps de prendre cette peine ; il n’est que temps, polir la gloire de J. Janin qu’il mette ordre à ce que semblables sottises ne se débitent plus avec l’estampille de son nom. J’éprouvais d’autant plus le besoin de prévenir M. Janin qu’on cherche à l’affubler de ce rôle indigne et niais d’aboyeur à ressort de la réaction aux derrières des Monstres verts , que sans connaître positivement ses opinions politiques, je me porterais fort, avec mes souvenirs de fraîche date, pour le républicanisme éclairé de M. Janin. Je me rappelle très-bien avoir eu l’honneur d’être un bon bout de chemin son camarade de rang , lorsqu’au sortir de la réunion de l’Opéra (section Lepelletier — précédent de mauvaise mémoire) les gens de lettres allèrent , comme alors toutes les corporations, faire acte d’adhésion au gouvernement provisoire, — ce gouvernement né d’une — "Révolution toute sociale et non politique; — vous vous rappelez que c’était la phrase stéréotypée à l’ordre du jour pour tout le monde. MM. A. Jubinal et A. Comte— M. de Salvandy était empêché pour cause d’absence — qui n’étaient pas des moins animés à la tête du cortège , pourraient au besoin nous rendre témoignage, à M. Janin et à moi.

Je vous disais bien qu’il y avait un faux Janin dans tout cela. Traiter le lendemain et tous les lundis d’ivrognes, de pillards et d’assassins, des gens chez lesquels on est allé si amicalement déposer la carte la veille, cela

n'est pas honnête, et ce serait presque en vérité faire du journalisme à la façon dont l’entendait le grand-duc de Toscane, une mauvaise façon. M. Janin le connaît bien aussi, le grand-duc. 11 est allé le voir, lui qui n’est pas gêné, tout comme s'il se fût agi d’aller souhaiter le bonjour au premier gouvernement provisoire venu, et il sait ce que pense des journalistes le grand-duc. Aussi bien, puisque nous en causons , ne garderai-je pas plus longtemps pour nous quatre, M. Janin, le grand-duc, un troisième et moi — car nous ne sommes que quatre, on m’en fait à peu près sûr, — une petite anecdote à ce propos.

M. Janin avait donc été passer quelque temps à la cour du grand-duc. On s’était adoré d’abord, puis les froideurs étaient venues, j,out comme avec Voltaire, — Monstre Vert ! — et le grand Frédéric. On en était aux mots piquants; M. Janin fit ses paquets. « — Hé ! hé! monseigneur, disait-il au grand-duc en fermant sa malle; on apprend, à vieillir. Si Machiavel vivait encore, il se ferait journaliste ! — Croyez-vous? dit le duc; il était cependant bien honnête ! »

Le mot pouvait être poli à la cour de Toscane : je n’en sais rien ; était-il juste quant aux journalistes? Il devait l’être, — pour ceux au moins qui avaient l’honneur de défendre la liste civile et les — intentions libérales — du gouvernement toscan. Ce serait trop fort de monstre vert qu’un prince ne sût pas apprécier les gens qu’il emploie.

Il n'y a pas à regarder le titre et le metteur en page

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ne s’est pas trompé. J’avoue que ce zigzag-ci a bien l’air d’être tiré en dehors de Londres et de mon titre, — mais c’est qu’aussi je viens de trouver dans Y Illustrât ed London Nnvs en Français, recueil fort estimable d’ailleurs malgré son titre bizarre, ces lignes signées de J. Janin, à propos de l’ouverture de l’Exposition :

« C’est l’heure solennelle où chaque métier va récla- » mer son salaire, où chaque marteau va demander sa » gloire et chaque enclume sa récompense ! C’est l’heure » solennelle où le mineur, dans les entrailles delà terre, » sa captive, et le laboureur, dans le sillon de la terre, » son esclave, relèvent la tête en essuyant la sueur de » leur front, et se demandent ce que va penser le monde )> attentif quand il verra le frui t de leur patience et de » leur génie! »

Je me suis mis en colère. Ce n’est plus là seulement une de ces phrases sonores et creuses, borborygmes du lundi, grosses injures, petites malicieusetés, viande pour gosiers larges. Voici un gros mensonge et coupable, tout lyrique et pindaresque qu’il veut avoir l’air d’être. Non, monsieur, et vous savez bien que non, le laboureur, ni le mineur ne se demandent cela. Ils ne s’inquiètent ni du — monde attentif — ni de l’Exposition de Londres. Ils n’essuient pas la sueur de leur front. A qui donc prétendez- vous faire croire que le monde est attentif pour ces pauvres gens-là? Plaisanterie de bon goût, ma foi ! et qui prend bien son temps surtout pour venir se moquer d’eux en leur disant que c’est aujourd’hui — à chacun suivant ses œuvres! — Ce qu’ils se demandent et vous le savez bien, c’est si la paie, à la

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Saint-Jean pour l’un et du samedi pour l’autre , sera suffisante pour satisfaire aux besoins de leurs femmes et de leurs petits , pour payer le pain mangé et le médecin qui est venu trois fois à la maladie dernière. Ce qu’ils se demandent, et avec une anxiété bien autre que votre inquiétude — descriptif, c’est comment leur ménagère pourra faire face à tant avec si peu, et fasse Dieu encore que quelque accident , sinistre ou prorogation ne vienne faire chômer et culbute le misérable échafaudage de leur vie au jour le jour, construit au prix de tant de privations et d’angoisses. Ils n’ont pas même le temps de s’interroger sur ce que Dieu leur réserve, unique et dernier recours, au bout de cette lutte vaillante et résignée, pour le temps où la vieillesse sera venue, quand l’âge de la force sera parti emportant toute ressource et tout espoir, muscles, courage, ardeur et volonté, — et qu’ils se trouveront un jour, après leur suprême jour de travail, seuls avec l’épouse vieillie devant le foyer éteint, les petits envolés pour chercher ailleurs le morceau de pain toujours taillé si juste pour le pauvre. Non, Monsieur, ils n’ont affaire ni de l’Exposition, ni des phrases qu’on bourdonne autour. Est-ce que vous leur avez appris à lire, par hasard?

