LETTRE DE ROME
Je vous écris, ce soir, de la Ville Éternelle... Sa poussière héroïque a touché ma semelle; Je respire une odeur de marbre et de laurier, Et ma plume à mes doigts tremble sur le papier En y traçant ce nom sonore et grave : Rome. L'hôtel est convenable et l'hôteiier brave homme ; Il a l'air d'être Suisse et porte un nom romain. Ma chambre est vaste et l'on doit m'éveiller demain A six heures. Je suis arrivé à la g"are,
50 LE MIKOn\ DES HEURES
Qu'il faisait déjà noir. J'ai dîné. Mon cigare Sera presque fumé sitôt ce mot écrit.
Puisse Rome être douce à ma première nuit ! D'elle, je n'ai rien vu qu'une ville quelconque, Des maisons, une place où soufflait dans sa conque Un Triton qui lançait un flexible jet d'eau, Et maintenant, j'entends à travers le rideau Les cloches, dans le ciel, d'une ég-lise voisine, Et j'écoute mon cœur battre dans ma poitrine. J'ai peur. Autour de moi, dans l'ombre où elle'dort, Rome est là, comme un fantôme de bronze et d'or, Et mon esprit est plein d'une rumeur sacrée. Rome est ainsi pour qui, longiemps, l'a désirée, Et savoir qu'elle est là, derrière ce carreau, C'est émouvant, c'est mystérieux et c'est beau, Et penser, quand le jour blanchira la fenêtre. Que c'est sur Rome enfin que l'aurore va naître Vous étreint d'une joie où tremble un peu d'cfl^roi... Mais ma boug-ie est naine et mon cigare est froid Adieu, songez à moi. Je suis heureux. L'alleate Rend le cœur plus fébrile et l'âme plus ardente. Rome ! je te vais voir en ton matin vermeil, Et, pour te posséder déjà dans mon sommeil. J'entrerai dans la nuit que ta gloire illumine En répétant sept fois les noms des sept collines.
t.r Mir.nin des ntuixES 5i