‹ Le miroir aux alouettesChapitre 9 sur 11 · CONFIANCE RENAIT · texte numérisé non relu

CONFIANCE RENAIT

Savez-vous que les outils ne peuvent entrer dans la prison ?

Est-ce de peur que le détenu tâche de se libérer par son labeur? Est-ce tout banalement une précaution contre Faction moralisante du travail ?

Pourquoi, enfin?

Plutôt que de vous parler d'un naïf vigneron d'Argenteuil qu'on a envoyé se casser le nez au greffe, et auquel on avait persuadé de demander une sortie de trois jours pour faire ses vendanges, son fils le remplaçant pendant ce petit laps, — je vous citerai un pauvre tailleur dont l’histoire est assez exceptionnelle. Cet homme était très-pauvre, chargé de famille et sans ouvrage : un créancier impitoyable le fait incarcérer. Grand désespoir d’abord et grosses inquiétudes : et ma femme et mes enfants ! — Mais voici qu’un détenu lui donne quelques boutons à coudre, — les aiguilles peuvent passer au greffe ; — un autre lui demande un fond de pantalon ; bref, comme c’est un ouvrier habile et laborieux, voilà les réparations qui pleuvent, et enfin des commandes ! Le tailleur a plus d’ouvrage qu’il n'en peut faire ; sa femme vient l’aider la journée, le soir il veille ; — le pain qui lui a toujours manqué dehors, il le trouve ici pour lès siens et pour lui, et il peut enfin, à

force de faire des culottes aux autres, donner des culottes à ses petits.

— Mon Dieu ! disait le pauvre homme, accordez-nous la grâce de me tenir longtemps en prison !

Ses premiers trois mois vont expirer, les transes le prennent : pourvu que Tihcarcérateur ne se lasse pas et dépose les aliments de la seconde période ! — Et s’il allait l’oublier! — Notre homme n’en dort pas les deux dernières nuits. A l’heure fatale, il court au greffe : les minutes se passent, l’heure sonne, le créancier n’est pas venu ! Le tailleur s’arrache les cheveux, obtient, à force d’instances, de déposer lui-même, dit-on, de' son argent, vingt sous entre les mains du greffier, — pour la journée du lendemain, — et écrit à son incarcérateur, qui ne veut plus l’être, une lettre déchirante et de reproches fulminants : — « Il faut que vous ayez l’âme bien dure, bien noire, pour mettre ainsi en liberté un pauvre débiteur qui, etc. »

Vous imaginez, dans cette bizarre affaire, quelles ressources de comique — avec quelque attendrissement -- pour tant de gens à l’entour haletants après la liberté ! — Le créancier n’a pas bronché : alors les détenus ont fait entre eux une collecte, etl e prisonnier, ravi, a envoyé bien vite et glorieusement, au nom de son créancier, les trente francs au greffe.

Je ne pourrais vous dire les transports de joie de ce pauvre homme — si heureux de payer de sa liberté son droit au travail, le pain de sa femme et de ses petits — et comme il nous remerciait, les larmes aux yeux...

CLJCHY EN 1850.

J’ai vu entrer dans la prison un homme dont le visage était meurtri, les vêtements souillés et déchirés, et dans un état d’exaltation extraordinaire.

C’est un capitaine de navire marchand, de Bordeaux. Il devait partir pour les Antilles le surlendemain : il avait un intérêt très-fort dans sa cargaison, et au retour ce voyage deyait réparer complètement ses affaires. Par malheur, il avait dû venir passer quelques heures à Paris popr donner une signature, et malgré tontes ses précautions d'incognito, les gardes du commerce Pavaient arrêté à deux heures de l’après-inidi dans la rue Laffitte.

En une situation pareille, la prison c’était la mort, le déshonneur peut-être* Le marin s’était sauvé, -*■ mais les recors, se précipitant à sa poursuite, crièrent : au voleur ! au yoceüj\ J...

La foule courut aussi : un commissionnaire lança son crochet dans les jambes du fuyard* L’homme tomba, on se rua sur lui, et on le jeta dans la prison, fou de honte, de rage et de désespoir.

Ce procédé est employé au besoin, sans autre scrupule, par les gardes du connwee.

Je m’indignais,

— Mais , disais-je , il faut intenter une action en justice .contre ces misérables. . ,

C’était à un vieux détenu à tête chauve que je parlais. — IJ pie regarda avec commisération pour toute réponse.

A monsieur Adolphe Thiers.— La Société philanthropique. — Ses

statuts et ses résultats. — De la contrainte par corps. — Moralité. — Exeat. — Épilogue.

Demandez-vous ce que peut manger, pour quatorze sous par jour, — les six sous prélevés pour la location des meubles que j’ai dits, — un homme en prison, c’està-dire n’ayant même pas la liberté de faire ses emplettes lui-même et forcé d’avoir recours à des intermédiaires coûteux ?

Les détenus pour dettes se sont posé un inimaginable problème :

Cette chétive somme étant donnée, qui pour plusieurs ne s’accroît d’aucunes ressources extérieures, et à l’aide d’une cotisation d’entrée minime jusqu’au dérisoire,

— Assurer d’abord à chaque détenu une nourriture suffisante et saine ;

— En fonder les moyens, c’est-à-dire acheter un gi¬

gantesque fourneau commun en fonte, et ‘établir un filtre pouvant donner . litres d’eau par jour ;

— Fournir des bains, et, préalablement encore, acher ter et faire disposer le matériel ;

— Créer et entretenir, ces besoins premiers satisfaits, pour les distractions morales et physiques, un cabinet de lecture bien assorti, et un jardin avec promenades ombreuses, sièges sous les bosquets, sable et gazons, et fleurs toujours renouvelées, — sans parler des jeux de toutes natures ;

— Payer subsidiairement un salaire équitable aux employés commis à ces divers départements, cuisiniers, chauffeur, baigneur, jardinier, etc. ;

— Constituer enfin une caisse de secours pour venir, pendant leur détention, en aide aux plus pauvres et payer pour eux à leur sortie, en cas de carence, les frais de levée d’écrou ;

C’est-à-dire, en deux lignes, donner le plus curieux exemple, incontestablement, de la puissance de Fassociation fraternelle, du socialisme appliqué ; de gros mot est lâché. — Ici, laisser un bon quart d’heure à M. Thiers pour s^en tenir les côtes.

Or, ce tour de force a été accompli, et il se continue tous les jours. Et voici comment fonctionne la Sodé é philanthropique pour V amélioration du sort des détenus pour dettes et quelques détails sur les rouages de la machine. — Vous allez voir combien d’intelligence, de sollicitude, de délicatesse, de dignité dans tout ceci. Les statuts sont imprimés ; je me borne, presqu’absolument, à quelques extraits.

La Société philanthropique a donc pour but l’amélioration du sort des détenus pour dettes, de donner aux sociétaires nécessiteux les secours dont ils ont besoin.

et — j’avais oublié ceci, — de présenter à ses membres un centre d’action qui facilite leurs relations avec le dehors et d’où l’on puisse faire parvenir à l’autorité les réclamations.

Chaque sociétaire paie deux francs à son entrée et verse en outre une cotisation de 5 centimes par jour.

L’administration de la société est confiée à un comité formé de trois membres titulaires et deux suppléants à voix consultative. Ce comité présente à la discussion et au vote de l’assemblée générale, le 15 de chaque mois, le budget présumé du mois suivant, et le 1er ses comptes du mois précédent.

Les recettes se composent : 1° des cotisations perçues; 2° du produit des jeux ; 3° du produit des bains, de la bibliothèque, de la location des journaux ; 4° des donations.

Les dépenses : 1° des articles votés ; 2° des secours ; 3 des dépenses imprévues.

Le jour de la reddition des comptes est nommée, au scrutin secret, une Commission de Surveillance , composée de 3 membres, à l’effet d’examiner et de contrôler les comptes présentés et d’en faire son rapport.

La Commission des Secours se compose des cinq membres du comité. Trois suffisent pour statuer sur une demande. La demande du sociétaire nécessiteux peut être faite par un tiers.

La commission n’accorde que des avances , et en se réservant la faculté d’en réclamer la restitution si la personne secourue revient à une position qui Jui permette de l'effectuer. «Dans ce cas, le récépissé souscrit

par l’emprunteur lui est rendu, et le numéro correspondant est rayé du registre, de manière à ce qu’il ne reste aucune trace de son nom. «

Le conseil judiciaire , qui éclaire les détenus sur les questions relatives à la contrainte par corps et les seconde dans les démarches nécessaires pour l’obtention de leur liberté, est composé de cinq membres élus en assemblée générale sur une liste présentée par le comité et choisie parmi les sociétaires qui ont fait des études de droit ou qui, par la nature de leurs affaires, ont acquis des connaissances spéciales.

On peut supputer ce que produisent au total ces recettes diverses : cotisations d’entrée, apport quotidien, recette des bains, amendes (exemple : 50 centimes pour qui marche sur les gazons; responsabilité du détenu pour ses visiteurs), fermes de la bibliothèque, des journaux et de tous les jeux : billard d’une part, jeux du jardin de l'autre, comprenant les boules, quilles, tonneau, ballon, etc., et jeu du soir, le loto — dont j’ai vu, dans une adjudication, la seule enchère monter à 70 fr. pour le mois.