Ils pourront savoir seulement une de toutes ces belles choses que vous dites : — si leur patron a été décoré d’une grande médaille d’or par le Jury. Mais ce n’est pas vous qui le leur apprendrez; ils sont au fait avant vous, soyez tranquille ! et ils savent ce que leur ont coûté de ces sueurs que vous essuyez avec votre plume.

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l’épi le mieux nourri et la pépitè la plus riche (1).

Le Punch a publié, il y a un an environ, une page singulièrement remarquable.

Cette caricature a trait à l’Exposition. Elle représente une salle garnie de rayons. Sur ces rayons sont disposés, chacun sous son globe de verre, de petits personnages hâves, décharnés, cadavériques, lamentables comme la faim et le froid, — et sut* chacun son étiquette : — Laboureur, âgé de soixante-quinze ans ; — Couturière pour chemises ; — etc. , etc.

Un grand jeûne homme, — spectator gentleman , — est au milieu de ce charnier de l'industrie. A son côté, le bonhomme Punch, cicerone. — Au bas, on lit : The great Exhibition of Industry.

Voilà, monsieur Janin, ce que penseraient de l’Exposition universelle « le mineur dans les entrailles de la terre, sa captive, et le laboureur dans le sillon de la terre, son esclave, » s’ils s’avisaient de penser à l’Exposition.

Ce que ma plume ne peut rendre, c’est l’expression de la tête de Punch. Ce gai polichinelle que les caricaturistes anglais nous offrent toujours rieur, narquois et bouffon, est pour cette fois grave et triste. Le casse-noisettes s’est transfiguré : il est plein de douleur et de pitié. Son gros œil rond, en même temps qu’il laisse devi-

(I) Je tiens, ici surtout, a renvoyer a la date où furent écrites ces pages que l’attitude si honorable de J. Janin a depuis effacées. Le tort qu’on reproche le plus vivement a celui pour lequel on a une amitié vraie est le tort qu’il se fait à lui-même, et il est d’aiileurs de ces questions où l’affeclion personnelle n’a pas h âe prononcer et s’efface.

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ner sourdissants tous les pleurs de la charité chrétienne, est plein d’enseignement profond et sévère. Il gémit à la fois et il juge; il constate, il implore, il reproche, il

donne, il prie, il accuse, il condamne, i) fait appel .

Cette caricature, hachée à grands coups de crayon , comme les dessinateurs anglais les sabrent si bien, est une admirable chose, aussi émouvante, pieuse et sainte que le plus beau tableau d’église, et je donnerais bien toutes ces lignes pour vous la représenter ici : vous verriez si j’exagère dans mon admiration respectueuse pour ce chef-d’œuvre, jeté au milieu des mille et un croquis d’un journal comique hebdomadaire. — Que le jeune gentleman regarde la figure de son digne compagnon : s’il peut la comprendre et ne pas l’oublier, je le défie de devenir un méchant homme.

Un inventeur. —Soumissions préalables. — De la caricature. — Le pont d'Arcole, le cardinal Wisman et monsieur Suin. — La femme, le cheval et le chien. — De l’usage des mouchoirs. — Du rire. — Le Mac-Adam — De la musique. — Des harpes. — Théorie des zones musicales. — De l’argent. — Des pompiers à primes.

Je me suis rencontré avec un concurrent de M. Petin et de mon ami Godard qui cherche des souscripteurs pour construire un ballon monstre qui fera le tour du monde en cinq jours, — dix mille lieues, rien que cela. Le Great

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Western railwoy qui file ses dix-sept lieues à l’heure ne mettraitpasmoins de vingt-cinq jours pour cette besogne.

L’Anglais m’a expliqué son système avec un sangfroid et une confiance imperturbables. C’est la même donnée que dans la théorie Petin : la terre tournant une fois sur elle-même en vingt-quatre heures, il ne s’agit que de s’élever et de rester en place. — et le tour est fait. Seulement comme la machine ne peut résister absolument à la rotation atmosphérique, aux courants et dérives, l’aéronaute demande une prorogation de quatre jours.

Mais si par hasard, sans parler du reste, Galilée avait tort et Ptolémée raison ?

Le prospectus de cette affaire la soumet au bienveillant patronage des — Nobiliiy , Gentry and oftke public in general , — de la noblesse, de la petite noblesse et de la haute bourgeoisie, et du public en général.

C’est la formule consacrée. Tout artiste , homme de lettres, inventeur ou marchand qui éditant un produit nouveau doivent faire ces soumissions préalables.

Omnia serviliter pro ...