Ces ressources permettent à la Société dite des aliments ou du pot-au-feu, qui procède de la Société philanthropique et s’y engrène, avec sa direction particulière, son comité et ses comptes rendus mensuels, de céder aux sociétaires à des prix infimes la soupe , la viande et les légumes tout cuits. Notez, d’ailleurs, que rien n’est obligatoire dans tout ce communisme : chacun peut être membre de la Société philanthropique

sans être forcé pour cela d’acheter ses aliments à la Société du pot-au-feu. Liberté complète pour chacun dans l’application personnelle en même temps que bénéfice des avantages communs, mais à la condition d’assistance à l’égard du voisin. Gela explique, pour ne pas parler des suppléments des friandises individuelles, les innombrables petites cuisineries particulières qui bouillent , rôtissent, frisent , mitonnent et gratinent au foyer commun et fraternel du grand fourneau.

Les dissidents — ceux qui se refusent à faire partie de la Société philanthropique — sont exclus de tous ces avantages. Le fourneau leur est interdit, l’eau clarifiée ne leur appartient point ; ils ne peuvent ni s’asseoir sur les bancs du jardin achetés on construits par l’association, pi même rigoureusement sentir une fleur ; ils n’ont droit de jouer à aucun des jeux de l’association, fût-ce en payant la rétribution an fermier , — et c’est justice. Pourquoi jouiraient-ils du fruit de sacrifices dont ils n’ont pas pris leur part ? Il faut dire que les refus de faire partie de l’association sont bien rares, et que le dissident cède bientôt d’ordinaire autant devant l’évidence des avantages que lui offre la société que sous la réprobation morale, — compelle intrare, — dont son égoïsme inintelligent est frappé.

Les femmes détenues, qui sont logées dans la première cour, sont forcément privées des bienfaits de 1- association organisée, et réduites au chacun pour soi. Lp nombre de ces malheureuses est heureusement fort restreint : il n’y en a jamais plus de deux ou trois dans la

tribune du fond qui leur est réservée à la messe du dimanche. — Pour elles comme pour les détenus-hommes, la présence à cette messe est facultative.

Pour revenir aux statuts de la Société philanthropique , voici quelques détails encore choisis çà et là.

Outre les assemblées ci-dessus déterminées, le comité peut en convoquer d’autres quand les circonstances l'exigent , ou s’il en est requis par le conseil de surveillance, ou, dans les vingt-quatre heures, lorsqu’il est saisi d’une demande signée du tiers des membres de la société.

Les élections du comité et des caissiers ont lieu, nonobstant les élections partielles et fortuites, six fois dans l’année, de deux en deux mois. Les fonctionnaires sont indéfiniment rééligibles, à l’exception des membres du conseil de surveillance qui ne peuvent être réélus qu’après un intervalle d’un mois. Les caissiers doivent réaliser la majorité absolue. Les employés salariés ne peuvent être fonctionnaires ni adjudicataires d’une entreprise quelconque de la société. Des règlements spéciaux fixent la police des assemblées, du fourneau, de la bibliothèque, des bains, des jeux, etc.

Le règlement des assemblées est rédigé avec le même esprit de sagesse et de modération. Il ressemble d’ailleurs aux règlements de toutes les assemblées délibérantes. La pénalité pour les membres qui troubleraient l’ordre de ses discussions consiste en invitation au silence de la part du président, réprimande sévère, enfin exclusion temporaire de l’association. Dans les cas gra-

ves, le procès-verbal mentionnant l’exclusion et les motifs est lu à une ou plusieurs des séances suivantes. Inutile de dire que cette pénalité n’a jamais lieu d’être appliquée.

Je remarque un paragraphe qui me semble un peu entiché de tendances aristocratiques : le membre qui a obtenu la parole doit se tenir debout, — à l’exception des membres du comité qui peuvent parler assis — Bah !

En tout soixante-sept articles en dix chapitres pour les statuts généraux. — Le règlement des assemblées générales en contient 19.

11 faut finir, — et je ne vous raconterai point une séance d’assemblée générale sous le grand bosquet, les sociétaires assis, pressée sur le banc circulaire, — le bureau Sous la petite tonnelle en face du centre ; — devant le bureau, le tonneau qui sert de tribune, sauf qu’on ne monte point desâus; — la gauche un peu bruyante et rieuse ; — le rapporteur s’élevant côntre un jeu nouveau. — le rat , — jeu naïf et sans besoin d’autre mise de fonds qu’un bout de ficelle et deux mouchoirs de poche, mais, par cela même, jeu funeste aux recettes des fermiers du jardin, qui voyaient abandonner leurs quilles et leurs boules pour ce nouveau jeu si divertissant, — et une belle péroraison du même rapporteur, sur ce que nous ne devions pas jouer pour nous amuser, mais en vue de la redevance. Je ne vous parlerai point d’une hausse factice poussée, dans l’intérêt de la caisse commune, par l’ Ambassadeur , auquel l’adjudication se trouve decernée, aux grands applau-

dissements des blousiers spéculateurs , et qui se voit pour tout un grand mois garçon de billard, — à ses frais encore ! — non plus que d’une enchère couverte uq moment par notre ami Marolles, que nous retrouvons là, et qu’il retire tout honteux, aux éclats de rire et aux cris : A bas l’ambitieux ! à bas Cromwell!

Encore un dernier article des statuts :

«La société actuelle est permanente;

SA DISSOLUTION NE POURRA RÉSULTER QUE DE L? ABOLITION DE LA CONTRAINTE PAR CORPS.»

Hélas ! à quand ?

Voici une loi inique, et de plus inutile. On s’indigne à la pensée qu’aux époques de barbarie un conquérant ait privé les vaincus de la liberté, et cette liberté, ce premier des biens, ce droit et ce devoir en christianisme , motre civilisation l’arrache au misérable qui manque de quelques écus (1) ! Qui peut dire à quoi, à qui cette loi sert ? Dans les sociétés anciennes , le débiteur, était l’esclave de son créancier ; au moins y avait-il travail du second au profit du premier ; — mais là, rien qu’une inaction démoralisante, l’impuissance, la ruine, le déshonneur. Et le châtiment subi , — car c’est un châtiment et non une garantie , — la dette existe encore : la prison ne l’a pas payée.

On a invoqué les intérêts du haut commerce de Paris:

U) Pétition adressée à l’Assemblée nationale pour les détenus de la Dette.

CL^Hy EN 1850.

or, il se trouve, eu consultant les registres d’écrou, que la maison d’arrêt pour dettes du département de la Seine renferme à peine quelques détenus écroués à la requête d’une maison honorable. Ce ne sont, pour la plu part, qu’acheteurs de créances, hommes d’affaires, trafiquants et usuriers.

Le négociant le plus honnête, qui aura épuisé toutes ses ressources pour éviter la faillite, et qui a tout livré au gouffre du déficit, verra sa position s’aggraver et empirer en raison même de sa plus longue résistance, de son plus de probité. On l’arrachera à sa famille, on lui ôtera même, parle fait seul du discrédit amené par l’incarcération, toute chance de se libérer plus tard. Croirat-on un jour que les femmes mêmes — en France et au xixe siècle -tt- aient été jetées en prison pour dettes, et plus cruellement traitées encore que lés hommes? Peut-on croire qu’une détenue ne peut voir son mari qu’en présence d’un gardien — précaution honteuse, immorale, que la pudeur n’oserait expliquer et qu’il faut dire : la constatation de la conception implique la mise en liberté.

Pour les étrangers, l’arbitraire est sans limites. L’étranger est arrêté préalablement et préventivement détenu sur affirmation de la dette par le créancier , sans jugement ; et s’il veut sortir pour se défendre il déposera un cautionnement !

Si difficilement justifiable est cette loi, que les nouveaux législateurs qui l’ont rétablie ont, comme je le disais, étendu les dispenses, multiplié les moyens dilatoires — quelquefois de la façon la plus puérile, La durée

CL L UH Y EN 1850.

de l’emprisonnement a été réduite par le maximum de 5 à 3 ans : c’est maintenant trois mois lorsque la dette n’atteint pas 500 fr. ; 6 mois lorsqu’elle n’atteint pas 1,000 f. ; 9 mois, 1,500 f . ; un an, 2,700 f. ; 3 ans, 6,000 f. et au-dessus, — au lieu d’un an, lorsque la dette ne s’élevait pas à 500 f. ; 2 ans, 1,000 f. ; 3 ans, 3,000 f. ; h ans, 5,000 f. ; 5 ans, 5,000 f. et au-dessus (1).

En outre, avant 1848, le privilège qui couvrait de la contrainte par corps le mari contre sa femme, et réciproquement, et entre eux les ascendants, descendants, frères et sœurs ou alliés au même degré, s’étend main tenant aux oncle, tante, grand-oncle, grand’tante, neveu et nièce, ou alliés au même degré.

La loi de 1848 décrète l’inviolabilité des septuagénaires.

Elle donne le droit d’appel au détenu, dans les trois jours qui suivent l’incarcération, même après acquiescement au jugement.

Le débiteur élargi faute de consignation d’aliments ne pourra plus être incarcéré pour la même dette. — Et pourquoi ? Est-ce qu’un retard ou une erreur de son incarcérateur le rendent moins coupable ? Et si ce n’est pour culpabilité que vous le retenez là, si le privilège de l’incarcérateur a sa raison d’être, comment ce retard peut-il, équitablement et en droit, détruire ce privilège ?

(i) Ce qui l'ait toujours que \ tï. de différence amène une prolongation de t» ois mois; ainsi, 3 mois pour une somme de 200 fr. à 499 fr. : 6 mois, de 500 à 999 fr. ; et ainsi de suite jusqu’à 33 mois, de 5,000 à 5,199, et 3 ans, de 5,500 fr. à...

OLICHY EN 1850.

Puis comptez toutes les chances d’irrégularité de la lettre de change...

Enfin, l’humanité entière proteste contre cette législation. En Angleterre, la loi de l’emprisonnement pour dettes a subi de si profondes modifications et restrictions, qu’elle n’existe pour ainsi dire plus. - En Espagne, elle n’a jamais existé. — Les Etats-Unis la repoussent avec horreur et dédain.

En France, nous l’avons rétablie quelques mois à peine après la révolution de février, qui l’avait abolie.

« — L’emprisonnement pour dettes, — dit encore Alp. Karr, qu’il faut toujours citer quand il l’agit d’humanité et de bon sens, — n’atteint guère que les malheureux. Pour les débiteurs malheureux, c’est trop dur ; pour les escrocs, c’est trop doux. — On sait bien qu’il faut punir le malheur et la pauvreté, — du moins cela s’est fait dans tous les temps et dans tous les pays ; — mais il faut y mettre un peu de modération. »

J’avais assez vu ces iniquités, ces tristesses et ces désespoirs. Mon ami le 33 avait raison : il fallait attendre pour juger.

Quelques pas d’un homme d’affaires dévoué — je l’ai trouvé ! — et quelques mots d’un avocat habile m’ouvrirent la porte dès que je l’eus voulu.

Je lui ai dit adieu, à mon ami le 33, — à lui et à tous ses fous. — Il m’a serré la main avec une cordialité mélancolique.

— Je ne vous ai point raconté ma folie, à moi, m’a-t-il

dit : c’est de croire que ceux qui partent — et que j’aime

— reviendront me voir ?

J’irai.

J’y suis allé — et plusieurs fois — porter des consolations à ces pauvres gens.

Je les ai vus, la dernière fois, singulièrement émus et indignés d’un article sur la prison de Clichy , qui venait de paraître dans le journal le Droit. Une assemblée extraordinaire des détenus avait été èonvoquée à propos de cet article, à l’effet de délibérer sur les moyens d’y ‘ répondre.

( Et, à ce propos, je dois ajouter que le principe de la contrainte par corps ayant été discuté encore une fois, l’assemblée des détenus de Clichy a aboli la Contrainte

— à l’unanimité. )

J’ai lu cet article ; j’ai vu avec regret que l’auteür se prononçât pour la contrainte, et avec surprise que ses chiffres et preuves fussent en contradiction presque absolue avec ses conclusions.

Voici, par exemple, un résultat statistique naïvement avoué par le rédacteur du Droit : Èn 1849, 312 débiteurs sont entrés à Clichy. En sont sortis, même année :

Par expiration de temps . 3

Transfèrement . -H

Cession de bien . i . 1

Sauf-conduit (faillites) . 27

Arrangements . 12

Manque d’aliments . 44

Consentement du créancier . 111

Par PAIEMENT . . . . ... .^..w.... 19

Ce dernier chiffre est-il assez éloquent ?

Si vous désirez savoir sur quelles professions se trouvent réparties ces 312 détentions, accomplies en vertu d’une loi essentiellement dévouée aux dettes dites commerciales, vous trouvez : — 6 avocats, — 6 employés,

— 49 propriétaires, — 16 hommes de lettres, — h voituriers, — k militaires , — 6 ouvriers, — 35 sans profession, — 3 serruriers-mécaniciens, — 2 porteurs de charbon, — 1 étudiant, — 66 négociants, — 6 entrepreneurs, — 6 tailleurs. — 65 industriels, — 9 professeurs, — 5 artistes, — 2 médecins, — 6 ingénieurs, — 1 architecte, — 5 fabricants, — 9 courtiers. Résumé :

— 157 négociants patentés, — 155 divers non patentés. Et quelles tristes réflexions ne suggère pas ce tableau

des âges des détenus , encore fourni par l’article du Droit :

De 21 à 25 ans,

De 25 à 30

De 30 à 40

De 40 et au-dessus,

Ainsi c’est à ce moment de la vie où l’homme, après avoir vu s’évanouir les espérances, les forces et les ressources de la jeunesse et après avoir perdu l’appui de ses parents, se trouve lui-même obligé de pourvoir aux besoins de la famille qu’il a créée à son tour, c’est à ce moment surtout que la contrainte par corps vient exercer contre lui ses rigueurs !

Mais tout n’eût-il pas été dit contre cette législation , l’auteur de l’article du Droit n’avait-il pas sous les yeux une éclatante et triste manifestation de vérité et de jus-

tice dans ce fait inouï, qu'il semble raconter lui-même avec quelque complaisance :

— Lorsqu’en février i 848 un des premiers actes de souveraineté du peuple fut, comme en 1830, la délivrance des prisonniers pour dettes , plusieurs détenus refusèrent obstinément de sortir, invoquant le bénéfice de la loi qui leur donnait le droit de profiter des aliments déposés par leurs créanciers. Privés de toutes ressources, sans asile après une longue détention, ces malheureux reniaient la liberté et se cramponnaient aux barreaux de la prison où ils trouvaient du pain !

Débiteurs de bien mauvaise foi, assurément, que la loi a bien raison de livrer aux tortures de la contrainte par corps, jusqu’à ce qu’ils se soient décidés à livrer leurs trésors !...

Quelles que soient vos rancunes légitimes contre un débiteur de mauvaise foi, en quelque circonstance que vous vous y trouviez, n’oubliez jamais que la morale est une, et qu’il n’y a aucune raison, fût-elle d’Etat, qui puisse vous absoudre de faire la chose qui ne DOIT pas être faite.

N’oubliez jamais qu’il est à terre des couteaux que, même contre son plus mortel ennemi, l’honnête homme ne ramasse jamais !

ZIGZAGS

DANS LONDRES

ET P A 1! T 0 U T PERDANT L’EHOSIIIDN

To the author, unknown to me , of a spacious ârawing published , by the most icilly journal J UE PUNCH, and intilted: The gi eat Exhibition of Induslry, master pie ce of phitosophical caricature ,

Token of admiration and sympathy.

A l’auteur, inconnu pour moi, d’une grande page publiée dans le très-spirituel journal PUNCH, et intitulée : The great Exhibition of Indus try , chef - d’œuvre de caricature philosophique.

Hommage d’admiration et de sympathie.

Nadar.

« Pendant un premier mois de séjour à Londres, j’essaie de noter au jour le jour sur des feuilles éparses ce que je vois et ce que je pense.

» Peut-être ce mode a-t-il quelques avantages. J’imagine qu'un nouveau débarqué doit avoir le coup d’œil prompt et investigateur. Il est trop avide pour rien perdre ; toute saillie l’arrête, tout angle le heurte, toute particularité l’intéresse.

» Je désire que le lecteur trouve dans ces notes, — sans se déranger, — ce qu’il aurait pu penser et voir lui-même, en quittant ses occupations et en s’exposant

ZIGZAGS

aux ennuis du voyageur, terreur d’un vrai Français, — qu’il doit être.

» Je tâcherai de ne rien oublier, sans jurer pourtant de ne jamais me tromper en rien ; — mais je ne parlerai ni du Tunnel, ni de la Tour, ni de Windsor, ni de la salle du Parlement. J’ai, d’habitude, le tort de ne pas m’intéresser trop vivement aux obélisques ni aux puits de Grenelle, la curiosité objective m’ayant toujours fait défaut. — On trouvera, d’ailleurs, ces estimables détails dans tous les — Guide à Londres — de , la nature. »

Perfidie des rues anglaises. — Gomme quoi Londres pourrait bien n’être pas plus grand que Paris. — Poivrières et cornets. — Sur les trottoirs. — Slioking ! — Le droit à l’assistance et M. Thiers.

— La Vierge à l’oie. — Deux ivresses. — Du péché d’orgueil.

— Quais et forêts. — Lampe et chandelle. — Une pierre dans les vitres. — Les horse-guards et leurs casques. — Lovely Morning. — A propos d’un lavabo. — Ce que c’est qu’un Singleman .

Se défier avant tout des rues de Londres, qui, comme les rues de Munich et de Berlin, se ressemblent si souvent entre elles, avec leurs éternelles maisons à trois étages, à grilles, à cuisines-caves en saut de loup, à petites portes, que, plus d’une fois, perdu dans ce pays insidieux (voiries mémoires de Las Gazes), — j’ai cru que ces rues perfides s’amusaient à changer de place ou tout au moins de nom pour me tromper.

A propos des maisons et quant à l’étendue de Lon-

DANS LONDRES

dres, dont un Londonnien se targue si volontiers pour humilier un Parisien, veuillez couper en deux tranches horizontales, — par votre pensée, — nos maisons de Paris à six et sept étages ; posez-moi ces tranches à côté des premières, et sans trop nous inquiéter même de défalquer les squares et les immenses emplacements des parcs, je crois qu’alors, avec ses sept lieues de tour, Paris ne serait pas trop loin de compte avec Londres.