Nos caricaturistes valent les leurs, assurément ; mais leur caricature est incontestablement à mes yeux, en cette époque, supérieure à lanôtre. Outre qu’ils se croient peut-être un peu moins que chez nous forcés de toujours rire, il y a de cette supériorité une grosse raison.

La caricature politique et philosophique est un moyen puissant; voyez Hogarth. C’est une arme d’autant plus terrible qu’elle transperce quand elle atteint, sans qu’il y

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aft bouclier qui pare , et c’est, aussi une des formes les plus intéressantes de l’argumentation. Mais elle n’a cette puissance, elle ne peut accomplir ces grandes fonctions qu’à la condition d’être libre, de ne se préoccuper que d’elle-même, de ne dire que ce qu’elle pense, tout ce qu’elle pense, et comme elle le pense. Ne craignez rien, d’ailleurs : elle sait que cet immense et absolu pouvoir l’abus est le suicide comme pour tous les pouvoirs, et si elle ne le sait pas, elle le saura bien vite. Laissez-la donc toucher à tout, • rieuse et railleuse, parce qu’elle est née telle et que Caricature est son nom ; mais aussi, sérieuse et sévère et mélancolique à ses heures sans qu’elle ait à s’inquiéter de personne ni même de son public, comme le misérable comédien obligé de gagner la coulisse s’il lui prend envie de pleurer. 11 faut, avant tout, qu’elle joue la comédie pour elle-même et qu’elle se satisfasse, soit qu’elle froisse, qu’elle choque ou qu’elle renverse, soit qu’elle boude ou qu’elle se lamente , impertinente si cela lui convient, insolente quand il lui plaira, violente jusqu’à la brutalité parfois. Qu’elle puisse maudire.

J’ai vu, enfant, — et j’ai là, encore en ce moment, sous les yeux de ma pensée, — une grande page coloriée, publiée dans le journal la Caricature , à propos des tueries du pont d’Arcole, en 1832 ou 3/;. C’était une vue du pont ; à terre , quelques cadavres d’étudiants et de bourgeois ; des sergents de ville essuient leurs épées. Il n’y avait pas, ou je l’ai oubliée, de légende au bas de ce dessin; mais il était si terrible, ces cadavres étaient si bien morts, ces figures de sergents de ville étaient si

î) AN S LONDRES.

hideuses, ce sang qu’ils essuyaient éclatait si rouge sur le linge blanc, que cette image m’a fait frissonner bien des soirs sur mon oreiller et serrer de rage impuissante mes poings de douze ans. Je ne doute pas aujourd’hui qu’à cette lithographie je doive bonne part de toute l’horreur que je sens en moi contre la force brutale et mon indignation contre l’injuste.

Voilà la caricature anglaisé telle quelle combat et qu’elle brille à cette époque (1). Ces gens-là ne sont pas bégueules ; ils dessinent un porc, s’il est nécessaire, et une potence, s’il le faut. Vous trouvez en ce moment, à Londres, à tous les carreaux de marchands d’images une allégorie représentant un personnage en costume ecclésiastique qui se cache sous le masque douloureux,» saignant et vénérable du Christ couronné d’épines; derrière le masque ricane une trogne rougie, sensuelle, œil faux, bouche venimeuse. C’est le papisme qui veut rentrer, c’est M. le cardinal Wiseman en personne. Voilà qui est net, voilà qui se voit, voilà qui se comprend , voilà l’idée vulgarisée du coup, bien claire, précise et populaire. Défiez-vous ! dit la caricature, et à tous ceux qui la regardent de voir s’ils ont à se défier en effet. Allez donc jouer chez nous à ce jeu-là, et que M. Suin vous y prenne I

Abâtardie et dévoyée par la censure préventive sous le dernier règne, depuis la législation extirpée par M. Thiersde l’attentat Fieschi, et comprimée, depuis

vl) Voyei elîctue, dans l'admirable Collecliô il <lü f"Uiich, V Apparition du grand serpent de mer, en 1848, que notre Charivari n’a pas trèsheureuse meut leproduite, — et mille autres.

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l’élection de M. L. Napoléon, par la crainte de l’amende et de la prison, notre école de Caricature française a bien quelques bonnes raisons à invoquer devant son heureuse

rivale.

Nous la retrouverons un jour, allez ! dans toute sa liberté et sa force, toute vive, tout alerte, tout étincelante, victorieuse et française qu’elle est !

J’ai remarqué encore, aux vitres des marchands, trois estampes en pendant, qui sont en ce moment fort à la mode. C’est une tête de femme, — une tête de chien, — une tête de cheval. Au bas on lit : My wife , — my doy , — my horse. J’ai oublié de demander si la femme, — - my wife , doit être placée en tête ou en queue des trois ou bien au milieu.

Je suis un peu embarrassé pour dire ceci, mais il me faut bien avouer que j’ai vu le premier jour de mon arrivée un beau monsieur, un gentleman , se moucher avec ses doigts.

J’en ai vu un autre le second jour ; puis un troisième, puis un quatrième ; — puis je ne les ai plus comptés.

Comment raconterai-je encore — ces matières passant pour délicates — ma conversation avec un vieil Anglais réaliste qui m’a presque démontré que cette façon de faire était beaucoup plus propre et logique que la nôtre?

En serait-il donc de la propreté comme de la vertu , et - apophthegme à rènvoyer à Montesquieu — ce qui est propreté en deçà de la Manche serait-il malpropreté an delà ?

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De même pour le rire.

On me fait entrer dans la salle d’expérience d’un physicien. Pour six pence par personne, — douze sous, — notre homme démontrait la composition de l’eau.

L’assistance, hommes et femmes, était attentive, sérieuse, roide, et comme il convient à une assistance anglaise. Le physicien procède : au bout de quelques instants des globules s’élèvent dans l’appareil et montent le long du fil d’archal. Aussitôt, un fou rire électrique s’empare de la salle entière : on se tord, on se pâme, on trépigne. Je me demandais : Qu’est-ce qu’ont tous ces gens-là, et quelle mouche les a piqués ? — Les rires ne s'arrêtèrent qu’au dernier globule. — Mais à la contre-épreuve, lorsque les globules descendent, tout le monde était grave et gourmé.

Or, m’a t-on dit, cet effet de fou rire est inévitablement produit chaque fois par l’ascension des globules, de même que chaque fois la contre-épreuve calme tout à fait l’hilarité.

Pourquoi rient-ils de ceci — et pourquoi ne rient-ils pas de cela ?

Je ne sais s’il est nécessaire de dire un mot du Mac- Adam. Cette institution politique me paraît, à Londres comme à Paris, avoir fait son temps. Au moins n’ont-ils pas, eux, sous la main nos bons grès de Fontainebleau et, outre leur voiture de balayage mécanique, les longues robes de leurs ladies quine furent jamais troussées — dans la rue — peuvent être considérées comme appartenant au service public et atténuent singulièrement le mal.

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Robes et voitures d’autant plus necessaires d'ailleurs que, dès qu’ils n’ont pas de boue, par hasard, ils se dépêchent d’en faire en arrosant.

Ne parlez pas musique dans ce pays : ils h’y entendent que du bruit.

Murger voulait détourner un de nos amis de s’enrôler dans la légion polonaise qui partit de Paris après Février 1848. Il lui objectait l’état sauvage et barbare des peuples qu’il s’agissait d’aller combattre : « O mon ami, lui dit-il, ils se servent encore de flèches !... »

En Angleterre ils se servent encore de harpes. Il y a plus encore de harpes chez eux que de pianos chez nous. Les ladies se font peindre volontiers jouant de la harpe, et chez les marchands de musique, vous voyez, rangée en tuyaux d’orgues, toute une famille de sept personnages, depuis le papa — qui a cependant une physionomie respectable — jusqu’au dernier né, âgé de quatre ans, pinçant tous avec un malin plaisir de cet affreux instrument.

Les Anglais regardent la musique, je pense, plutôt qu’ils ne l’écoutent. Car on ne me fera pas croire que ces vingt à vingt-cinq personnes que j’ai vus braquées autour d’une petite mendiante tirant au hasard des glapissements d’un accordéon de vingt-cinq sous, restassent là pour le charme de leurs oreillës.

Il n’y a qu’à entendre leurs compositeurs et la question est jugée. Quant à leurs deux grands théâtres lyriques, soyez persuadé qu’ils n’y cherchent pas autrement malice et qu’ils ne vont là que pour y être vus, les

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entrées étant fort chères. Une livre (24 fr.) un parterre au théâtre de la Reine.

L’argent est ici la chose importante. Sans argent pas de respectability.

Un dessinateur français de grand mérite, Morin, du Journal pour rire , qui connaît son Londres, où il vient de se fixer, me disait : « J’ai expressément recommandé à ma femme de ne pas avouer, dans la maison, que nous allons à l’Exposition les jours à un schilling. Nous serions méprisés. Il faut dire que l’on y va les vendredis et samedis, à cinq et dix schillings d’entrée. »

Ceci n’est nullement exagéré.

Un autre souci pour lui était d’avouer, un jour, son art professionnel, — travailler n’étant pas d’un gentleman.

L’argent, toujours ! — J?ai vu, dans un incendie, des pompiers déployer un courage surhumain. — « Braves gens ! m’écriais-je transporté. — Et qui gagnent bien leur soirée ! me dit un voisin. »

Ils sont, en effet, payés tant par incendie éteint : ce n’est plus dès lors une question de dévouement, mais une question de prime, et comme le plus ou moins de rapidité de l’extinction est aussi considéréré dans la rémunération, il faut les voir briser et saccager meubles et bâtisses pour éteindre plus vite.

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Les concurrences religieuses. — Compelle intrare . — Le crapaud et sa destination. — Du luxe anglais. — Comfortable !

— Non idem in bis. — Les squares. — Invalides anglais et allemands — Au bout de sept ans de services. — Badauds anglais.

— Étymologies. — Petit dialogue à propos de la police.

Les cloches vous rompent la tête. Les schismes — et Dieu sait, ouïe Diable, combien on compte de sectes par là ! — se disputent le passant et le tirent par la manche. J’ai vu trois églises ou chapelles contiguës, toutes trois de cultes différents et arborant sur leur porte , comme au spectacle , l'affiche-programme de leurs exercices respectifs avec le nom du premier sujet. . . je veux dire du prédicateur, en vedette. — Dans une rue du quartier neuf de Chelsea, dévolu surtout aux Français des trains de plaisir, un gentleman zélé qui s’y tenait sans doute en permanence ad hoc , m’a forcé, quoi que je fisse, à accepter de lui une Bible protestante, très-joliment reliée, ma foi! et dorée, imprimée en français. Une des façons du compelle intrare. — C*est

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comme une rage de conversion, et ces gens-là doivent dès lors dépasser le but.