Je n’y tiens guère, du reste, et, bien que le choléra dans ses visites ne les traite guère plus amicalement qu’il ne fait pour nous, je suis tout disposé à croire, — tant pis pour les piétons! — que les Anglais sont, en cette affaire, comme en d’autres, beaucoup mieux avisés que nous.

Le premier aspect de Londres monumental est bizarre. Depuis Saint-Paul jusqu’à la dernière chapelle, tous les édifices y affectent des formes hétéroclites. Ce ne sont que poivrières, gourdes, cornets. Plusieurs affectent des allures pointues et suraiguës, comme s’ils n’avaient point été mis là pour avoir affaire à des visages.

Ce que dit, en parlant de la critique, Rivarol, — un homme d’éloquence en dépit de son style précieux, — peut se généraliser aussi pour toutes les formes de l’art. — « Pour critiquer, il faut du jugement et du goût. Le jugement se contente d’approuver et de condamner ; le goût jouit et souffre, il est au jugement ce que l’honneur est à la probité. »

ZIGZAGS

Combien de fois en ces matières nous verrons les Anglais se contenter d’être strictement honnêtes !

Ce qui m’a le plus surpris, comme tous les voyageurs, en débarquant, c’est l’innombrable quantité de pauvres. Il y en a plus encore que de filles, bien qu’en vérité, à voir Londres le soir et ces myriades de malheureuses foisonnait sous le gaz, on croirait que la moitié de la population en veut au tempérament de l’autre. La police, en bonne protestante, trouve qu’il est immoral et au-dessous d’elle de s’occuper de ces détails.

Quant aux pauvres et pauvresses — en habits, robes à volants et chapeaux comme on vous les a racontés tant de fois, le tout de guenilles que la plume ne décrit pas, — ils haïssent surtout les Français, qui seuls leur donnent quelque chose. Jamais vous ne verrez un Anglais faire l’aumône dans la rue. Outre que l’Anglais se trouve suffisamment dégagé par la taxe ,des pauvres qu’il paie sous tant de formes, il n’est pas convenable qu’un — gentleman — touche du cuivre. Les boutiquiers vous rendent la monnaie de billon enveloppée de papier.

Ce très-grand nombre de pauvres et leurs détresses incroyables, l’avilissement, la dépravation et la brutalité sauvages des classes inférieures s’expliquent par un seul mot, — qui fait comprendre en même temps que ces misères inouïes vivent, sans sourciller, soumises même et déférentes jusqu’à la bassesse servile.

DANS LONDRES

côte à côte avec l’opulence sans bornes et le luxe le plus insolent

Je veux parler du Droit à V Assistance, qui existe réellement en Angleterre. Les conséquences de cet étrange Droit sont toutes simples.

L’ouvrier se dit : « Quand l’âge ou la maladie m’auront mis hors d’état de travailler, ma paroisse sera forcée de me nourrir. A quoi bon m’imposer des privations pour faire des épargnes sur un salaire toujours si modique? J’aime bien mieux vivre selon ma guise et ma fantaisie : je suis sûr de ce que je tiens et demain n’existe plus pour moi. Je satisfais mes penchants, je jouis de toutes mes ressources, et si, — quoiqu’on ne m’ait jamais dit que l’homme puisse penser, — s’il me vient quelque tristesse vague, quelqu’inquiétude dè l’avenir, quelque mécontentement de cette vie ou soupçon de la possibilité d’une autre plus digne, — je boirai du gin que j’aime tant. »

Il ne se dit même rien : il exécute. Dès lors, la propriété, cet élément si nécessaire en civilisation dans la succession des phases, est supprimée ; toute moralité s’évanouit ; la famille est suppléée par la débauche crapuleuse. La bête féroce s’accouple au hasard, et de cette race pourrie, la génération qui sort va naître comme elle, grouiller et croître dans la boue, le vice, l’ignorance, la honte et les ténèbres.

Et donnez à ce peuple-là, désormais, le sentiment d’un droit!..... Buvez, mangez et dormez tranquilles, lords et pairs : la Révolution ne vient pas encore.

M. Thiers avait bien ses raisons quand il déployait

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toute son infernale stratégie de ruses et de sophismes, pour imposer à notre pays l’opprobre du Droit à V Assistance .

Le mal n’existe pas qu’à Londres, vous pensez bien.

C’est dimanche. Il fait presque du soleil. Les rues sont désertes, la ville muette comme un tombeau; on vous a dit ce qu’est un dimanche à Londres : il n’y a peut-être à cette heure dans tout le quartier Saint-Paul que deux passants, mon ami T... et moi.

Nous voyons venir à nous une figure fantastique et inexplicable. Elle approche : c’est une enfant de treize ans à peu près, uniquement vêtue, — mais comment y croire sans l’avoir vu ? — de ses cheveux longs et emmêlés et d’un lambeau déchiqueté et couleur de suie qui a pu être autrefois un châle tartan. Les jambes comme les pieds sont à l’air ; le corps nu et blanc se fait voir çà et là par les déchirures sans nombre et les éraillures du lambeau. Elle pousse deyant elle une oie qu’elle guide avec une gaule.

T . lui parle : elle vient d’arriver, il y a un quart

d’heure à peine, par le bateau qui tous les dimanches matin apporte d’Irlande ceux qui n’y peuvent plus vivre et qui ont de quoi payer le passage. Elle a mis à cette dépense toute sa fortune depuis longtemps amassée. — Elle ne connaît pas une âme à Londres. — Pour tout avoir, elle a son oie, sur laquelle elle paraît compter beaucoup. — «Mais, lui dit T . , quand vous au¬

rez dépensé le produit de votre oie?... » Elle le regarda comme s’il lui parlait de i960. — « Avez-vous vos pa-

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rents ? » — Ses parents sont là-bas, dans son pays ; elle est leur septième enfant; ils n’y peuvent rien, ils sont peut-être plus pauvres qu’elle.

Nous lui ayons donné chacun quelque monnaie, qu’elle s’est laissé mettre dans la main sans paraître y croire.

Nous nous sommes retournés plus d’une fois ; elle regardait son argent.

Comme je ne parlais plus :

— Ce n’est rien, m’a dit T . , qui vit depuis plu¬

sieurs années à Londres. S’il fallait, à souper, se rappeler tout ce qu’on a vu ici dans la journée, le gosier s’étranglerait au premier morceau de pain. Habituetoi!...

Comparez seulement l'iyresse chez nos deux peuples. C^est facile et dès le premier jour de votre arrivée, car les exemples vous arrêtent à chaque coin de rue : hommes, femmes, vieillards et enfants, tout se soûle ici, les femmes surtout. L’ivresse de l’Anglais est sombre, morne, désespérée. — Rappelez-vous maintenant notre pochard des barrières ; même à la dernière période, il est bon enfant, allègre, braillard — et Français.

J’ai un gros reproche à faire aux Anglais et je veux m’en décharger le cœur tout d’abord : l’Anglais est orgueilleux. Je sais des gens qui établissent des différences entre l’orgueil et la vanité ; mais avec tous les égards dus à ces délicatesses de dictionnaire des synonymes, orgueil, morgue ou vanité sont un vilain défaut et haïssable. L’orgueil m’a paru être le péché capital des pé-

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chés capitaux anglais. L’onction manque chez ce peuple protestant, l’orgueil ayant pris et desséché toute la place. La timidité même chez l’Anglais est orgueilleuse. Ils dédaignent et vont jusqu’à haïr un peu ce qu’ils ne peuvent avoir.

Quand vous voyez les pieds noircis des Docks plongeant impunément depuis des siècles dans les flots impurs de la Tamise, — plus malpropre encore que la Sprée, .cette rivière qui exclut toute idée de suicide, — quand vous regardez l’affluent des boues et des impuretés de Londres, s’il vous vient ce regret, tout naturel, de l’absence des quais dans une ville de cet ordre. l’Anglais vous répond sans avoir l’air de s’en soucier, mais n’en croyez rien : Nous n’avons pas le temps! — Si dans les vastes et vertes prairies anglaises, coupées pour toutes forêts de haies vives, vous paraissez désirer voir un peu plus nos grands bois, l’Anglais répond dédaigneusement : — Nous n’avons pas de place ! No room !

Tout semble être fait dans ce pays pour l’extérieur, pour la montre, comme disent les marchands. — Toutes les fenêtres sur la rue ont des vitres convexes ou concaves qui par le luisant paraissent encore plus propres ; mais voyez les croisées des cours !

Et les miroirs, à cadres ornés richement et dorés à faire mal aux yeux. Approchez-vous : vous êtes vert, votre figure se présente en losange, de ce côté elle s’affaisse, de cet autre elle s’allonge. Ces miroirs sont là, non pour qu’on s’y voie, mais pour qu’on les voie.

Le parlour , le salon, est propre, luxueux : tâchez

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maintenant de pénétrer dans ces chambres à coucher où le visiteur n’est jamais admis, et vous saurez ce qui en est de la propreté anglaise !