Je me suis rappelé cet abbé méridional qui nous faisait l’instruction des jeudis à la pension Rouit. 11 voulait toujours trop prouver. — Dans une conférence où il nous démontrait que tout avait été créé dans un but nécessaire et déterminé et pour la plus évidente démonstration de l’existence de Dieu, je lève la main pour soumettre une objection. C’était un droit acquis.

— Mais, mon père, lui dis-je, les puces et les punaises à quoi servent-elles ?

— Si vous réfléchissiez avant de m’interrompre, mon enfant, me répond-il avec un accent que je ne saurais reproduire, vous verriez bien vite que ces insectes vous enseignent la propreté. Soyez propre, vous ri* en serez point incommodé.

Et il continue son discours. — Je lève de nouveau la main :

— Et les serpents, mon père? Les serpents, ça ne peut pas servir à la propreté 1

— Réfléchissez-donc, encore une fois! Ne savez- vous pas que les serpents vous débarrassent des crapauds et autres petites sales bêtes?

Et il poursuit. Je n’étais qu’à moitié satisfait. - Me voilà encore la main en l’air :

— Mais, lui dis-je — les crapauds, — à quoi servent-ils?

C’est lui qui réfléchit cette fois, mais pas longtemps :

— Hé ! bon Dieu ! s’écrie-t-il ; ils servent — à nourrir les serpents ! ! !

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11 nous aurait juré volontiers que si Dieu fait la mer salée, c’est pour que les poissons s’y conservent. Faites donc des croyants avec des arguments de ce numéro -là !

Quant à leur luxe, dont ils sont si fiers, quel luxe ! lis n’ont pas le premier et le plus resplendissant élément : le soleil, qui leur manque comme le vin.

Leurs mobiliers sont généralement en crin noir, froid et dur.

Leurs lits sont exécrables, presque aussi mâchants que les lits prussiens, — et la table de nuit — voyez les conséquences ! ■ — est à peu près inconnue.

Dans les tavernes et restaurants , des sièges sans bourre et fixés au sol (la plus désagréable chose du monde). Le consommateur est encaissé dans des boîtes — boxes — qui lui découpent un horizon de quatre pieds.

Montez dans leurs chemins de fer : les premières places valent tout au plus nos secondes et à peu près les troisièmes des chemins allemands. — Dans les troisièmes anglaises vous êtes à découvert et debout. N’y a-t-il pas encore des quatrièmes ?

Nous avons parlé de leur Mac-Adam.

Et voilà les gens qui ont inventé le mot comfortable !

A PARIS. — Mon ami , la rue Laffitte , je vous prie?

— Monsieur, vous allez prendre la... une-, deux, trois... — oui, c’est bien la troisième à gauche, — puis

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la seconde à droite. Vous tournerez ensuite... Au fait, je vais vous y conduire.

— Bien obligé, mais cela va vous détourner de votre ouvrage ?

— Oh ! c’est à peu près ma route.

. . . . — C’est ici, Monsieur.

— Je ne sais comment vous remercier, et...

Mais il est déjà parti et il court pour rattraper son temps perdu.

A LONDRES. — Russell square, sir?

Pas de réponse. — A un autre :

— Russell square, if you please?

11 ne répond pas davantage. Or il pleut à verse, et malgré votre parapluie, vous êtes trempé. — En voici un troisième ; est-il mouillé ! — essayons encore :

— Russell square, sir?

— Russell square ?... Yes... Volez vô... venir... avec moà?... t

— Mille remercîments ! - Au moins voilà un homme serviable !

Vous marchez à côté de lui, le couvrant, — c’est trop juste, — de votre parapluie. Vous allez, vous allez ; encore cette rue, encore celle-là : comme c’est loin !

Tout à coup l’Anglais s’arrête, frappe à une porte, vous indique derrière vous le bout d’une autre rue, longue à rendre myope un presbyte, — et il disparaît.

Vous tourniez depuis une heure le dos à votre desti-

Z1GZ AGS

nation, et l’Anglais est chez lui. C’est vous qui l’aviez accompagné — avec votre parapluie. {Historique et personnel.)

Les squares , — ces beaux jardins oasis, entourés de grilles, que vous trouvez aux grands carrefours, — sont d’une excellente et saine invention.

J’ai demandé pourquoi les Anglais n’y entraient jamais. On m’a dit que c’était de peur de s’y rencontrer.

Leurs invalides de l’armée et de la marine sont bien tenus. Si l’Angleterre n’en est pas encore à élever leur monument aux Invalides civils, — nous n’y sommes bien pas, nous ! — au moins ses vieux soldats sont dignes et d’une bonne et heureuse allure. C’est bien : il faut qu’un peuple prenne soin, à son tour, des serviteurs âgés qui lui ont donné leur sang et leurs années. Et je me souviens avec quel sentiment de tristesse et de honte, j’ai fait l’aumône, moi, Français, à Berlin, aux vieux soldats prussiens mutilés'à Dantzick et à Friedland, qui, vêtus de leur uniforme de bataille, implorent le passant dans le Thiergortcn en jouant de l’orgue...

« — Le temps, me disait un Anglais de grand sens, le temps, c’est de l’argent, selon notre proverbe : Times is money.