J’ai vu, hélas! qu’en Angleterre comme en Hollande et en Allemagne, — et cette fois, ce n’est pas pour les hommes que je parle, — que les gens si occupés à nettoyer leur vaisselle et leur maison n’ont guères le temps de penser à leur personne.

C’est l’Anglais qui a inventé la chemisette : vous trouverez dix chemisettes pour une chemise aux étalages des lingers, — et c’est l’Anglais, j’en suis sûr, qui a inventé le faux-col, ce semblant de linge à l’usage des gens qui n’en ont pas. — Je n’en sais rien, comme disait M. Guizot, mais je l’affirme !

Voilà le mot des habits noirs, et des robes à volants, et des inexorables chapeaux des mendiants et des balayeuses.

Je viens de voir une lampe magnifique en bronze ciselé, à globe d’albâtre et du plus riche effet. J’ai demandé, remarquant qu’il n’y avait pas de réservoir apparent, quel en était le système. Le propriétaire, — ils en sont à tricher cartes sur table, — a enlevé naïvement le globe et m’a montré, plantée dessous... une chandelle !

Ainsi, pour un peu, de la tournure martiale et de la hère allure des horse guards. Vous avez vu, en image au moins, ce brillant costume, porté par ces hommes choisis entre les plus grands et les plus beaux, et, si vous ne les avez pas vus, vous vous figurez ce que l’on peut faire avec l’habit de drap écarlate, doublé de

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blanc, passementeries en or, — la culotte en peau blanche, — les grandes bottes à l’écuyère, vernies., — la cuirasse et le casque dorés, et le cimier en cascade de longs crins blancs. Couvrez de toutes ces magnificences un de ces géants qui font trembler la terre sous leur talon, cornme la statue du Commandeur dans Don Giovanni, — et, milux encore, campez une centaine de ces splendides géants sur cent chevaux d’un noir d’ébène plus beaux encore que les cavaliers, et vous avez le spectacle le mieux fait assurément pour exalter, jusqu’à la frénésie, la fibre nationale et les puérils enthousiasmes d’un peuple. Spectacle si beau, en effet, que, quoique vous en ayez, vous observerez tout au plus que ces cent gaillards si lustrés, si vernis, et que l’on a tant crainte d’user, — gardes du corps qui gardent si bien le leur, qu’ils ne donnèrent jamais qu’une fois, aux plaines de Waterloo, où ils furent irrésistibles, — sont commandés par un bambin de quinze ans, plus doré, plus écarlate, plus blanc, plus éclatant qu’eux tous, et qu’ils écraseraient entre le pouce et l’index.

Mais ce n’est pas là que j’en venais : — ce qu’il y a de plus remarquable encore que les splendeurs du costume chez ces hommes, c’est l’ampleur du thorax, le dégagement des épaules et l’incroyable fierté du port de tête. Gela s’explique : la visière du casque, très-longue, leur tombe à pic au bout du nez dans un angle de Ù5 degrés. Pour peu qu’ils désirent voir un peu plus loin que leurs bottes, les voilà forcés de lever d’autant le menton et de rejeter la tête en arrière, comme s’ils avaient à compter les nids de corneilles au faîte de la

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Tour. Les favoris et les moustaches viennent encore, qui complètent et parfont cet ensemble tout à fait martial et imposant. — Mais ôtez le casque, supprime^ cette petite gredinerie de la visière, coupez moustaches et favoris, et vous trouvez. . . — une chandelle ! l’œil béat, la bouche mi-ouverte, les incisives supérieures à nu, sans oublier la gencive, le menton long et inerte. — Vous reconnaissez le soldat anglais que vous avez vu passer la veille en petite tenue, long et gauche, la canne ou le parapluie à la main, — qui vaut autant ou plus, si vous voulez, que notre tirailleur de Vincennes, mais qui n’en aura jamais l’élasticité de mouvements ni l’allure déterminée et casseuse.

Je dirai jusqu’à la dernière, toutes les fois que j’aurai l’occasion de constater ce qui me paraît être la grosse préoccupation de la nation anglaise, le paraître , la mise en scène, la pose. Mais je dois déclarer, dès à présent, en revanche, qu’ils semblent faire très-peu de cas des , croix et insignes. Il faut bien que, même en cette affaire si délicate, le bon sens réellement supérieur de ce peuple se fasse jour. C’est à la décoration, il faut l’avouer, qu’un Français est surtout reconnu dans les rues de Londres.

J’ai vu des Anglais orgueilleux de leur climat. — Il est vrai que ces anglais-là n’avaient pas voyagé et qu’ils ne pouvaient guères s’y connaître. Ce climat, c’est quelque chose de tellement pourri, humide et malsain que des mousses microscopiques, j’imagine, et des herbes invisibles doivent germer et pousser en l’air dans les

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épaisseurs atmosphériques, sans qu’on s’en doute. Il n’y a pas plus loin que les troisièmes plans dans cette paysingriste, et encore sont-ils estompés et perdus.

Je prends un jour le Penny-Boat (bateau à vapeur qui vole comme une hirondelle et, pour deux sous, vous conduit à de longues distances). Je me trouve assis à côté d’un monsieur qui parle français ; ce monsieur, — rareté ! — était causeur. Il ne pouvait guères me parler que de banalités, de la pluie et du mauvais temps. « — Belle journée, monsieur ! me dit ce brave homme tout aimable; — en vérité, voilà une belle journée ; c^ést ce que nous appelons lovely morning . »

Une. matinée d’amour! — Je jure qu’en ce moment même j’entendais distinctement la pluie qui tombait goutte à goutte sur mon chapeau neuf!

Mon très-spirituel ami Edmond Texier, qui a publié dans le Siècle les plus charmants Courriers de Londres , me permettra-t-il, à propos du climat, de relever une petite erreur, — rien qu’une ! — qu’il a laissée échapper?

Outre les brouillards de la Tamise et du sol, l’atmosphère est encore obscurcie par les scories brunes et grasses de la houille, que vomissent toutes les cheminées privées et manufacturières. Je me suis bientôt expliqué comment mon linge et mon visage se trouvaient, une heure après toilette complète, tiquetés de petites taches foncées, et comme quoi mon chapeau gris — on en compte jusqu’à trois dans Londres -- tournait sensiblement au noir. Un gentleman scrupuleux doit changer de chemise au moins trois fois par jour, dans ce

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pays où tout semble s’entendre si impitoyablement au bénéfice de l’aristocratie que le pauvre n’a pas même le droit d’être propre. C’est là que les ladies économes ont inventé les voiles couleur de suie , la plus laide chose du monde. C’est là enfin qu’intervertissant l’ordre naturel, l’été a dû s’imposer comme saison de ville : l’hiver avec ses boues, son charbon de terre et cet affreux chocolat ambiant qu’il faut avaler quoi qu’on fasse, chasse de Londres, impossible, le riche dans ses terres.

Mon ami Edmond Texier a donc eu tort de plaisanter les dames de Londres qui veulent, selon lui, faire au soleil anglais la galanterie de paraître y croire, en arborant leurs éternelles ombrelles. L’ombrelle anglaise permanente n’est pas plus un parasol qu’elle n’est un parapluie. C’est un parasuie.

Le chapitre des contradictions sera interminable.

Quand vient l’hiver, c’est un sauve-qui-peut général. Tous ceux qui peuvent aller ailleurs s’en vont. Chacun se met à louer en garni sa chambre, son appartement, sa maison, son hôtel. C’est reçu et du meilleur monde.

11 se trouve, dans cette circonstance, que l’Anglais le plus timoré et en garde contre le shoking , l’Anglais pur sang qui se regarderait comme déshonoré si un visiteur mal appris pénétrait dans sa chambre à coucher, loue sans scrupule le lit de sa femme et de sa fille au premier ruffian venu.

Je parlais tout à l’heure du dimanche à Londres, avec ses boutiques fermées, ses rues désertes et son silence de mort.

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Lœve Veimars a dit : « L’ennui est d’invention moderne. » — Oui , moderne, et anglo-dominicale.

Une caricature du Punch; — Un lavabo ; à l’entour des Français stupéfiés et pétrifiés, autant que Vendredi, pour le moins, entendant le premier coup de fusil.

Cela, si on sait ce que dessiner veut dire, serait une plaisanterie fine à l’adresse de la propreté française. C’est là un de ces coups de pied qu’en bonne conscience on ne peut recevoir.

Nous compterons tout à l’heure avec la propreté anglaise.

Un honorable négociant français, Duvelleroy, qui a monté, il y a quelques années, une maison bien connue aujourd’hui dans Londres, me racontait que, chargé par son correspondant de trouver un logement pour un jeune homme (j’ai dit que la moitié de Londres se loue en garni à l’autre), il s’arrête devant un écriteau. Room for a singleman : Chambre pour un. — singleman. Singleman, ce n’est pas tout à fait gentleman ; le singleman n’est un monsieur que tout juste; c’est un étudiant, un artiste, un répétiteur, un ouvrier peut-être, un homme seul. « — Voilà mon affaire ! » se dit Duvelleroy, et il monte.