» Le plus gros inconvénient de votre immense effectif militaire, dont nous nous passons si bien, nous autres, n’est pas tant encore l’énorme dépense dont il écrase votre budget : c’est de rendre improductifs trois cent

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mille hommes à la fois, et de les démoraliser en leur donnant, pendant sept ans, l’habitude de l’oisiveté. Qu’est-ce que vous pouvez faire ensuite de ces hommes déclassés des fonctionnaires subalternes sinécuristes, des remplaçants, ou des mauvais sujets. Celui qui n’a rien perdu de lui-même au bout de Quelques années de cette vie-là, celui-là est un saint. » •

On reproche aux Parisiens d’être badauds. Il serait peut-être bon de savoir d’abord si la badaud erie est un si gros vice ; mais les provinciaux et autres Anglais ne nous la pardonnent pas. — Vous savez bien pourtant que sur trente personnes que vous verrez dans la rue Montmartre, le nez en l’air et l’œil en quête d’un serin envolé, vous comptez, comme dans tout groupe visible à Paris, cinq Parisiens réels : le reste appartient aux départements.

Quant aux Anglais, j’ai été pendant une grande demiheure, dans Regent -Street, l’occasion d’un rassemblement d’une cinquantaine de cuckneys plongés dans une stupeur contemplative, — en me faisant brosser par un petit décrotteur, l’institution des décrotteurs étant déjà importée à Londres depuis plusieurs mois.

Leur vocable, plus que familier, — blagard, — ne serait-il pas le même que notre blagueur français? Et, d’après une autre identité de prononciation, notre mot d’argot enfantin chipper ne viendrait-il pas de leur célèbre voleur Jack Sheppard dont le romancier Harrison Ainsworth a écrit la curieuse histoire, que l’on trouve

ZIGZACfS.

aussi dans the Annales of Newgate, bxj the Rev. M. Villette .

Entre deux voyageurs venus à Londres par le même

train dit de plaisir , et qui occupent deux lits dans la

même chambre.

Le N°l , rentrant. — Déjà couché !

Le N° 2. — Ma foi , oui ! Je suis sur les dents. Les courses sont si longues dans ce diable de pays ! J’ai été aujourd’hui au Musée, à la Tour, à Harnp ton-Court, au bal du Vaux-bail... Et vous?

Le N° 1. — Moi , je me suis promené un peu aü hasard, et j’ai assisté à une scène assez curieuse.

Le N° 2. — Àh ! ab ! Contez-moi ça.

Le N3 1. — J’étais en train de demander mon chemin à un policeman, qui me l'indiquait avec beaucoup de complaisance, lorsqu’un gamin de douze à quinze ans vient se jeter violemment, non sans intention peutêtre, dans les jambes du policeman. Celui-ci le réprimande. Là-dessus le polisson lui rit au nez et lui tire la langue. Alors, le policeman de vouloir l’arrêter ; mais le mauvais garnement se sauve. Le policeman a lait mine de le poursuivre, et assurément en trois enjambées il eût pu le rattraper, mais il l’a laissé courir, et est venu compléter les renseignements que je lui demandais.

Le N° 2. — Et puis, après ?

Le N" i . — \ près, cV-st. tout. Te suis revenu par le bon chemin.

Le . — Et voilà Tout ce que vou- avez vu de rare •huîS votre journée? Ah! ah ! ah!

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Le N° 1 se déshabille , le N° 2 continue de s’égayer. Quand le N° 1 est au lit :

— Dites donc, voisin : si un gamin s’avisait de pousser un de nos sergents de ville à Paris et de lui tirer la langue ensuite?

Le N° 2, avec feu. — Ah ! il ne risquerait rien ! Il serait bien vite empoigné. ..

Le N° 1. — ... secoué !...

~ Le N° 2. — ...et emprisonné...

Le N° 1. — ... jusqu’à sa condamnation en police correctionnelle...

Le N° 2, tout fier. — Nous ne sommes pas des Anglais, nous autres !

Le N° 1. — ... et j’attendrais encore mes renseignements, et pour une malheureuse gaminerie le pauvre petit diable serait privé de sa liberté de trois à six mois, sans parler des bonnes connaissances qu’il ferait en prison et de l’excellent effet que l’histoire produirait sur son maître d’apprentissage, — et à la première émeute, s’il rencontrait son sergent de ville...

Le N° 2. — Ah çà ! mais... vous ne voulez donc point de police ?

Le N° 1. — Si fait! Mais nous causerons de cela demain matin, si vous voulez. J’ai sommeil, bonsoir!

Le N° 2. — Bonsoir! A demain !

ZIGZAGS

Suite du dialogue. — Pourquoi la loi est forte en Angleterre. — Polices française, anglaise et allemande.— Un cercle vicieux. — Encore une utopie. — Du courage. — lie la cavalerie fribourgeoise. — Un procès à Londres. — Un soldat de Waterloo. — Conclusion.

Le lendemain matin , le N° 1 n’a pas manqué de dire à son voisin le N° 2 :

—Voilà donc un peuple et un gouvernement qui se passent d’armée, qui n’ont pas besoin de gardes nationales et qui se moquent de nos prises d’armes, de nos sentinelles, de nos patrouilles. Un simple service de police municipale suffit aux besoins de l’immense population de cette ville immense.

« Il y a plusieurs pourquoi, Nf> 2, mon voisin.

» Premier pourquoi : — parce qu’ils respectent la loi. » Pourquoi, maintenant, respectent-ils la loi? Parce que la loi est respectable, — parce qu’elle est ponctuelle, absolue, invariable, irrémissible, et que vous ne verrez pas là un attorney -général, entre deux coupables, ne pas s’inquiéter du Constitutionnel et étrangler l'Evé-

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nement, en osant dire que : « la justice ne suffirait pas à la besogne, s’il lui fallait poursuivre tous les délits de ce genre. » C’est dans ce pays qu’au dernier grand incendie de Londres, — ces gigantesques incendies qui servent de repère à la chronologie universelle, — il s’agissait, pour préserver la ville entière, d’abattre quelques maisons ; mais cette démolition d’urgence se trouvait contraire à la loi sur des propriétés : nul n’osa passer outre, et Londres brûla. Des milliers de morts, des milliers de suppliciés par la plus effroyable des tortures, une ville entière anéantie qui était la plus opulente du monde, tous ces épouvantables désastres subis, — parce que deux lignes se trouvaient écrites au lieu de deux autres dans un certain coin d’un certain petit livre. Magnifique et intelligent sacrifice, ô mon gouvernemental voisin, ô vous aussi, révolutionnaires que je sais bien ! - eût-il dû vous coûter cent fois plus cher encore! Entassez toutes les calamités humaines, incendies, inondations, pestes, invasions, vous n’atteindrez jamais, comme puissance pernicieuse, à ce maximum de malheur et de désolation : violation de la loi! Est-ce donc pour rien que dans les flammes de l’enfer chrétien, comme dans les châtiments de l’histoire antique, le plus atroce des supplices est infligé au juge prévaricateur?

« La coutume était en Bretagne, au moyen âge, si vous l’ignorez, mon cher voisin, lorsqu’il s’agissait d’un partage de biens, d’amener sur le lieu les enfants, tous, jusqu’aux plus petits : on désignait les limites, les bornes étaient solennellement posées , puis , ceci fait, tout

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à trac et sans dire gare, tous les assistants, parents, témoins et amis tombaient à coups de pied, à coups de poing, sur les petits, leur tiraient les cheveux, et leur donnaient une raclée célèbre ; — et alors, les pères leur disaient : « Souvenez-vous de cette journée, et rappelezvous que ces limites ont été posées là aujourd’hui et qu’il les faut respecter. » — Les petits les respectaient, allez !

« Refaisons la loi quand elle est mauvaise, mais que nulle nécessité, ni même celle d’Etat, ne nous la fasse violer ; nous aurons tôt ou tard les bénéfices de nos patiences.

» Passons aux détails : les Anglais respectent leur police et lui obéissent, - — parce qu’elle est réellement spéciale, d'une utilité incontestée pour tous. Ce n’est pas eux qui, comme chez nous, auraient eu la maladresse de confondre les attributions de la police municipale que tout le monde est intéressé à maintenir, et de la police politique qui servant les uns se trouve en hostilité forcée avec les autres. La police ne se trouve pas dépasser son but, et cela explique (ce qui est suffoquant pour nous, au premier abord, tant nos gouvernements ont fait haïr et mépriser la police, en la détournant à leur profit) cela explique que les citoyens anglais se fassent à juste titre un honneur d’aider à la police et de porter le bâton de constable.

)> Parlons-en encore. — Leur police est bienveillante , vous avez vu mon policeman de tout h l’heure : Jamais de brutalités odieuses» de cruautés gratuites. Qneîqu’ami de \‘è répression que vous soyez, ô mon voisin ! vous avez certainement assisté * hez nous à. quoique arrestation dans

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la rue ou ailleurs; vous savez comment les choses se passent, et que la bienveillance n’est pas une des vertus f portées au catalogue de nos agents de police. En Angleterre...

— Allons donc! interrompit le N° 2. Est-ce que c’est la même chose chez nous? Est-ce qu’un citoyen français, — comme vous dites, vous autres démocs, — se laissera jamais, en quelque cas que ce soit, conduire au poste sans discussion, opposition, rébellion et rassemblement? 11 faut bien, dès lors, le faire marcher un peu vite. Est-ce que la police peut être aimable et les sergents de ville mettre des gants pour arrêter les gens?

— Mais, cependant, en Angleterre?...

-v Question de tempérament et de climat.

— Soit ! Gomment expliquez-vous alors qu’en Allemagne et en Prusse, — reculons jusqu’en Poméranie et chez les Cachoubes, si vous voulez, — où le tempérament et le climat sent identiques à ceux de l’Anglais, la police soit aussi exécrée que chez nous? Parce que comme chez nous elle est violente, passionnée — et politique.

— Bah! Jamais vous n’aurez en France une administration de police douce et bienveillante, parce que l’administré lui sera toujours malveillant et hostile.

— Voilà un cercle vicieux. 11 serait temps cependant que les choses se passassent autrement, vous ne pouvez le nier, et il faut que quelqu’un commence . Pourquoi ne serai*, -ce pas le gouvernement qui, puisqu’il gouverne, a la prétention . sans douté, d’être plus juste et raismv oahlé que ses gouvernés ?...

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— Ta ta ta ! dit le N° 2, vous êtes un utopiste ! un révolutionnaire !

— Hélas ! mon pauvre homme, je suis plus conservateur que vous ! — Allons déjeuner! »

Un Anglais jure que le soldat de sa nation Remporte sur tous les soldats du monde. Un Français, là-dessus, hausse les épaules, bien convaincu de la supériorité du soldat français.