La bonne du logis le reçoit. On cause : chàpitre des informations réciproques. « — La chambre est-elle bien aérée ? — Que lait le jeune homme ? — - A-t-elle vue sur la rue ? — Il ne rentre pas trop tard ? etc* , etc, , » et la servante demande enfin : « — Il n’est pas trop gros ? — Que vous importe ? — S’il était par trop gros, nous

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ne pourrions pas lui louer. » — Duvelleroy croyait mal comprendre, quoiqu’il sache l’anglais comme M. Robertson. Il comprenait très-bien, mais il faut vous dire que la bonne et son écriteau étaient hyperboliques et surfaisaient de moitié leur offre. Ils n’avaient, en réalité, à louer que la seconde moitié d’un lit, l’autre étant déjà occupée par un singleman quelconque. Or, le lit était un peu étroit. « — Je m’en suis allé sans avoir l’air de m’étonner, ajoutait Duvelleroy, et j’ai vu depuis que j’avais bien fait. »

Premier envoi au dessinateur du Punch qui fait si bien les lavabos.

Du flegme. — Le duel en Angleterre. — Beauté et laideur anglaises. — Joujoux. — Pythagore et les Anglaises. — Piège à moineaux. — Des serviettes, de la barbe et des moustaches. — Boxeurs. — United and happy familly . — Contradictions.

Un vieux poète polonais a dit que lorsque Dieu créa les hommes, il prit quatre éléments pour le Français. Il disposa le premier élément, puis le second, puis le troisième; mais, avant que le quatrième fût en sa place, le Français s’échappa.

C’était peut-être du flegme qu’il s’agissait. En ce cas* l’Anglais aurait pris part double.

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Je demeure dans le quartier des docks. Mon hôtel est habité par des voyageurs de tous pays et des marins.

Ce matin, il se faisait un grand tapage dans la salle à manger. Je suis descendu. Un individu que la colère mettait hors de lui accablait d’injures un jeune inidschipman que j'avais déjà remarqué. On m’a mis tout de suite au courant de l’aventure, histoire banale d’une femme enlevée par le jeune marin à l’autre.

Le dépossédé, les yeux hors de la tête, écumant de rage, vomissait le vocabulaire des injures anglaises : Gant, blackguard, rascol, pig, pic-pockett , rien n’y manquait. Trois ou quatre Anglais ou Américains assistaient, tout en mangeant, à la scène, sans, y perdre une bouchée. Le marin, grand garçon de vingt-quatre ans à peine, svelte et du meilleur air, et qui avait fait deux fois déjà le tour du monde, était adossé contre la cheminée. Il semblait 1 ne rien entendre, et écrivait, impassible, sur son calepin. Il vint un moment où son adversaire, à bout d’insultes et de respiration, s’arrêta, haletant, et mit le poing sous le nez du midshipmcm . Je crus qu’il allait se faire écraser...

Le jeune homme le regarda, toujours imperturbable, et lui dit :

— Avez-vous fini?

— Oui, répondit l’autre. Qu’est-ce que tu veux de plus ?

— J’en suis fâché, dit le premier fermant son calepin, cela vous aurait coûté plus cher.

Et il l’a fait condamner par le juge à dix livres sterling de dommages et intérêts.

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Voilà le duel à Londres. Ont-ils raison, ont-ils tort?

Dans les rues, dans les parcs, dans les squares parfois, pullule l’enfance blonde et rose. Tout ce petit monde est nu ou peu s’en faut; ce n’est que cous blancs comme le lait, bras potelés, mollets à donner envie à l'ogre rassasié. Tous ces petits hommes et ces petites femmes, sont jolis au possible, et les vignettes anglaises n’ont pas menti.

Le jeune homme svelte, grand, garde longtemps encore cette admirable carnation et la pureté suave de l’enfant. Ce n’est plus le petit bourgeois français, éclos sous le crayon de Daumier, hâve, étriqué, désagréable et laid à faire regretter l’Eurotas. Aussi chercherait-on vainement à Londres ou à Oxford, m’assure-t-on, le pendant de notre collégien de cinquième, auteur audacieux de cette lettre qui a tant diverti le cercle de mademoiselle *** des Variétés : « Mademoiselle, si vous » êtes aussi bonne que belle, mettez-vous demain à votre » fenêtre. Je passerai à deux heures avec ma pension. »

Question de climat, sans doute.

Jusques et y compris la puberté, rien de beau comme l’Anglais ; ensuite cela se gâte. C’est peut-être le seul peuple qui ait conservé les proportions de la statuaire antique. La tête est petite, — sept dans le corps, - les bras et jambes longs et musclés, le torse irréprochable. Le développement de la stature donne à l’allure générale une gaucherie qui n’est pa^ sans distinction ni grâce.

La race existe là réellement, et la preuve, c’est que la tête du cocher et celle de la femme de chambre ont

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toute la noblesse plastique de la maîtresse et du maître, l’œil pur et profond, les narines — les narines surtout, les ailes du nez de dessin le plus fin et le plus élégant, et — l’arc de la bouche exquis. C’est à prendre le vàîet'poür le maître $t réciproquement. Les Anglais disent qu’ils ne s’y trompent pas, eux : ce n’est peut-être pas vrai.

Mais, en revanche, quand ils s’avisent d’être laids, ils dépassent les limites du permis et du possible. Sans parler de l’extra-développement caractéristique des incisives supérieures (ordre des Rongeurs) , nous voyons le menton, d’ordinaire un peu long et bestial, prendre des proportions invraisemblables. Les joues insufflées, rouges et marbrées, suent les rostbeaf, les jus des viandes et lés bières ; les yeux disparaissent au fond de ces chairs désordonnées. — et, le nez bourgeonné, tuméfié, violet, apoplectique, impudent se répand, se travaille et s’exaspère comme une végétation monstrueuse.

Dans nos boutiques de jouets d enfants, on trouve des soldats, des poupées, des villages; des ménages, des comédies, des boutiques d’épicier ou de confiseur.

J’ai vu, pièce importante d’un marchand de jouets dans le Strand, — une boucherie... Le gros boucher anglais, dans son comptoir, portant à la ceinture le couteau professionnel en sa gaine, est entouré de pièces de bœuf et de mouton de toutes dimensions, peinturlurées les muscles en rouge vif, les graisses en jaune pur, et d’un réalisme parfait. Quartiers, gigots, épaules, palerons, filets, rognons, côtelettes, rien n’y manqué.

Autre joujou anglais : Une charcuterie ; — jambons,

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cervelas, etc. Des personnages à demeure saignent le cochon fixé à la colle-forte. D’autres, non moins immobiles , accomplissent imperturbablement un bout de boudin. — Cela n’a pas même l’excuse de bouger et d’offrir une scène animée et successive. C’est un tableau permanent, créé pour la seule satisfaction de la vue et l’inspiration des idées élevées dans les jeunes âmes anglaises. Ne varietur!

Il faut avouer d’ailleurs que l’incomparable succulence de leurs viandes, réellement supérieures aux nôtres, explique et excuse peut-être, dans de certaines limites, cet enthousiasme de la nourriture que l’Anglais porte jusqu’au lyrisme. Un beefteak anglais eût certainement donné à réfléchir à Pythagore.

L’Anglais naît cocher et cavalier.

Les voitures publiques et privées, cabs, Coupés, fiacres, omnibus chargés dessus comme dedans, américaines à grandes roues aux rayons fins comme des pattes de faucheux, se croisent, se coupent, s’enchevêtrent et se démêlent avec la rapidité de l’éclair. Cette prodigieuse célérité qu’aucun accident ne vient jamais compromettre, stupéfie le Parisien habitué aux voitures de régie, voire de remise.

Sauf les exagérations de l’élève du cheval en Angleterre, qui n’aboutissent qu’à constituer une bête à rallonges, fictive, ridicule et presque inutile, — coureurs auxquels il faut trois mois de préparation ou d’entraînement, comme on dit, pour fournir cinq minutes, — leur race est admirable.

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On a trop parlé des courses anglaises et des chevaux anglais pour que je ne m’en tienne pas à citer comme le plus beau des spectacles l’allée d’Hyde-Park, où, chaque jour, dans l’après-midi, sur un gazon ras-tondu et mat qui ne doit être foulé que par des chevaux montés, deux mille cavaliers, hommes, femmes et tout petits enfants, aussi sûrs en selle que Pellier, marchent, trottent ou galopent entre deux haies de piétons extasiés.

J’ai vu ces magnifiques chevaux de force, célèbres dans le monde entier, véritables colosses, de taille et de muscles à lutter avec des éléphants, qui font l’orgueil de Londres et de la brasserie Barklay-Perkins, à qui ils appartiennent.

Le nom de Barklay-Perkins frappe l’œil dans chaque rue. C’est la coutume des maîtres brasseurs d’envoyer une grande enseigne uniforme portant leur nom à toutes les tavernes qui se fournissent chez eux. J’ai oublié combien de milliers d’ouvriers emploie cette immense brasserie, — une ville ! Mais ce que personne n’oubliera, c’est cette scène sublime et terrible, lorsqu’osant fouler un sol libre, Haynau, le bourreau autrichien, s’enfuit meurtri, ensanglanté, devant cette population soulevée d’indignation et d’horreur et poursuivi par les malédictions vengeresses. Les peuples sont solidaires. — Hurrah trois fois pour les brasseurs de Barklay Perkins ! ! !