Quelques-uns m’en voudront peut-être d’écrire en français que tous les deux peuvent avoir raison. Je ne puis que renvoyer à ces personnes, pour tout concilier, le Polonais, le Prussien, le Danois, le Russe, le Turc et le Mozambique, qui ne laissent pas que d’avoir chacun sa prétention absolue à la première place.

Tous, et le Belge aussi, vous montreront dans leurs bibliothèques le même rayon garni de Victoires et conquêtes , et. vous chanteront, depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, une suite de refrains patriotiques à la plus grande gloire de leur valeur nationale. Je me rappelle dans quelle stupéfaction je jetai ce digne soldat Badois en lui objectant, bien qu’avec timidité, que nos troupiers français pourraient peut-être soutenir le choc de ceux de son grand-duc. 11 parut s’apitoyer beaucoup sur mon aveuglement.

Sans parler de mon aubergiste de Fribourg, qui me disait : « A chaque peuple, son arme, monsieur, — marine anglaise, infanterie prussienne, artillerie française et cavalerie fribourgeoise !» — Je crois que le contingent de Fribourg est de cent cinquante chevaux.

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Et écoutez donc un Italien ou un Espagnol ! Plus superbes qu’un Marseillais — presque !...

Un commis de oanque française vient tenter la fortune à Londres et s’y établit banquier. Il ne réussit pas et se voit réduit, au bout de quelques mois, à déposer son bilan. Sa situation est régulière d’ailleurs : le passif est largement balancé par l’actif, mais Pactif est au dehors. Il faut se résigner devant l’extrémité fatale.

La veille de sa déclaration, notre homme est seul dans son cabinet. Trois hommes entrent, trois créanciers, et mettent le pistolet au poing. — Nous savons, disent-ils, que demain vous déposez votre bilan ; nous savons aussi que votre caisse contient cinq mille livres en espèces. Vous nous les devez, payez-nous! — Mais, répond le banquier, je n’ai plus le droit de disposer de ces fonds, qui appartiennent, à titre égal, à tous mes créanciers. — Le trio insiste avec menaces, et le banquier, intimidé, finit par céder et remet les valeurs.

Dès lors la situation se complique. Ce n’est plus devant la chambre des faillites qu^il a à comparaître, mais devant la cour des banqueroutes. Le cas est grave, il est bien invraisemblable en effet que le banquier, jeune et fort, et pouvant d’ailleurs appeler au secours, ait cédé devant des intimidations de nature aussi insolite.

Son avocat, — avocat anglais, — le défend avec tant de talent. 11 commence par établir sur preuves l’honnêteté de son client : il constate ensuite et démontre irréfutablement l’acte d’agression dont il a été victime.

— Trois hommes se présentent à nous, s’écrie-t-il

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dans son éloquente péroraison, — trois hommes, trois Anglais, vigoureux, armés, déterminés! nous sommes seul, nous sommes Français ! Or, qui de vous, honorables juges, ne sait qu’un Anglais vaut quatre Français? Pour qui sait compter, trois lois quatre fbnt douze : — que voulez-vous que nous fissions ? un contre douze !.. .

Cet argument final enlève les juges et l’auditoire. Le Français est acquitté.

Voici le pendant. Le domestique de J. V. . . — un vieux soldat de l’Empire — ne voulait pas que son maître allât à Londres : « — Qu’est-ce que vous verrez en Angleterre, disait-il, puisqu’il n’y a plus d’Anglais? Je les ai tous tués à Waterloo ! »

Chose singulière, que tous les peuples se soient comme donné le mot pour exalter au-dessus de toutes la vertu militaire, une vertu dans laquelle, en tels cas donnés, la prédominance d’un tempérament, ou sanguin ou nerveux, entre pour une première bonne moitié, et la question de digestion , bonne ou mauvaise , compte pour la seconde. Quelle vertu ! elle tue les hommes, au lieu de les soulager et de les secourir.

Misérable, barbare et niaise vertu, celle qui se nourrit de sàng versé et de chairs pantelantes, qui se chamarre d’oripeaux, et que possèdent au-dessus de tous les capitaines du monde, la fauve stupide, le chien enragé, le fou furieux dans sa camisole de force. Vertu de passage, — vertu historique, pour avoir tout juste une

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raison d’être, — et à l’aspect de laquelle le philosophe chrétien se détourne avec douleur pendant que Massillon a beau donner sa bénédiction aux drapeaux. — Et pauvre humanité, qui a tant besoin d’idoles qu’elle va s’en créer d’aussi abominables pour les adorer pendant la suite des siècles et jusqu’au dernier moment, quand tombera le voile qui cache encore le Dieu vrai, le Dieu de fraternité et d’amour !

Me voici au bout de mes notes. — J’ai dit comment elles ont été prises, et qu’elles devaient être acceptées de même.

Je dois ajouter en terminant qu’il faut faire, dans les jugements que j’ai portés, la part de cette irritation générale et vague que ressent tout étranger, — nous surtout, — dans un pays nouveau pour lui. Un Français trouve en Angleterre plus qu’ailleurs cette malheureuse facilité de s’exaspérer. J’ai vu des compatriotes exagérer cette disposition jusqu’à refuser d’apprendre la langue de ces — Chinois de l’Occident, — comme ils les appellent, chez lesquels ils sont pourtant ‘ forcés de vivre. « — 11 y a assez longtemps que je suis ici, me

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