Duvelleroy me racontait encore combien, dans ce

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pays flegmatique et de tradition, il avait rencontré de difficultés pour monter sa maison.

« Vous avez certainement tâché quelquefois d’attraper des moineaux, me disait-il, et vous savez comment la chose se passe. Vous avez disposé votre piège à l’emplacement choisi, le piège est sûr, alléchant, bien garni de graines et de mie de pain toute fraîche : ceci fait, vous vous éloignez, — et attendez. — Les moineaux, vous parti, reviennent, un à un, s’abattre et reprendre possession de la place; mais quant à s’approcher du piège, ils n’ont garde ; ils n’ont pas même l’air de le voir. Les vieux disent aux jeunes, tout en trottinant et du coin de l’œil : « Voilà de la bonne graine et du beau pain blanc ! mais pour qu’on nous offre d’aussi bonnes choses, d’aussi bonne amitié et avec cet air de bonne franquçtte, il faut que tout cela ne vaille pas le diable. Il y a anguille sous roche. N’approchez pas même de loin et défiez-vous ! — « Suffit ! disent les petits, — et le soir, vos yeux vous cuisent de les avoir tenus braqués sur le piège sans voir autre chose que lui. — De même le lendemain ; de même les jours suivants, — je suppose que vous n’avez pas renoncé. — Cependant voilà qu’un beau matin, quand c’est à peine si vous pensez encore à votre piège, voilà que vous apercevez un de vos paroissiens qui vient tout auprès en flânant et d’un air indifférent : il approche... un saut... deux sauts... trois sauts vers la machine... il va mordre : — Bah ! le voilà envolé! — Mais le charme est rompu, l’oiseau est familiarisé avec l’engin : le lendemain, votre client de

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la veille revient, ses camarades le suivent, toute la troupe tombe là, ils s’approchent, ils examinent, ils font leurs petits commentaires... ils partiront encore sans toucher à riem — Mais, dès l’aube suivante, courez-y ; vous en trouverez de pris.

)> Quand j’ai établi à grands frais ma boutique dans la plus belle rue de Londres, avec une montre dû plus riche effet, j’ai cru que tous les moineaux allaient mordre du premier coup : je ne connaissais pas cette chasselà ! j’ai attendu six mois, monsieur, — six mortels mois, avec un loyer et des frais écrasants, et ma femme qui

me répétait à la journée : Je te lavais bien dit! Ces .

Anglais-là passaient et repassaient du matin au soir, sans plus s’inquiéter de ma boutique que si elle eût été fermée. Moi, je m’obstinais et je disais : « Nous verrons bien! Mais si ç’avait été à recommencer!... Enfin, au bout des six mois, bien comptés, monsieur, en voici un qui s’arrête à ma devanture, — qui regarde, — et qui s’en va. Je cours annoncer cette grande nouvelle à ma femme : — Il y en a un qui s’çst arrêté ! Elle hausse les épaules ; — mais moi, j’étais sûr de mon affaire. — Quelques jours après, un autre s’arrête encore et regarde, comme le premier. 11 avait l’air de se dire, le gredin ! — tiens! ça n’est pas encore fermé ! — Je le regardais de mon comptoir, et je vous assure que le cœur vous eût battu aussi, à ma place*. Enfin, voilà qu’il met la main sur la clavette, voilà qu’il entre... Il est entré ! ! ! Je me lève et je vais à lui de mon air le plus aimable. L’Anglais, lentement, tire ses lunettes, les campe sur son nez, et examine un à un dans les montres tous les

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éventails jusqu’au dernier. Je veux ouvrir une vitrine pour lui offrir ma marchandise : il me pose la main sur le bras; ça voulait dire non. Il reste là une heure, puis quand il a fini le tour de la boutique, il s’en va, sans m’avoir lâché une parole, ni bonjour, ni bonsoir. Un autre se serait inquiété, et il y avait peut-être de quoi enfin. Je vous jure que j’étais tranquille comme en ce moment et sûr de mon affaire désormais, — impatient mais convaincu. J’avais attendu six mois un visiteur ; j’ai attendu neuf mois un acheteur. Au bout de neuf mois, jë suis parvenu à Vendre un méchant éventail d’une livre; mais j’étais désensorcelé. Il y a trois ans que je suis ici, et ma maison est aujourd’hui la mieux achalandée de Londres. »

— Waiter ! — Une serviette? Voici la troisième fois que je vous la demande ! Vous n’en avez donc pas ici?

Le garçon s’en retourne — et revient, embarrassé, mais non des mains :

— Nous en avons bien une en effet, monsieur; mais il est venu hier un Français qui l’a salie et on l’a donnée à blanchir ce matin.

Maisons bourgeoises ou dining rooms, un ou deux restaurants exceptés et les hôtels de l’aristocratie pure, voilà tout ce qu’ils produisent comme linge de table. Chacun s’essuie au bord de la nappe, quand il y en a une. Dans bien des endroits la même nappe travaille toute une semaine.

Je me suis rappelé le mot écrasant, depuis populaire, de feu Katcomb, ce gargotier épique, quand

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j’eus la naïveté de lui demander une serviette :

— Vous mangez donc bien salement?

Je dois avouer maintenant que, pour ma part, je suis absolument de leur avis sur la question de propreté, quand ils se trouvent choqués de nos moustaches et de nos barbes.

J’ai assisté dans Fleet Street à une boxe entre deux passants, deux ouvriers. Le combat a été fort long : j’ai compté jusqu’tà onze reprises. C’est beaucoup.

Les coups pleuvaient dru, sans toucher jamais audessus de la ceinture ; tous en plein visage. Lorsqu’un des adversaires tombait, la galerie le relevait, le remettait en face de l’autre, et on criait de tous côtés : go on ! go on! (va dessus !) Un policeman est arrivé enfin qui, — après avoir pris sa petite part du spectacle, sous prétexte de prendre le temps de traverser la foule, — a séparé définitivement les jouteurs.

Ces onze reprises impliquent assurément une certaine ténacité dans la lutte, mais il ne faudrait pas les prendre absolument à la lettre. Dans la boxe anglaise, on doit toujours rompre sous le coup, qui perd ainsi la moitié de sa force , et c’est ce qui explique que nos deux adversaires de tout àd’heure se soient laissés choir onze fois, tantôt l’un, tantôt l’autre, sans emporter en fin de compte d’autre dommage qu’un peu de sang au nez pour toute fracture. Dans le jeu français au contraire, le tireur va toujours en avant, et ne pare qu’avec le bras, quand il pare.

Rien, au reste, ne peut donner une idée de la férocité

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des boxeurs anglais émérites. L’un d’eux, qui a tué dix hommes dans ces combats tolérés, bien que défendus, tient une caverne très-achalandée ; il n’exerce maintenant que pour se divertir. 11 n’a littéralement plus de nez, la plupart des dents manquent, et des exostoses en ronde-bosse complètent cette épouvantable figure. On m’a conté que dans une boxe courtoise, — avec les gants rembourrés, — ce grand homme avait déjà mis hors de combat quatre ou cinq confrères, lorsqu’un gentleman de la galerie mit la main sur un gant, — signe de défi. Notre homme salue le plus agréablement qu’il peut le nouvel amateur, et les voilà en place. Pendant quelques minutes pas un coup n’est porté ; ce n’est que feintes et parades ; l’amateur rompt, rompt, - jusqu’à ce que Cribbs (je crois que c’est le nom du monstre) l’ait conduit jusqu’à une haute cheminée placée au bout de la salle. Alors, il dit en souriant : — « C’est là que je te voulais! » Et d’un coup vigoureux, il lance son adversaire qui tombe et se fracasse le crâne sur l’angle de la cheminée.

A côté de cela vous trouverez l’acte du parlement qui spécifie la longueur et la forme du fouet des cochers, dans l’intérêt des chevaux, et vous savez que la loi Grammont, — qu’on a tant plaisantée chez nous et bien à tort, est d’importation anglaise.

Boxes, combats de coqs, etc., sont formellement interdits par la loi ; ce qui n’empêche pas que vous trouviez chaque matin, dans le Times, dix annonces de quelqu’un de ces exercices.

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Peut-être voient-ils chez nous autant de contradictions et d’aussi énormes.

On voit stationner d’habitude, devant le Musée, une grande cage qui contient réunis une foule d’animaux ; chien, chat, coq, singe, rats, souris, hibou, épervier, canaris, serpents ; — et toutes ces bêtes vivent en bonne intelligence apparemment et sans se porter préjudice, bien que, de temps à autre, le cornac les agace avec sa baguette à travers la grille. Une inscription, apposée sur la cage, célèbre les satisfactions de cette — United and happy family — Unie et heureuse famille .

C’est fort bien, mais si ces bêtes, si étrangement associées, viennent à se manger ou à se mordre, — et le cornac n’y néglige rien, — que devient la Loi qui protège les animaux ?

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Grandeur de l’Angleterre. — Encore une contradiction. — Un Article du Times. — Produits anglais et français. — Le diamant Kooh-I-Noor, Éra»d, Quidant et Constantin. — M. de la Mornays (né Sallandrouze) , ses costumes et ses tapis. — Les cartes repoussées. — Une lutte inégale. — Quatre œufs sur le plat. — Improved et Breveté. — Urbanité anglaise. — Gent !... — Scènes de la rue. — Linguistique. — Poor Yorick !

Dès que l’idée première de l’exposition universelle eut été émise, une compagnie se constitua aussitôt, — rien par l’Etat, ici, — les fonds affluèrent, et en six mois Eimmense vaisseau était achevé.

Voilà ce qui fait du peuple anglais un grand peuple !

La moyenne des recettes d’entrées s’est élevée à 80,000 fr. par jour. L’énorme capital engagé dans cette affaire se trouve plus que triplé. L’excédant de la mise première et des intérêts doit être consacré à une œuvre de bienfaisance.

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La colonne élevée à la mémoire de Nelson, une de leurs grandes gloires nationales, n’a pas marché aussi vite. J’y ai reconnu le maçon qui travailla, unique, pendant tant d’années, à notre Arc de Triomphe de l’Etoile.

L’argent manque pour fondre les lions du piédestal, bien que l’Empereur de Russie ait envoyé pour l’œuvre 500 livres sterling il y a deux ans.

Aussi pourquoi Nelson s’avise-t— il d’être mort?

Le choix de l’emplacement de l’exposition a vivement excité l'opinion publique dans Londres, et agité une polémique ardente dans la presse. Le Times , ce journal type des passions anglaises, vices et qualités, grandeurs et faiblesses, a publié à cette occasion un article que Ton cite encore aujourd’hui. Il voulait que l’Exposition fût ouverte sur le bord de la Tamise, presque sur l’eau, « dans laquelle, disait-il, l’Anglais naît, vit, et meurt. » v

Une chose à remarquer dans les expositions compa- ' ratives de la France et de l’Angleterre, c’est que la France — républicaine et démocratique — l’emporte surtout par ses produits élégants et aristocratiques, tandis que l’Angleterre, — ce pays aristocratique par essence, — trouve sa supériorité dans les choses usuelles, à bon marché, démocratiques.

Pourvu que quelqu’esprit trop vif n’aille pas maintenant se cabrer sur cette très-humble découverte, et de la constatation d’un simple fait, conclure aux sympathies monarchiques de la France et au retour de M. de Chambord !

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Dans les visites assez nombreuses que j’ai faites à l’Exposition, j’ai eu lieu de constater que la foule se portait principalement sur trois points : — vers le diamant Kooh-I-Noor , — aux pianos d’Erard, lorsque Quidant jouait, — et aux fleurs artificielles de Constantin. J’avoue, — et je ne pense pas qu’on puisse supposer ici une intention de réclame, — que je n’ai rien vu d’aussi extraordinaire que cette grande serre de fleurs et de plantes de toute espèce et de tous pays, depuis la rose commune jusqu’au Pawlonin Imperialis , vraies à faire pâlir Baulant lui-même, le grand fleuriste. Je n’aurais jamais pu supposer une illusion aussi complète. De vrais buis et d’autres branches naturelles sont mêlées aux imitations et ne s’en distinguent pas. Une étamine, presque imperceptible, tout empoussiérée de son pollen d’or, s’est collée contre la vitre, comme si le vent l’avait détachée et apportée là... C’est prestigieux. Par moments, les Anglais saluaient ce chef-d’œuvre de salves d’applaudissements.

Je crois, et malheureusement je ne suis pas le seul -de cet avis, que notre Commissariat français a mal fait nos affaires. J’ai vu dans le Palais de Cristal des emplacements très-restreints accordés à des industries très-considérables (l’exposition des instruments Charrière, par exemple, que j’eusse désirée plus importante) , tandis qu’un espace de six mètres carrés est livré à ces abominables dessins coloriés sur carte repoussée, produit obscène et honteux que l’art répudie comme la morale,

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et qu’il était déjà plus que suffisant de tolérer à l’étalage de nos papetiers.

On remarque^ dans la salle d’honneur de la France, vis-à-vis d’un chef-d’œuvre de la manufacture nationale des Gobelins, étalé en pendant, un affreux tapis qui serait à peine digne de servir de Thibaude à l’autre. Ce vilain produit, si impertinent, sort des ateliers de M. de la Mornays (né Sallandrouze — tout court) , notre commissaire-général.

Encore ne reprocherais-je pas si aigrement à M. de la Mornays (né Sallandrouze) , d’avoir donné si belle place à semblable indignité, et je pourrais de même lui pardonner à demi les costumeries dont il s’est affublé , lui et ses attachés, — si certains intérêts d’ordre plus élevé n’eussent souffert de ces préoccupations.

Ainsi toutes les machines anglaises fonctionnent sous les yeux des visiteurs ; machines à carder, machines à tisser, machines hydrauliques, tout cela jusqu’à la fabrique mécanique d’enveloppes de lettres , vit , bouge, se démène, et livre, séance tenante, ses produits aû public.

Nos machines françaises restent immobiles et muettes. Le feu, c’est-à-dire l’âme, leur manque.

Je pense qu’un représentant sérieux de notre industrie, soucieux de la gloire et des intérêts français, se serait dit à la place de M. Sallandrouze : — Toutes ces machines, tous ces mécanismes si compliqués qu’ils soient, ne peuvent offrir quelqu’intérêt au public en général que par les résultats qu’ils donnent. L^homme spécial

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Lui-mêrpe, dans cette foule de systèmes, ne peut bien juger qu’à l’œuvre. — Nous avons accepté la lutte, jury anglais, sur votre parole que toutes les nations étaient ici sur le pied de l’égalité absolue. Creusez-moi donc, sous ces machines comme sous les vôtres, des aménagements et que le même feu allume vos fourneaux et les nôtres.

M. Sallandrouze invoquera peut-être cette grosse raison que les Anglais se trouvaient chez eux, que rien iie leur a manqué, ni le temps surtout ; il parlera des difficultés jalouses, des lenteurs , de l’insouciance et peut-être même de la parcimonie de nos exposants. Mais la lutte des deux pays sur le terrain des machines est tellement inégale, j 'entends dans ses résultats apparents, que je ne pourrai jamais donner raison à notre commissaire général.

Quant à ce point que les Anglais, étant chez eux, se sont protégés outre mesure, l’application en est poussée parfois jusqu’au comique. J’ai vu, dans une assiette, précieusement déposés sous une bombe de verre, quatre œufs pondus par une poule de je ne sais quel comté.

Ces œufs sont de grosseur moyenne et n’ont rien apparemment d’extraordinaire. — Après cela, je ne les ai pas goûtés.

On peut noter en passant que la plupart des menus objets de bimblotterie et tabletterie, portefeuilles, étuis à cigares, etc. , que bien des gens apprécient d’autant, plus, à Paris, qu’ils portent la marque de fabrique : Im

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proved and warranted — Patent London , — se trouvent, les mêmes à Londres, avec la pseudo-estampille, tout aussi véridique que l’autre, de la fabrique française : Breveté . — Paris.

Nous sortions de Drury-Lane, une dame anglaise, un ami et moi. Il pleuvait, il y avait foule, et les voitures étaient rares. — Mon ami fait son prix avec le cocher <d’un cab . la dame interpose sa connaissance du tarif,

Tout à coup je reçois un choc violent : c’est la dame qu’une énorme bourrade vient de précipiter sur moi' Un Anglais a passé par-dessus elle pour sauter dans le cab. Il dit un mot au cocher, et la voiture file comme un trait. — L’Anglais se penche hors de la voiture et nous tire la langue...

La stupéfaction n’avait pas fait place assez vite à la colère; l’Anglais sauva, pour cette fois, ses côtes et mâchoires. Mais jugez dans quelles dispositions nous allâmes nous coucher là-dessus. ..

G..., un homme du plus fin esprit, mais qui s’est fait anglais, s’est contenté de me répondre, quand je luiai raconté cette prouesse de l’urbanité anglaise, « que cet homme était un gent. »

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Un gent n'est pas un gentleman , vous m’entendez bien. *

— Ah! oui, — de la canaille?... Seulement votre — gent — était un beau monsieur fort bien ganté.

— Qu’est-ce que cela prouve ?

— Soit. Mais je vous jure qu’en France le dernier des

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hommes, gentleman ou gent, n’aurait pas l’idée d’écraser une femme pour lui prendre sa voiture. Non, dussiezvous choisir dans le coin le plus odieux de la salle Saint- Martin, je vous défie de trouver un Français capable d’une aussi lâche et ignoble brutalité!

Ils ne savent pas marcher ; c’est peut-être pour cette raison qu’ils font leurs trottoirs si larges. Ils se cognent, ils se bourrent, ils se bousculent et s’écrasent les pieds. J’ai vu sur le trottoir d’embarquement du S team Boat pour Greenwich, un dimanche, au milieu delà foule la plus compacte et la plus grouillante, une femme poussée, meurtrie, écrasée, le chapeau aplati comme un bonnet de police. La malheureuse riait aux larmes : « Jamais je ne me suis tant amusée ! » disait-elle.

Jamais une excuse ni un salut pour tous ces coups de coudes et d’épaules. Le salut, généralement n’existe guère d’ailleurs. Un vrai gentleman ne salue pas. Si vous saluez en entrant dans une boutique, le marchand vous méprise. 11 n’y a ici, pour vrai dire, que les gens mal élevés qui saluent.

L’Allemand n’est que lourd et brutal ; l’Anglais est réellement grossier.

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